Profiter des forces existantes de manière conséquente

Rédacteur: Jean-René Gonthier

>> La place économique Suisse s'imposera également dans les marchés toujours plus globalisés. À condition, que la politique assure des conditions cadres appropriées au plan général, que le cours du chance puisse être rétabli à un niveau réaliste et que les forces traditionnelles soient utilisées de manière conséquente. SMM s'est entretenu à ce sujet avec Hansruedi Wandfluh, CEO et membre du conseil d'administration de l'entreprise du même nom, Wandfluh AG, conseiller national et président de la commission fédérale de l'économie (WAK).

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«Nous continuons d'investir dans notre outil de production en Suisse. Car c'est ici qu'est le centre de nos activités de fabrication.»
«Nous continuons d'investir dans notre outil de production en Suisse. Car c'est ici qu'est le centre de nos activités de fabrication.»
(Thomas Entzeroth)

SMM: Monsieur Wandfluh, quelles sont les compétences-clés de l'entreprise Wandfluh AG (Hydraulik + Elektronik)?

Hansruedi Wandfluh: Les composants hydrauliques de petites à moyennes séries, la technique proportionnelle spéciale, l'hydraulique miniature, la protection Ex, les soupapes à siège et les solutions individuelles, y compris l'électronique qui va avec.

SMM: Comment vous différenciez-vous de vos concurrents sur le marché?

Hansruedi Wandfluh: Par une très haute qualité, aussi bien pour les produits que pour les prestations de service. Notre offre s'étend des produits standards en passant par les solutions adaptées aux clients, jusqu'à des systèmes hydrauliques complets selon le cahier des charges du client, de l'ingénierie jusqu'à la mise en service, y compris l'électronique pour la commande et la régulation. Nos produits sont utilisés là où des solutions de très haute qualité sont recherchées pour des problèmes hydrauliques sophistiqués et où la fiabilité est exigée. Par exemple, dans l'industrie des machines, dans les applications mobiles, dans les secteurs du pétrole et gaz, la marine ou la technique de l'énergie.

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SMM: Les secteurs, que vous mentionnez, laissent supposer que vous êtes fortement tourné vers l'international?

Hansruedi Wandfluh: C'est juste, nous nous appuyons pour ce faire sur nos propres filiales, installées dans plusieurs pays (CH, USA, D, GB, F, CN) et sur notre réseau de distribution mondial. Environ 2/3 de notre production indigène part pour l'exportation.

SMM: Une question à propos de votre deuxième entreprise ici à Frutigen, la Wandfluh Produktion AG. Quelles sont ses compétences?

Hansruedi Wandfluh: Nous avons repris cette usine à Ascom AG en 1993, qui avait concentré ses fabrications mécaniques à Frutigen. Nous avons commencé avec environ 50 collaborateurs; Ascom était alors notre client principal, mais après plusieurs changements stratégiques, son importance diminuât nettement en 2002. Aujourd'hui, nous travaillons avec succès dans le segment très exigent de la fabrication mécanique de précision. Par exemple les opérations de tournage court et long, les usinages cubiques ainsi que toutes les opérations de mesure et de contrôle. De plus, nous sommes engagés dans la fabrication de groupes de construction complets, dans le sens d'un «Full Service». Ceci comprend l'usinage mécanique des composants (plutôt petits), les traitements de surface (avec des partenaires externes) et le montage, le contrôle et la documentation de toutes les étapes de processus ordinaires, suivant les exigences individuelles du client. L'entreprise complète est certifiée selon ISO 9001:2008 et ISO 13485:2003 pour le secteur de la technique médicale en forte croissance, où nous réalisons environ 15% de notre chiffre d'affaire. Ici aussi, comme pour l'hydraulique, être dans la moyenne n'est pas suffisant – nous devons être meilleurs.

SMM: Quels sont les secteurs de croissance typiques dans votre branche, où voyez-vous du potentiel pour l'hydraulique?

Hansruedi Wandfluh: L'industrie des machines classique va plutôt stagner, mais je vois un grand potentiel de croissance, par exemple dans le domaine de l'énergie, avec les installations éoliennes et solaires, et également dans la technique médicale. Nous prévoyons aussi de fortes croissances dans le secteur mobile et même dans le secteur de la marine, très clairement en Asie où nous réalisons maintenant environ 10% de notre chiffre d'affaires.

SMM: Comment générez-vous la croissance en Chine? Connaît-on Wandfluh là-bas?

Hansruedi Wandfluh: Nous avons depuis 2005 notre propre filiale à Shanghai et un bureau à Pékin. Nous prévoyons en outre d'accroître nos activités sur le marché chinois l'année prochaine. Dans l'ensemble, nous sommes très satisfaits de l'évolution commerciale en Chine, bien que le taux de croissance soit environ 50% inférieur aux chiffres de l'année précédente. Nous usinons encore peu en Chine. Les pièces clés et les composants critiques proviennent aujourd'hui, et proviendront à l'avenir aussi, de Suisse.

SMM: Pourquoi produisez-vous en Chine et pas en Suisse – ne craignez-vous pas un déplacement de savoir-faire?

Hansruedi Wandfluh:

C'est une question de quantité, de coûts et aussi de logistique. Nous ne sommes tous simplement pas en mesure de couvrir à long terme le besoin du marché chinois à des prix compétitifs et entièrement depuis la Suisse. Le déplacement de savoir-faire est un thème important. Nous ne délocalisons que les pièces à faible savoir-faire.

SMM: Les spécialistes hautement qualifiés sont rares – trouvez-vous des spécialistes qualifiés en hydraulique dans la région?

Hansruedi Wandfluh: Les bonnes personnes sont toujours rares. Nous formons nous-même relativement beaucoup de futurs spécialistes. Nous avons en moyenne environ 30 personnes en formation. Nous, ou plutôt notre région de montagne offre également un haut niveau de qualité de vie, ce qui nous facilite la tâche de recruter des spécialistes en dehors de notre région.

SMM: Une entreprise de la technique des fluides, Festo, observe précisément le marché de la technique de travail électrique et a également mis en place un segment de produit dans ce secteur – suivez-vous de tels développements?

Hansruedi Wandfluh: Les évolutions technologiques sont des processus continus, que nous observons bien entendu avec beaucoup d'attention. Cette évolution a toujours existé, et de nouvelles possibilités supplémentaires en résultent.

SMM: Quels sont proportionnellement vos coûts énergétiques? Que fait Wandfluh en matière d'efficience énergétique?

Hansruedi Wandfluh: Aujourd'hui notre quote-part des coûts énergétiques est à un pourcentage à un chiffre. Mais en cas d'augmentation éventuelle des coûts de l'électricité, nous pourrions rapidement atteindre un ordre de grandeur bien plus significatif. Bien entendu, nous prenons des mesures appropriées à tous les niveaux pour économiser l'énergie. Ainsi, par exemple, nous chauffons nos halles avec la chaleur perdue du tunnel de base du Lötschberg (NEAT), nous isolons les toitures des halles etc. Nos produits sont également continuellement optimisés dans ce sens, car ici aussi, l'efficience énergétique est un thème toujours plus important. Par exemple, les pertes de fuite sont minimisées, la commande de vannes est optimisée, etc.

SMM: Vous avez introduit depuis quelque temps déjà des horaires de travail individuels dans votre entreprise – est-ce un modèle de travail horaire d'avenir?

Hansruedi Wandfluh: Nous disposons déjà depuis 1988 d'un modèle d'horaire individuel. Chaque année, nous discutons avec nos employés combien ils souhaitent travailler l'année prochaine, comment organiser les horaires et combien de vacances ils souhaitent prendre. Le salaire est ensuite adapté en conséquent.

SMM: Et comment cela est-il perçu par les collaborateurs?

Hansruedi Wandfluh: Le modèle repose sur la réciprocité: ce concept n'a de l'avenir que si aussi bien les employés que l'employeur peuvent en profiter. L'entreprise est prête à écouter les souhaits individuels des collaborateurs. Mais elle doit aussi pouvoir s'attendre qu'en cas de besoin, les collaborateurs répondent aux souhaits de l'entreprise – respectivement ceux des clients. Pour l'entreprise, ce modèle ne signifie pas seulement des coûts supplémentaires, des avantages de compétitivité importants peuvent en résulter.

SMM: Comment maîtrisez-vous personnellement le «grand écart» entre l'entrepreneur engagé et l'activité politique comme conseilleur national et membre d'une commission importante?

Hansruedi Wandfluh: En optimisant le temps disponible, environ 50% pour l'entreprise et 80% pour la politiques, très souvent aussi le soir. La délégation des responsabilités et des compétences à des collaborateurs fiables est très importante pour l'entreprise. Dans cette constellation, des collaborateurs capables sont une condition essentielle.

SMM: Le problème de la succession dans les entreprises familiales est un sujet extrêmement important - y avez-vous déjà pensé?

Hansruedi Wandfluh: C'est un sujet important, c'est clair. Il faut l'approcher suffisamment tôt. J'ai deux fils et une fille. Les deux fils, en particulier, avec des diplômes de haute école en construction de machines et en économie d'entreprise/marketing, ont indiqué leur intérêt. Toutefois, les formations doivent d'abord être achevées et les années d'apprentissage et les années sabbatiques terminées. Nous parlons d'un délai probable de 6 à 8 ans.

SMM: Les entreprises gérées par leur propriétaire ont-elles de meilleures performances que celles dirigées par des directeurs.

Hansruedi Wandfluh: Les expériences générales confirment cet état de fait. Une vision généralement à nettement plus long terme et la plus grande flexibilité de décision se révèlent comme plus avantageux.

SMM: Pourquoi la place économique n'est-elle pas mieux représentée en politique?

Hansruedi Wandfluh: C'est vrai que jusqu'à présent, la part d'entrepreneurs de l'industrie, spécialement de l'industrie des machines, dans notre parlement était faible, même dans la législature qui se termine maintenant. On peut supposer que cette constellation ne changera pas beaucoup dans la législature à venir.

Il est clair qu'une représentation parlementaire plus forte serait souhaitable, aussi dans les commissions, comme par exemple la commission de l'économie. La politique pourrait faire plus pour le maintien de bonnes conditions cadres pour la place économique. Certaines actions sont même préjudiciables aux entreprises, pensez seulement à la nouvelle initiative sur les successions.

SMM: Que pourrait faire la politique pour renforcer la place économique?

Hansruedi Wandfluh: La place économique a plus que jamais besoin de conditions cadres judicieuses. Bien entendu, la politique joue ici un rôle important. Elle doit par exemple assurer un approvisionnement sûr en électricité à des conditions avantageuses, et ce malgré la transformation écologique de la politique énergétique envisagée, assurer des impôts et subventions plus avantageux, une simplification des procédures administratives à tous les niveaux et bien plus encore. Les prétentions préjudiciables aux entreprises, comme par exemple l'impôt sur la succession mentionné, doivent être combattues avec véhémence.

Bien entendu, nous, les politiciens, éliminons continuellement des places de travail importantes, mais d'un autre côté, de nouvelles sont également créées.

Le sujet clé de la place économique est encore et toujours le cours du change – dans quelle mesure votre entreprise est-elle touchée?

Nous en souffrons bien entendu très fortement dans notre partie pour l'exportation. Nous sommes continuellement sous pression pour économiser, et donc sous pression pour encore rationaliser, automatiser et optimiser nos processus. De plus, nous facturons des suppléments de renchérissement à l'étranger, avec le risque de perdre certains contrats.

SMM: Monsieur le conseiller fédéral Schneider-Amman parla dernièrement de la possibilité d'un scénario économique morose – vous le voyez également ainsi?

Hansruedi Wandfluh: Si le franc continue d'être aussi fort, je partage son avis. Pour pouvoir rester dans une bonne position de départ, également à long terme, j'estime qu'un cours du change à l'euro à environ 1.40 est indispensable. Une nouvelle intervention de la Banque nationale serait souhaitable.

Sinon, une perte massive de places de travail, ou leur délocalisation, serait inévitable. Mais si des places de travail sont délocalisées, elles sont parties pour toujours.

SMM: Comment voyez-vous l'évolution future de votre entreprise, si le franc suisse demeure aussi fort.

Hansruedi Wandfluh: Nous sommes bien positionnés sur le marché, disposons de certaines réserves et poursuivons une stratégie d'en avant. Mais à long terme, nous serons nous aussi dépendant d'un cours du change plus favorable.

SMM: La place économique Suisse – et Wandfluh – peut-elle résister à la concurrence, par exemple de la Chine.

Hansruedi Wandfluh: La Suisse demeurera notre site principal. Nous investissons ici continuellement, par exemple dans de nouveaux produits, dans le parc de machines ou dans l'automation. La «qualité suisse» restera un argument fort, apprécié et honoré même dans les marchés toujours plus globaux. L'industrie des machines en Chine, par exemple, n'est pas à notre niveau en ce qui concerne la qualité des produits. Il existe un besoin de rattrapage dans les moyens de production et dans la formation. Mais il est clair que l'Asie continuera à nous rattraper à l'avenir.

Mais nos valeurs reconnues, en particulier notre système de formation dual, le partenariat social intact, un personnel bien formé, un capital avantageux et un taux d'automatisation toujours plus élevé, me permettent de voir l'avenir avec confiance.

SMM: Une dernière question: Connaissez-vous personnellement tous vos 300 collaborateurs et plus, avec les noms?

Hansruedi Wandfluh: Je m'efforce d'attendre ce but, ce qui n'est pas du tout facile. Une amélioration continue est ici aussi ma devise. <<

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