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L'idée de base
Mais revenons au début du 20e siècle: nous trouvons donc à Moutier ces trois entreprises pionnières dans le domaine des tours automatiques (appelés aussi «décolleteuses»). L’idée de base était de construire une machine qui réalise complètement les vis d’horlogerie, à partir de barres tréfilées en laiton, en l’occurrence l’opération de tournage de la tige (enlever le «collet» d’où les vocables «décolletage», «décolleteur» et «décolleteuse»), le filetage et le fendage de la tête de vis, ainsi que le tronçonnage. Jusqu’alors la fabrication des vis d’horlogerie s’effectuait manuellement, laborieusement, pièce par pièce et le «migrosse» (loupe monoculaire d'horloger) rivé à l’œil de l’opérateur, sur de petits tours d’établi à commande manuelle: une opération particulièrement méticuleuse, laborieuse et fort coûteuse, le coût des vis représentant souvent à lui seul la moitié du prix de revient d'un mouvement horloger. La solution technique issue du procédé Jakob Schweizer, appelée par la suite «tour automatique système suisse» (dit «Swiss Automatic Lathe» dans les pays anglo-saxons) était née. Il était dorénavant possible de produire des vis d'horlogerie à un coût fortement réduit, grâce à leur production en série par un procédé de fabrication automatique.
Les machines étaient alors commandées par des systèmes comportant des arbres à cames, ces derniers générant par l’intermédiaire de jeux de leviers, touches, galets et ressorts, aussi bien les mouvements des divers organes mobiles de la machine (poupée mobile, bascule, chariots) que ceux des divers appareils accessoires (combiné arrière de contre-opérations, appareil à fendre, tronçonneur, appareil à fileter et même appareil à tailler les dentures).
L’apparition du tour automatique à poupée mobile a également été à l’origine de deux métiers nouveaux: celui de décolleteur (pour l’exploitation et le réglage des machines) et celui de calculateur/faiseur de cames, non moins important, nécessitant de la part de ce spécialiste de bonnes connaissances en géométrie, trigonométrie et mathématiques.
Des cours du soir de calcul des cames, de trigonométrie et de règle à calcul (auxquels a d'ailleurs participé à l'époque l'auteur de ces lignes) étaient annuellement organisés durant l'hiver à l’Ecole Professionnelle de Moutier, à l’attention des décolleteurs et mécaniciens désireux de se profiler dans cette activité. Pour chaque pièce à fabriquer sur un tour automatique, il s’agissait donc de dessiner, calculer, tracer et réaliser un jeu de cames en fonte et de le monter sur la machine, de procéder au réglage fin des leviers (à l’aide de vis micrométriques), de produire quelques pièces prototypes, et puis parfois, malheureusement, il fallait démonter le jeu de cames pour le retoucher après la réalisation de pièces prototypes pas tout à fait satisfaisantes, puis le remonter et recommencer les essais en espérant que cette fois sera la bonne!
Le seul –mais important– handicap des tours automatiques à cames était donc constitué par des temps de mise en train longs et laborieux, incluant notamment le calcul, le dessin, le traçage, la fabrication, le montage et la retouche d’un jeu complet de cames en fonte pour chaque genre de pièces à produire, ce qui rendait ces machines uniquement aptes à la fabrication de pièces en grandes et surtout en très grandes séries, ce qui était d’ailleurs alors typiquement le cas pour l’industrie horlogère et celle de l’appareillage fin.
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