De Junker à Tornos en passant par Bechler et Petermann

Genèse des tours automatiques à poupée mobile

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Peux-tu me dire où se trouve le singe?

Une anecdote m’avait été rapportée par mon père qui était alors contremaître chez Bechler, et qui illustre la personnalité du fondateur de l’entreprise. Cela se passe en 1939. Un jeune homme à la langue agile, à la recherche d’embauche, se présente chez «André Bechler Tours automatiques». Personne ne l’accueillant à la réception, il se rend alors à l’atelier de montage. Voyant un compagnon en salopettes accroupi et une clé à molette à la main en train d’effectuer un réglage sur un tour automatique en cours d’assemblage, il lui touche l’épaule et lui dit en rigolant: «Je viens à l’embauche, peux-tu me dire où se trouve le singe?». Et André Bechler (c’était lui) de se redresser et de répondre en s'essuyant les mains à un chiffon d'étoupe: «le singe c’est moi»! L’histoire ne précise pas si l’homme fut engagé.

C’est ainsi qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, on trouve à Moutier trois entreprises absolument concurrentes, qui réalisent et commercialisent dans le monde entier des tours automatiques à poupée mobile de conception quasiment identique, occupant ensemble plus de 3000 collaborateurs (dans un village comptant 6000 habitants à l’époque). Alors que le tissu industriel européen est entièrement à reconstituer après la Seconde Guerre mondiale, le marché est suffisamment demandeur pour absorber la production de machines afin de permettre aux trois constructeurs de Moutier de se développer harmonieusement sans trop se gêner mutuellement aux entournures. C’est même plutôt la surenchère constante entre les trois entreprises pour engager (le cas échéant débaucher) des cadres, mécaniciens, techniciens et dessinateurs.

Et chaque nouveau développement est aussitôt imité par le concurrent, voire même mis au point simultanément et présenté sur le stand d’une exposition de machines, ce qui ne manque pas de générer des conflits acerbes. Les plus anciens de la région ont certainement encore en mémoire une épique partie de pugilat qui se déroula vers la fin des années cinquante, ayant pour cadre la «Foire suisse d'Echantillons» à Bâle, et mettant aux prises deux industriels de la région de Moutier. Quelques autres constructeurs suisses et français s’essaient à leur tour avec plus ou moins de succès à produire des tours automatiques à poupée mobile. Mais les brevets étant échus, la véritable concurrence vient finalement de là où on ne l’attendait guère, c’est-à-dire d’Asie, en particulier du Japon, acquis également aux potentialités des systèmes de tours automatiques à poupée mobile.

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