Le travail des robots assurera à n'en pas douter des maintiens d’emplois en Suisse - Interview avec Mme Dr. Sarah Dégallier Rochat grande spécialiste des cobots à la HES bernoise de Bienne

Les robots maintiendront des emplois en Suisse

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MSM : Comment ressentez-vous l’impact humain par rapport à l’entrée des robots, cobots et bots dans les entreprises et surtout l’arrivée du tout connecté (Industrie 4.0) ?

Sarah Dégallier Rochat : A l'image de toute nouvelle technologie, il est important de réfléchir aux impacts – positifs et négatifs – que les robots peuvent avoir sur les conditions de travail en Suisse. Je vais me concentrer ici sur la robotique collaborative puisqu’il s’agit de mon domaine de recherche.

L’automatisation, qu’elle soit partielle ou complète, va dans les années à venir transformer le monde de l’emploi en Suisse et il est important de réfléchir aujourd’hui à cette transformation et à ce qu’elle implique. Certains emplois risquent de disparaître dans le futur et d’autres métiers, nécessitant peut-être des compétences différentes, vont potentiellement émerger. On parle souvent d’Industrie 4.0 ou de quatrième révolution industrielle et je pense qu’il est important d’analyser les révolutions industrielles antérieures pour pouvoir se préparer au mieux à cette nouvelle révolution. La Suisse a lancé plusieurs projets de recherche pour permettre cette analyse et la définition de stratégies.

L’automatisation représente une solution face à la délocalisation de la production à l’étranger. Selon le sondage « Swiss Manufacturing Survey » effectué par l’Université de Saint-Gall en 2017, 46% des entreprises interrogées pensent à délocaliser la production dans les années à venir, principalement à cause des coûts de production. Or, une étude de la Werkzeugbau Akademie en Allemagne a montré que la production semi-automatisée pourrait permettre de réduire les coûts de façon à ce que même les pays à bas salaires ne soient plus compétitifs. Certaines entreprises envisageraient même de rapatrier la production en Suisse si elles peuvent maintenir les coûts bas et rester compétitives.

De plus, certaines entreprises suisses ont de la difficulté à recruter du personnel pour certaines tâches pénibles, dangereuses ou très répétitives et souvent mal rémunérées. La cobotique offre un moyen pour, en quelques sortes, réhumaniser et revaloriser certaines tâches, dans le sens où les étapes ne nécessitant aucun savoir-faire ou expertise humaine peuvent être automatisées, tandis que les étapes qui requièrent de la dextérité, de la flexibilité et une capacité de réflexion qui nous est propre peuvent être réalisées par un travailleur. Si la production est en plus augmentée, cela pourrait aussi avoir un impact positif sur les conditions salariales.

En résumé, je pense que notre usage de la cobotique et de l’automatisation en général est un choix plus politique que technologique et qu’il est nécessaire de développer des programmes qui permettent aux entreprises d’implémenter l’automatisation de manière à optimiser les conditions de travail tout en maintenant la compétitivité en termes de coûts de production.

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