Des machines-outils et des périphériques

Evolution de l'industrie de la machine-outil en Suisse romande

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La «deuxième vague», avec la commande CNC

Dès le début des années 70, apparaissent les premières machines à commande CNC (sigle signifiant Commandes Numériques à Calculateur), donc pourvues d’un ordinateur qui gère les cycles opératoires. Dans le domaine du tournage, Schaublin (Bévilard) met au point en 1975 le premier tour à commande CNC au monde, le modèle 125-CNC, en l’occurrence piloté par une commande numérique «maison» incorporant une carte de mini-ordinateur Data General Nova-II. Auparavant, SIP, faisant œuvre de pionnier, avait développé à Genève une aléseuse-pointeuse, également munie d’une commande numérique «maison»: une aventure si coûteuse qu’elle faillit aboutir à la mise en faillite de l’entreprise, comme on l’a vu dans le chapitre précédent.

Certains constructeurs au contraire, ne saisissent pas assez rapidement les enjeux qui révolutionnent fondamentalement la conception des machines-outils. Ils disparaissent l’un après l’autre, certains d’entre eux après avoir vainement essayé, trop tardivement, de se reconvertir. Mais ceux qui ont tenu le coup et ont su anticiper survivent et se développent. Dans le domaine du tour automatique, il semble de prime abord illusoire de substituer la commande numérique aux cames. André Bechler notamment, patron de l'entreprise portant son nom et l'un des fondateurs historiques du tour automatique à poupée mobile, ne voit personnellement pas d’intérêt à créer des tours automatiques qui reviennent en tout cas deux ou trois fois plus cher que les versions à cames et qui nécessitent en outre des opérateurs formés à des techniques encore mystérieuses. Malgré son âge avancé, il se remet lui-même à la planche à dessin et imagine un prototype de machine à cames comportant un grand nombre de chariots disposés en éventail autour de la broche: une décolleteuse appelé «Reactomatic». C’est l’échec. Développée vingt ans plus tôt, cette réalisation aurait certainement connu un succès éclatant.

Chez Tornos-Bechler, au début des années 90, sortent de nouvelles familles de tours automatiques, les gammes ENC, puis TOP-100 et TOP-200. C’est un succès certes, mais ces machines sont en fait plus des tours CNC que des décolleteuses au sens traditionnel du terme. Les clients hésitent à les acheter pour leurs productions en grandes et moyennes séries. Dès 1969 sont réalisés d’autre part des tours automatiques multibroches avec barillets à 6 ou 8 broches, essentiellement dédiés à la fabrication de pièces en grandes séries pour l’appareillage, la grosse horlogerie et l’industrie automobile. Tornos et surtout quelques entreprises spécialisées de Moutier et du Grand-Val, transforment d’anciennes décolleteuses Tornos, Bechler et Petermann ou d'autres provenances, en les révisant, en remplaçant les paliers lisses par des roulements et en les munissant de variateurs électroniques (appelés aussi «accélérateurs») pour l’asservissement programmé des vitesses de rotation de la broche et de l’arbre à cames, en vue d’améliorer la productivité des machines traditionnelles par diminution des temps improductifs.

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