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Franc fort, une stabilisation semble s’amorcer selon le baromètre de la CEP Stabilisation en dépit de la persistance d’un franc fort

| Rédacteur: Gilles Bordet

>>La dynamique économique négative enclenchée en début d’année 2015 semble s’épuiser et laisser entrevoir une stabilisation selon le baromètre industriel de la Chambre d’économie publique du Jura bernois (CEP). Les entrées de commandes se fixent cependant à un niveau bas, très éloigné de celui des années précédentes durant lesquelles l’industrie a fonctionné à un haut régime, et ne laissent donc pas entrevoir un relâchement de la forte pression exercée actuellement sur les entreprises.

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Le marché suisse semble se stabiliser malgré la persistance d'un franc suisse toujours fort.
Le marché suisse semble se stabiliser malgré la persistance d'un franc suisse toujours fort.
(Image : Keystone)

Outil d’appréciation des enjeux de l’industrie, le baromètre de la CEP révèle en outre que la capacité d’investissement - paramètre primordial pour un système de production interdépendant comme celui de l’Arc jurassien - s’affaisse nettement pour les petites entreprises alors qu’elle s’avère à peine satisfaisante pour les plus grandes unités. Interrogées sur leurs perceptions des entraves principales au développement, les entreprises considèrent dans une large mesure que la force du franc reste le premier problème de la place industrielle nationale en déployant des effets dans plusieurs champs, en aggravant la cherté suisse et en renforçant la crispation de l’économie. Dans ce contexte, le maintien d’un cadre stable de relations avec l’Union Européenne s’impose par exemple comme une condition non négociable pour l’industrie.

Indicatif de grandes tendances, le baromètre industriel de la Chambre d’économie publique du Jura bernois (CEP) offre des éléments de compréhensions des dynamiques industrielles en plongeant au cœur d’entreprises représentatives de la structure économique de l’Arc jurassien. Basée sur des appréciations subjectives, cet outil met en lumière les anticipations des entrepreneurs en questionnant avec régularité le volume d’affaires, les résultats financiers, la capacité d’investissement et le développement de l’entreprise dans le moyen terme.

Le sondage effectué durant le premier trimestre et anticipant le deuxième trimestre 2016 met en exergue différents éléments. Après une année 2015 caractérisée par une mauvaise conjoncture amorcée par l’abandon du taux plancher du franc face à l’euro, le volume d’affaires devrait cesser sa diminution selon la majorité des entreprises pour se cristalliser autour de son niveau actuel. Dans le prolongement des tendances annoncées vers la fin de l’année, cette stagnation indique qu’un palier est probablement atteint en matière de diminution des affaires. Stabilisées à un degré très inférieur au rythme soutenu des années 2011-2014, ces entrées de commandes ne permettent pas aux entreprises de fonctionner au niveau requis pour pérenniser un stade de déploiement d’activités comme celui des dernières années.

Le résultat opérationnel est affecté directement par les entrées de commande de la dernière année. Il continue son érosion pour la plupart des sociétés, même si une forme de stabilisation se dessine également, et risque de menacer à termes les entreprises s’il ne s’améliore pas.

Le paramètre de l’investissement doit en revanche alerter les observateurs. Si les capacités sont jugées satisfaisantes pour les grandes PME de la région, les prévisions pour les plus petites s’effondrent de façon suffisamment intelligible pour être qualifiées de mauvaises. Cette différence d’appréciation rappelle la sensibilité très marquée des petites entreprises dans les périodes économiquement délicates. Les retenues d’investissements sont éminemment néfastes pour le tissu industriel de l’Arc jurassien, à plusieurs plans.

« Dans le cadre d’un système de production composé de petites et moyennes entreprises interdépendantes, commente Patrick Linder, directeur de la Chambre d’économie publique du Jura bernois, un investissement faible ou inexistant engendre des répercussions en cascades dont l’ensemble peut pâtir. » Tout aussi préoccupant, il menace d’occasionner un retard technologique dont les conséquences risquent de se manifester dans les deux à cinq ans avec des effets pouvant se déployer dans le long terme. « In fine, l’érosion des marges et des résultats financiers affaiblit donc le degré d’innovation nécessaire au maintien de la compétitivité de l’industrie suisse » précise Patrick Linder. Elle impacte également le domaine de la formation (places d’apprentissage, formation continue) de manière suffisamment sensible pour engendrer des pertes de compétences. Toutefois, les entreprises s’attendent pour la plupart à poursuivre leurs activités de façon constante dans l’année qui vient, le chômage partiel jouant un rôle essentiel dans ce registre.

Entraves au développement

Questionnées sur leurs perceptions des menaces ou des obstacles au développement, les entreprises consultées régulièrement par l’outil de compréhension de la CEP, le baromètre industriel, identifient de façon remarquablement homogène quelques domaines problématiques.

Sans surprise, la force du franc suisse et son large spectre de conséquences de court et de moyen terme, abondamment commentées en 2015, s’impose toujours comme le désagrément de premier plan des entreprises. Il est capital de relever que les effets de change défavorables à l’industrie d’exportation entravent les entreprises suisses depuis quelques années déjà ; la décision de la BNS a accentué une situation délicate depuis longtemps. En complément, la crispation protéiforme qui pénalise l’économie manufacturière suisse inquiète largement les PME. La cherté générale de la Suisse est, en sus, plutôt considérée comme un désavantage dont le franc est un facteur aggravant.

Au dernier rang des préoccupations des entreprises, des paramètres comme celui de la fiscalité n’entrent que très modérément dans le champ des préoccupations des sociétés interrogées. A l’inverse, les conditions-cadres régissant les relations économiques internationales apparaissent comme une inquiétude à prendre vivement en considération, notamment à l’aune des menaces pesant sur les rapports entretenus entre la Suisse et l’Europe qui représente plus de la moitié des exportations nationales directes. A ce titre, le maintien des conditions de fonctionnement s’impose comme un facteur essentiel pour l’avenir de l’industrie suisse pour lequel des garanties doivent être données. <<

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