Perrin Frères SA: des étampes à la machine à pointer CNC Lorsque la maîtrise technique fait faux bond

Rédacteur: Edouard Huguelet

>> En 1923, deux frères mécaniciens, Louis et Félix Perrin, reprennent des locaux au lieu dit «Le Coin du Moulin» à Moutier, où ils créent un atelier, de construction d'étampes pour pièces d’horlogerie. En même temps ils révisent ou transforment de petites machines-outils horlogères et mettent au point une machine à rouler les pivots de pignons d’horlogerie.

Entreprise liée

L'usine Perrin Frères SA à Moutier, au début des années 1960, devenue par la suite Perrin Machines SA.
L'usine Perrin Frères SA à Moutier, au début des années 1960, devenue par la suite Perrin Machines SA.
(Photo MSM: Prospectus Perrin Machines SA.)

Outre les deux frères associés, la jeune entreprise emploie deux mécaniciens et engage même deux apprentis. A cette époque on n'hésitait pas à former la relève! Après quelques difficultés initiales dues au chômage important qui sévissait alors dans le secteur de l’horlogerie, ils emménagent en 1929 rue de la Gare dans une ancienne vannerie qu’ils transforment en atelier mécanique. Pour la petite histoire, il est intéressant de mentionner que Louis Perrin, administrateur et directeur technique, était également administrateur à la Compagnie privée des chemins de fer Moutier-Soleure et à ce titre, il lui arrivait parfois d’occuper la place du conducteur de locomotive. Félix Perrin fut commandant de compagnie durant la Seconde Guerre mondiale.

Vers la construction de machines

Mais revenons en 1929, qui est aussi l’année du crash boursier de Wall Street, suivi de la grande dépression mondiale des années trente. Après quelques essais d’industrialisation plus ou moins probants et parfois épiques (automate à trier la monnaie, machine à traire, changement de vitesse continu à poulies variables pour véhicules automobiles – dont le principe sera d'ailleurs repris ultérieurement pour les machines-outils –, l’entreprise fabrique des gabarits et pièces détachées pour l’armement, notamment des composants pour les fusils Lebel destinés à l’Armée française. D'ailleurs l'auteur de ce texte, à l'époque (1956 à 1960) apprenti dessinateur de machines chez Perrin Frères, adorait faire du classement dans les archives poussiéreuses du bureau d'études, ce qui lui donnait l'occasion de se plonger dans de vieux documents. Par exemple, le bulletin de livraison d'une perceuse radiale allemande de marque Raboma, acquise durant la Seconde Guerre mondiale et comportant pour en-tête: «Heil Hitler!».

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A la fin de la décennie précédant la Seconde guerre mondiale, le créneau des composants d'armement était particulièrement porteur et des fortunes étaient rapidement réalisées: c'était la période du «quick buck». Pour l’anecdote, les plus anciens se souviennent encore certainement du cas d’un petit industriel local trop rapidement enrichi qui épatait en fin de soirée son entourage au bistrot du coin en allumant en public son cigare avec un billet de banque préalablement enflammé. Un autre avait la sulfureuse réputation de laver sa voiture au Champagne, si possible devant témoins. Autant de performances qui ne manquèrent pas d'alimenter l'impact des syndicats de travailleurs!

En 1939, la société change de raison sociale, passant du statut de société en nom collectif à celui de société anonyme, Perrin Frères SA, avec en outre la venue au conseil d’administration de Charles Perrin (prématurément décédé en 1956), un banquier qui fournit un apport financier autant important que bienvenu. Le virage est aussitôt pris vers la fabrication de machines-outils de précision. D’abord des perceuses à colonne, puis des perceuses sur établi et sur socle, équipées le cas échéant d’une table en croix: le modèle TX-25, puis des tours à fileter et à charioter. Ensuite une fraiseuse universelle à console est développée: le modèle PF1, par la suite appelée U1 suite à une plainte déposée par Deckel (une entreprise allemande réalisant déjà un modèle similaire concurrent appelé FP1, donc une marque déposée à consonance quasiment similaire et pouvant prêter confusion). Son évolution, le modèle U0, une fraiseuse universelle dotée d'innombrables accessoires, connaît un franc succès en Suisse et ailleurs, notamment en Grande-Bretagne.

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