Malgré une croissance deux fois supérieure à celle de l'économie suisse, le secteur medtech voit son attractivité s'éroder : quasi-stagnation de l'emploi, 43 % des entreprises n'investissent plus. Swiss Medtech appelle à alléger la charge administrative pour préserver la compétitivité du site suisse.
Swiss Medtech appelle les responsables politiques à alléger la charge administrative pour préserver l'attractivité de la Suisse comme site medtech.
(Source : eyetronic - stock.adobe.com)
La bonne nouvelle d'abord : malgré un contexte difficile, le secteur suisse des technologies médicales fait preuve de résilience. Avec une hausse annuelle de son chiffre d'affaires de 5,5 % au cours des deux dernières années, ce secteur a connu une croissance deux fois plus forte que celle de l'économie suisse dans son ensemble. Il est toutefois préoccupant de constater que l'attractivité traditionnellement élevée de la Suisse en tant que site medtech s'affaiblit sensiblement. Au final, seuls environ 200 nouveaux emplois ont été créés en termes nets ; 43 % des entreprises ne prévoient aucun investissement, et les investissements dans la production ainsi que dans la recherche et le développement sont en baisse. Swiss Medtech réclame donc des améliorations ciblées des conditions d'implantation, notamment la réduction systématique des formalités administratives superflues et la suppression de toute charge supplémentaire pour les entreprises du secteur des technologies médicales.
Évolution et enjeux
Tous les deux ans, Swiss Medtech apporte des réponses à ces questions dans son étude sectorielle. La dixième édition, élaborée en collaboration avec le groupe Helbling, montre que les entreprises continuent de prospérer, mais les conditions d'implantation se détériorent.
« La question n'est pas de savoir si le secteur suisse des technologies médicales a un avenir. Il a de l'avenir. La question est plutôt : cet avenir se concrétisera-t-il en Suisse ? C'est là la question politique centrale de cette étude », déclare Damian Müller, membre du Conseil des États et président de Swiss Medtech.
Un secteur clé de l'économie suisse
L'industrie suisse des technologies médicales compte parmi les secteurs industriels majeurs du pays. Les quelque 1400 entreprises du secteur des technologies médicales emploient près de 72 000 personnes. Avec une croissance de son chiffre d'affaires de 5,5 % au cours des deux dernières années, ce secteur a connu une croissance deux fois plus forte que celle de l'économie suisse dans son ensemble et contribue à hauteur d'environ 10 % à la création de valeur industrielle. Ses exportations s'élèvent à environ 12 milliards de francs et son excédent commercial est de 5,5 milliards de francs, le troisième plus important de Suisse. Plus de la moitié des exportations et des importations concernent l'Europe ; les États-Unis et le reste du monde représentent chacun environ un quart. De plus, ce secteur consacre environ 12 % de son chiffre d'affaires à la recherche et au développement, ce qui en fait l'un des secteurs les plus intensifs en recherche. Parallèlement, le secteur des technologies médicales apporte une contribution importante aux soins de santé. Sa part dans les dépenses de santé s'élève à 7,9 %, et sa croissance à long terme (1,9 %) est nettement inférieure à celle de l'ensemble des dépenses de santé, qui s'élève à 3,3 %. « Ce ne sont pas simplement de beaux chiffres destinés à une brochure sectorielle. C'est là un exemple concret de la réussite de l'économie et de l'innovation suisses », déclare Damian Müller.
Perte d'attractivité en tant que site d'implantation
Les indicateurs économiques montrent que le secteur reste performant. Dans le même temps, les signes indiquant que la place économique suisse est sous pression se multiplient. Plus de la moitié des entreprises jugent aujourd'hui l'attractivité de la Suisse en tant que site d'implantation moins bonne qu'il y a cinq ans.
Le déclin de l'attractivité du site est particulièrement manifeste en matière d'emploi et d'investissements. Les intentions de recrutement des entreprises ont reculé et la croissance de l'emploi est pratiquement au point mort. Au total, seuls environ 200 nouveaux emplois ont été créés récemment, soit nettement moins que la moyenne sur dix ans, qui s'élève à environ 1500 postes.
Dans le même temps, 43 % des entreprises ne prévoient aucun investissement, un chiffre jamais atteint depuis le début de l'enquête. Les investissements prévus dans la production ainsi que dans la recherche et le développement affichent une baisse particulièrement marquée. Les raisons qui motivent les investissements en Suisse évoluent elles aussi : le savoir-faire classique en matière de technologies médicales, qui fait la réputation de la Suisse, perd de son importance et n'occupe plus la première place pour la première fois depuis 2018.
Simon Michel, CEO d'Ypsomed, précise ces signaux d'alerte : « En tant qu'entrepreneur, je me pose naturellement les questions suivantes : Où allons-nous investir ? Où allons-nous construire une nouvelle usine dédiée aux stylos et systèmes d'auto-injection ? Nos analyses montrent clairement que les sites situés dans l'UE, mais aussi en Chine et aux États-Unis, ont gagné en attractivité par rapport à la Suisse. »
Situation au30.10.2020
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Le plus grand défi : pression sur les coûts
Les entreprises suisses du secteur des technologies médicales ont démontré à plusieurs reprises leur grande agilité au cours des dernières années. Mais cette capacité d'adaptation a elle aussi ses limites : la pression constante sur les coûts constitue désormais le principal défi. Les droits de douane et les obstacles administratifs sont perçus comme particulièrement contraignants. Le secteur demande donc aux responsables politiques de supprimer les barrières commerciales par le biais d'accords internationaux et d'alléger la charge administrative au niveau national.
« L'industrie suisse des technologies médicales connaît un grand succès à l'international, mais sa compétitivité ne va pas de soi. Lorsque les contraintes extérieures s'accentuent, l'État ne doit pas imposer de charges supplémentaires aux entreprises nationales. Il faut désormais réduire de manière ciblée les formalités administratives et alléger sensiblement la charge administrative, et non pas créer de nouveaux obstacles ni de nouveaux coûts. La réduction des formalités administratives relève de la politique économique. Nos entreprises souhaitent continuer à investir et à innover. Pour cela, il faut un site capable de suivre le rythme », déclare Damian Müller.
La plus grande opportunité : intelligence artificielle et numérisation
Au-delà des défis actuels, le secteur entrevoit également de grandes opportunités pour l'avenir. Les entreprises continuent de voir le plus grand potentiel dans l'intelligence artificielle et la numérisation. La transition des dispositifs médicaux classiques vers des offres de solutions intégrées et centrées sur le patient illustre cette évolution. Or, le savoir-faire nécessaire à cet effet n'est disponible qu'en quantité limitée en Suisse. C'est pourquoi les entreprises mettent de plus en plus souvent des équipes dotées des compétences requises en place à l'étranger. « La Suisse dispose des meilleures conditions pour jouer un rôle de premier plan dans la prochaine vague d'innovation. Nous devons exploiter ce potentiel de manière plus systématique. Pour que la valeur ajoutée reste en Suisse, nous devons renforcer de manière ciblée les compétences numériques et continuer à améliorer les conditions-cadres propices à l'innovation », déclare Adrian Hunn, directeur de Swiss Medtech.