Economie Le système de production microtechnique pris en tenaille

de CEP 6 min Temps de lecture

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La complication des relations commerciales déclenchées par les USA en mars 2025 commence à déployer des effets directs et indirects pour les entreprises de l’écosystème de production microtechnique.

L’enchaînement des effets de la politique erratique des USA avec une séquence de ralentissement net de l’horlogerie explique en grande partie l’accentuation de la diminution d’activité de l'industrie microtechnique.(Source :  CEP)
L’enchaînement des effets de la politique erratique des USA avec une séquence de ralentissement net de l’horlogerie explique en grande partie l’accentuation de la diminution d’activité de l'industrie microtechnique.
(Source : CEP)

Cette perturbation inopinée et le manque de visibilité qui l’accompagne interviennent durant une séquence où le secteur secondaire est déjà sous forte pression en raison d’un important affaissement de la demande horlogère, premier domaine d’application des capacités de production microtechniques, démarré en 2024. Cette interaction néfaste de deux facteurs importants pour l’industrie de la précision promet de prendre en tenaille le secteur secondaire dans la période qui s’annonce. Les projections des volumes d’affaires pour le troisième trimestre 2025 indiquent d’ailleurs une poursuite de leur contraction. « L’enchaînement de logiques protectionnistes sur un marché essentiel avec une séquence horlogère baissière engendre une configuration inquiétante pour les PME industrielles suisses et spécialement celles qui composent l’industrie de la précision. La politique américaine et son imprévisibilité infligent une nouvelle strate de défis aux entreprises au plus mauvais moment du point de vue horloger » souligne Patrick Linder, directeur de la CEP. Pour la CEP, dans une période de délitement des principes de commerce international, une réflexion politique sur les outils et moyens fédéraux mobilisés pour amortir l’impact de ce changement de contexte sur l’économie suisse s’impose.

Prévisions pour le troisième trimestre 2025

Le baromètre industriel de la Chambre d’économie publique Grand Chasseral (CEP) analyse chaque trimestre les principales tendances de l’industrie de la précision à travers une approche prospective. Représentant environ la moitié des emplois dans la région du Grand Chasseral (Jura bernois), le secteur secondaire se distingue par son homogénéité, la complémentarité de ses chaînes de valeur et les liens étroits entre ses entreprises. Conçu comme un outil de compréhension, le baromètre industriel propose une synthèse régulière des dynamiques du secteur secondaire, en particulier dans le domaine de la microtechnique. Les entrées de commandes devraient encore diminuer durant le troisième trimestre 2025 selon les anticipations des entreprises de la région Grand Chasseral, cœur géographique de l’écosystème microtechnique suisse. Si le volume d’affaires pour les prochains mois se stabilise pour quelques acteurs industriels, il est appelé à se contracter encore pour d’autres accentuant ainsi un mouvement ayant débuté il y a près d’une année et demi. « L’enchaînement des effets de la politique erratique des USA avec une séquence de ralentissement net de l’horlogerie explique en grande partie l’accentuation de la diminution d’activité » avance Patrick Linder. La prolongation de cette phase pour des raisons propres au domaine d’application principal et historique des capacités de production, l’horlogerie, ou à la politique imprévisible des USA risque désormais d’affecter directement des entreprises qui, dans de nombreux cas, utilisent déjà la réduction de l’horaire de travail, pour absorber ces fluctuations. « Il semble opportun d’insister sur la différenciation à opérer entre effets sectoriels, perceptibles depuis début 2024 jusqu’à aujourd’hui, et effets de l’érection de barrières douanières qui commencent à se faire ressentir. Cette distinction commande notamment la mise en place de mesures adaptées à l’échelon fédéral » commente Patrick Linder. Au niveau des résultats opérationnels, les entreprises partagent dans l’ensemble des prévisions de performance dans la lignée de la dernière période (durant laquelle la profitabilité des activités est directement mise en question). La majorité des acteurs s’attend ainsi à des résultats comparables aux derniers mois, mais une minorité craint une péjoration. L’installation durable de cette configuration est un risque sérieux pour l’industrie suisse de la précision d’autant plus que le franc suisse - dont la fonction de valeur refuge est activée au gré de soubresauts économiques internationaux - reste une épée de Damoclès pesant sur les performances financières. Les projets d’investissements, condition première du maintien de la capacité d’innovation des entreprises, sont eux directement affectés par la configuration asphyxiante en vigueur actuellement. Déjà sensiblement réduit au cours de la dernière année, l’investissement devrait encore s’affaiblir, ce qui s’avère de mauvais augure pour l’écosystème de production microtechnique interconnecté où les besoins de certaines entreprises sont satisfaits par d’autres à proximité immédiate. L’investissement est le vecteur principal de propagation de la demande vers l’amont de la chaine de valeur et son ralentissement décrit un problème systémique en gestation. En termes de niveau d’organisation, les entreprises ne prévoient aucune expansion et ne signalent aucune diminution notable. Un recours généralisé à la RHT semble expliquer que le tissu industriel ne s’atrophie pas plus dans cette séquence compliquée. La durée de la couverture offerte par cet instrument temporaire de soutien s’avérera déterminante pour la préservation de l’emploi et le maintien des compétences des entreprises.

Effets américains

Le baromètre industriel de la Chambre d’économie publique Grand Chasseral (CEP) démontre que les effets de la politique protectionniste américaine commencent à être concrètement mesurés dans certaines PME. L’impact direct reste encore limité dans cette période incertaine de négociation d’un accord bilatéral, notamment parce que d’abondantes commandes ont été passées hâtivement dans le court délai annoncé avant l’entrée en vigueur de la première taxe. Les entreprises font cependant déjà état d’une forme d’attentisme chez les clients américains dans l’expectative d’une clarification des conditions de fonctionnement de l’économie et particulièrement de l’effet des taxes sur les chaînes de valeur. À ce jour, la prudence adoptée par les acteurs industriels américains implique donc soit une réduction des volumes soit des reports de décisions d’investissement. Ces aspects interfèrent directement sur le volume d’activité de l’écosystème de production microtechnique du Grand Chasseral et risquent, en cas d’accord insatisfaisant, de développer de graves conséquences. Les effets indirects des positions américaines sont aujourd’hui prépondérants et largement sous-estimés. Les acteurs globaux affichent de manière générale une prudence accrue en raison des incertitudes touchant les principes fondamentaux du commerce international. Absence de visibilité, demande américaine minimale, report de décisions d’investissement impactent des entreprises mondiales ayant des fournisseurs, des sous-traitants ou des partenaires suisses. Cet impact indirect, lié à l’intrication des chaînes de valeurs, engendre une grande variation de la demande, une projection difficile et un immobilisme qui affecte notamment le secteur des moyens et des solutions de production. La retenue des donneurs d’ordre mondiaux est actuellement la conséquence probablement la plus effective de la politique américaine pour les PME suisses. Du point de vue sectoriel, les effets des barrières douanières sur la commercialisation de montres sur le marché américain, promettent de se répercuter sur les besoins horlogers en composants, moyens de production, et solutions de métrologie ou de contrôle. Ils aggraveront une situation de branche compliquée depuis une année et demi et touchant directement l’écosystème de production microtechnique, Enfin, le franc suisse, valeur refuge constante dans les périodes de complication, n’a cessé de pénaliser les activités d’exportation depuis mars. Pour la CEP, ce passage en revue superficiel des effets réellement ressentis par les entreprises industrielles du Grand Chasseral démontre la nécessité d’un accord bilatéral Suisse-USA prenant en compte la complexité de l’industrie suisse, la diversité des situations, l’imbrication des chaînes de valeur globales, et, surtout, l’importance primordiale des PME industrielles dans l’économie nationale. Ce constat peut être étendu aux outils de soutien conjoncturel pour lesquels des adaptations remettraient d’optimiser un système ayant fait ses preuves, mais c’est probablement une réflexion d’ensemble qui s’avérera nécessaire pour gérer une situation inédite dont les répercussions sont potentiellement graves pour l’emploi et les entreprises. MSM

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