Les conséquences sur la libre circulation des personnes font du tort à l’industrie MEM

Swissmem contre-attaque

| Rédacteur: Gilles Bordet

Philippe Cordonier, responsable Suisse Romande pour Swissmem.
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Philippe Cordonier, responsable Suisse Romande pour Swissmem. (Image: Swissmem)

>> L'industrie MEM se porte plutôt bien, l'année 2013 a vu augmenter les entrées de commande, les chiffres d'affaire et les exportations, elle exporte 80% de ses produits. Pour cette année la part des exportations a augmenté, + 5,7% pour le marché asiatique et de + 3.1% pour le marché américain et un très léger recul de - 0.3% pour le marché de l'UE. Mais ce dernier est le plus grand marché de l'industrie MEM, 60% des exportations partent vers l'Europe. Interview du 4 novembre 2014 avec Philippe Cordonier responsable Suisse romande pour Swissmem.

La branche MEM reste préoccupée par son avenir car elle est totalement dépendante de ses exportations. Un nouvel embrasement de la crise de la dette en Europe est toujours possible et la croissance dans les états BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) pourrait ne pas atteindre les prévisions escomptées. Le franc reste fort face à une concurrence globale très intense et agressive venue d' Asie. Cela crée une très forte pression sur les PME pour s'adapter à ce marché en constante mutation, il faut innover pour rester les meilleurs mais aussi être extrêmement compétitif que ce soit en terme de coûts ou de productivité.

A cela vient se greffer les conséquences de la votation du 9 février 2014 sur la libre circulation des personnes et l'épée de Damoclès de l'initiative Ecopop sur les flux migratoire.

Des votations lourdes de conséquences

Pour lever le voile sur la santé et les préoccupations de la branche MEM, nous sommes allés à la rencontre de Monsieur Philippe Cordonier, responsable Suisse Romande pour Swissmem, l'organisation faîtière des entreprises actives dans l'industrie des machines, des équipements électriques et des métaux.

Malgré les difficultés, l'industrie MEM au travers de Swissmem contre-attaque et propose des solutions pour garder la tête hors de l'eau et assurer la pérennité de sa branche. Si certaines solutions ne dépendent que d'elle, d'autres sont d'ordre politique et beaucoup plus difficiles à maîtriser. La position de Swissmem sur la politique européenne de la Suisse est la suivante: quoiqu'il arrive il faut maintenir de bonnes relations avec l'UE, il s'agit là d'un enjeu politique vital!

Swissmem soutient une intégration économique élevée avec l'UE sans intégration politique et considère les accords bilatéraux en tant que « meilleurs accords du monde ». Pas de dénonciation unilatérale de l'ALCP par la Suisse, à ce sujet Swissmem est très clair, une dénonciation unilatérale déclenchera la fameuse clause guillotine qui mettra le pays à genou et pas seulement pour l'industrie MEM.

Malgré le ciel qui s'obscurcit l'espoir n'est pas mort et le dernier mot n'a pas encore été dit.

Trois grandes préoccupations pour l'avenir de la branche MEM

  • La suite des conséquences de la votation sur la libre circulation du 9 février
  • Le manque de main d’œuvre qualifiée
  • La situation économique de la branche MEM

La première est surement celle qui cristallise tous les pires scénarios à cause de sa fameuse clause guillotine qui pourrait voir la Suisse isolée sur le marché européen là où elle génère la plus grande partie de ses revenus. La seconde est intiment liée à la première, l'industrie MEM dépend grandement de la libre circulation des travailleurs et travailleuses de l'UE pour compenser un manque cruel de jeunes Suisses et Suissesses ou résidents permanents diplômés dans le domaine MEM. Le nombre de jeunes formés en Suisse ne permet pas encore de remplacer l'ensemble de la main d’œuvre qui part en retraite et le faible taux de natalité nationale rend la tâche encore plus difficile.

Quant à la troisième, elle est liée par nature aux deux premières et malgré tout les deux premiers trimestres de l’année 2014 se sont avérés jusqu’à présent meilleure que 2013. Le dynamisme de croissance qui marqua ce début d'année s'est transformé en stagnation au troisième trimestre 2014. Les derniers chiffres sont disponibles sur le site web de Swissmem à l'adresse suivante: http://www.swissmem.ch/fr/news-medien/news/mem-industrie-seitwaertsentwicklung-erwartet.html

Pénurie de main d’œuvre, quelles solutions?

MSM : Quels sont les secteurs les plus touchés par le manque de main d’œuvre qualifiée?

Philippe Cordonier : Nous avons fait faire une étude par un institut Bâlois pour identifier les secteurs les plus touchés. Sur les champs professionnels MEM il y en a 5 où il y a clairement un manque de main d’œuvre. Les informaticiens, les ingénieurs, les machinistes, les techniciens et les collaborateurs techniques. Par exemple chez les constructeurs de machines, il y a un besoin de renouvellement de 3200 collaborateurs et nous en formons que 1200. Donc jusqu’à maintenant et depuis ces 5 dernières années il y a clairement un manque de formation par rapport aux besoins de renouvellement.

Actuellement ce déficit est couvert par de la main d’œuvre qualifiée étrangère. Notre crainte, alors que déjà aujourd'hui nous n'arrivons pas à renouveler les départs naturels dans notre domaine, et si en plus demain l'immigration venait à être limitée drastiquement nous serions face à une situation de grosse pénurie de main d’œuvre qualifiée dans de nombreux domaines MEM. Cela montre clairement que nous avons déjà un problème structurel de manque de main d’œuvre en Suisse.

MSM : Quelles sont les solutions pour remédier à ce problème?

Philippe Cordonier : Nous avons définit une stratégie de la main d’œuvre qui se base sur 3 piliers. Le premier est la promotion de la relève, le second la promotion des métiers de l'industrie MEM au près des femmes et le troisième concerne les travailleurs plus âgés. Si nous regardons la pyramide des âges, nous constatons que nous avons moins de jeunes que la moyenne de l'économie nationale. Nous voyons, par contre que dès 40 ans nous avons plus de personnes que dans les autres secteurs.

La démographie de la branche MEM est vieillissante et nous souffrons d'un manque de relève. Le départ en retraite de la génération « baby boom » est entrain de créer un vide difficile à combler. Nous aimerions pouvoir garder ces travailleurs seniors un peu plus longtemps, mais ce n'est politiquement pas très correct car beaucoup de gens actuellement aspire à une retraite anticipée. Mais pour nous c'est une perte de savoir et d'expérience ainsi que de force de travail.

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