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Les innovateurs de suisse romande récompensés pour leurs projets

Prix Industrie 4.0 « The Shapers »

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Entreprises liées

Pierre-Yves Bonvin, Steiger Participations (VS), « Machine textile 3D »

Steiger, fondée en 1949, est une société comptant une centaine de collaborateurs. L'entreprise produit des machines à tricoter rectilignes industrielles pour 3 segments : la mode, le médical et la technique.

Au début des années 2000, une grande partie de la production textile a été délocalisée en Asie pour des raisons de coûts. Pour suivre ses clients du domaine de la mode, Steiger construit alors en 2007 une usine en Chine. L'enjeu était néanmoins de pérenniser les emplois sur le site valaisan de l'entreprise. Pour des raisons d'efficacité, le développement des machines et une ligne de production ont été maintenus en Suisse. « Il nous fallait développer des machines amenant suffisamment de valeur ajoutée à nos clients pour qu'ils soient capables de payer des machines fabriquées en Suisse. C'est la raison pour laquelle nous avons innové avec des machines qui tricotent des produits en 3 dimensions », explique Pierre-Yves Bonvin, CEO de Steiger Participations SA.

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Interview

Pouvez-vous nous expliquer plus en détails les avantages qu'apportent votre produit ?

Prenons le cas d'un pull. Une machine traditionnelle tricote en 2 dimensions des panneaux séparés, à savoir l'avant du pull, l'arrière, les manches. Ces pièces sont ensuite assemblées manuellement lors d'une opération de 25 minutes appelée confection. Cela participe à 40 % du prix du pull si l'opération est faite en Europe et à moins de 5 % en Chine. Cette différence explique la délocalisation de l'ensemble de la production en Asie. Grâce à notre innovation, pour le même pull, notre machine tricote en parallèle, 3 tubes de diamètres différents : le corps au milieu et les 2 manches de chaque côté. Arrivée au niveau des aisselles, la machine va réunir les 3 tubes, et continue à tricoter les épaules et le col. Le pull sort quasiment terminé de la machine. Cela permet donc de limiter à moins de 5 minutes l'opération de confection et de rendre le prix du pull compétitif par rapport à un prix asiatique.

Nous avons ensuite adapté le tricotage en 3 dimensions pour les applications orthopédiques et médicales dans le traitement des grands brûlés. Nous avons développé une solution digitale qui permet l'installation d'un scanner dimensionnel dans un hôpital. Le membre du patient atteint de brûlure au 3e degré est scanné. Les dimensions sont envoyées par le médecin sur le soft de programmation graphique de la machine, à travers une application web développée par Steiger. Automatiquement, la machine utilise les paramètres du patient pour tricoter le vêtement de compression ayant une force de contention bien spécifique. En moins de 48 heures, notre solution permet de retourner ce pansement sur mesure au client. La compression du membre permet une croissance de l'épiderme beaucoup plus harmonieuse et réduit les cicatrices inhérentes à ces brûlures extrêmes.

Pour ce qui est du tricotage technique, il est lié à notre capacité à tricoter des fibres hautes performances comme la fibre de verre et la fibre de carbone. Notre machine tricote en 3 dimensions une préforme qui est ensuite enduite de résine et déposée dans un moule. Après quelques heures, la pièce solidifiée sort du moule et peut être usinée. Nous sommes capables d'offrir une solution industrielle pour produire des pièces complexes ultralégères et ultrarésistantes. Nous tricotons par exemple des pièces de l'avion solaire SolarStratos qui volera à plus de 30 000 m d'altitude.

Quels sont vos axes de développement à moyen et long terme ?

L'innovateur doit être capable de comprendre le besoin des clients, de bien connaître les compétences de son entreprise et de créer l'environnement nécessaire pour construire le pont entre ses ressources et les besoins du marché. Dans notre cas, nous avons combiné une innovation avec la création d'une machine à tricoter en 3 dimensions, et une diversification en s'orientant vers le tricotage de préformes de fibres composites.

Sur le moyen terme, nous voulons continuer à améliorer nos compétences dans le digital. Nous étions des constructeurs de machines avec un bureau technique peuplé d'ingénieurs en mécanique très pointus. Afin de faire face à la complexité de la 3e dimension, nous avons dû fortement renforcer notre capacité de programmation avec des ingénieurs en informatiques de différents niveaux. La gestion et la programmation de nos machines devenaient trop complexes. Nous avons dû simplifier nos interfaces, rendre la programmation beaucoup plus intuitive pour nos clients et ajouter de nombreuses solutions digitales autour de nos machines, telle qu'une gestion de production décentralisée.

Dans le cadre de notre diversification dans le segment de tricot technique, nous avons aussi ajouté des ressources spécialisées dans la construction de pièces composites. Nous avons été confrontés à des barrières d'entrées élevées, par exemple dans l'aéronautique où une pièce doit attendre environ 4 à 5 ans avant d'être certifiée et choisie pour être installée sur un nouveau type d'avion. Ces ressources nous ont permis de parler le même langage que nos clients sur ce nouveau marché.

Que vous a apporté le fait d'être lauréat du Prix Industrie 4.0 ?

Recevoir un prix de ses pairs, chefs d'entreprises et personnalités innovantes, est très valorisant. Nous le prenons comme une reconnaissance de l'effort continu fournit par les entrepreneurs pour pérenniser les places de travail en Suisse. Nos équipes travaillent toute l'année, la tête dans le guidon, et peinent à prendre du recul sur le travail accompli. Une telle reconnaissance leur permet de se rendre compte que les efforts consentis sont remarqués par nos clients mais aussi par l'environnement économique.

Quelle est votre vision concernant le futur de l'industrie en Suisse ?

L'industrie Suisse a besoin de conditions cadres stables lui permettant un accès libre au marché européen, tant au niveau commercial que pour la participation aux programmes de recherche ou l'accès à des ressources spécialisées. Le refus de l'initiative pour une immigration modérée est dans ce sens vital pour l'industrie d'exportation. Il est important de défendre chaque place de travail existant dans l'industrie en Suisse. Nous avons vu lors de chaque crise qu'une place de travail délocalisée a de la peine à revenir dans notre pays. En 2015, lorsque l'industrie de l'exportation a été touchée de plein fouet par la décision de la banque nationale Suisse de ne plus soutenir le taux planché de 1,2 franc pour 1 euro, nous avons vu notre carnet de commandes fortement se réduire. Notre choix a été de transférer des ressources de la production vers le développement et de garder nos équipes actives sur les prototypes en cours de montage et de tests. Grâce à un programme de réduction de coûts et un partenariat avec nos sous-traitants, nous avons ainsi réussi à maintenir notre profitabilité et rebondir après la crise.

Copyright vidéo : Thierry Weber / breew

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