Relance économique : interview de Josua Burkart, directeur de hpo forecasting AG

L'avenir de l'industrie suisse

Page: 3/3

Entreprises liées

Quels impacts attend-on sur l'industrie suisse ?

J. Burkart : Il y aura des évolutions. Les entreprises dépendant fortement des moteurs à combustion seront perdantes et les entreprises qui se seront tournées vers la mobilité électrique y gagneront. Prenez l'exemple d'un fabricant de broches dans l'industrie des machines-outils. L'entreprise fonde une filiale et construit de nouveaux compresseurs pour les piles à combustible en s'appuyant pleinement sur ses compétences technologiques de base. L'entreprise se positionne ainsi habilement dans un domaine d'avenir potentiel.

L'industrie horlogère suisse s'appuie encore et toujours sur des mouvements de montres mécaniques et se tient à l'écart des mouvements électroniques. Quelle est la raison de son succès ?

J. Burkart : Les montres suisses ont acquis une excellente réputation dans le segment du luxe. Dans ce contexte, les mots-clés sont émotions et symboles de statut. Ce positionnement doit d'abord être mérité : la précision, la qualité, la longévité et, enfin et surtout, l'image de marque, jouent un rôle essentiel à cet égard. Jusqu'à présent, les montres de luxe suisses n'ont pas de concurrence digne de ce nom. La Suisse possède un cluster unique qui ne peut être copié à ce niveau de qualité. Je ne pense pas que les montres numériques supplanteront les montres mécaniques suisses dans le segment du luxe, car une smartwatch devient obsolète au bout de quelques années, ce qui la rend moins appropriée comme symbole de statut durable.

Galerie d'images

Quand l'industrie commencera-t-elle à se redresser ?

J. Burkart : Il y aura des investissements relativement importants dans les prochains mois. Ensuite, le volume des investissements diminuera et se stabilisera à un niveau relativement bas à moyen terme. Selon le calcul de notre modèle, il faudra 4 à 5 ans pour que de nombreuses industries retrouvent le très bon niveau d'avant la crise de 2018. Toutefois, certains segments ou entreprises peuvent s'en écarter sensiblement.

Pour l'industrie, cela ressemble à une traversée de la Manche à la nage avec un gilet de plomb…

J. Burkart : Les années à venir ne seront pas faciles. Les entreprises doivent investir dans les innovations. Les clients qui achètent de nouvelles machines en temps de crise ont le temps d'évaluer et peuvent obtenir avec leur investissement un avantage sur la concurrence. C'est pourquoi il est particulièrement important en période de crise d'arriver sur le marché avec des innovations. Les entreprises qui se repositionnent pendant la crise et investissent dans des produits innovants, en se positionnant sur des marchés à potentiel futur, ont de bonnes chances de sortir gagnantes de la crise.

L'innovation est l'une des forces des entreprises suisses, c'est plutôt bon signe !

J. Burkart : Tout à fait. En Allemagne, les entreprises industrielles ont profité pendant de nombreuses années d'un euro relativement faible, tandis qu'en parallèle, l'industrie automobile, très importante pour notre pays voisin, connaissait un long boom. Les entreprises suisses ne bénéficiaient pas de cet avantage et ont dû se réinventer en permanence, optimiser leur production, créer de nouveaux secteurs d'activité, etc. C'est exactement ce qui fait la force de l'industrie MEM suisse : un changement continu dans des conditions très difficiles. L'entraînement à la natation avec un gilet de plomb est une bonne métaphore. Ramené à la course à pied, cela signifie que l'industrie suisse effectue depuis des années une sorte d'entraînement en altitude et que, lorsque les conditions reviendront à un niveau plus ou moins normal, nous courrons en tête. MSM

(ID:47295952)