Relance économique : interview de Josua Burkart, directeur de hpo forecasting AG

L'avenir de l'industrie suisse

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Comment expliquez-vous la forte baisse du premier trimestre 2020 ?

J. Burkart : Le premier trimestre 2020 a été une sorte de tempête économique, pendant laquelle deux scénarios se sont chevauchés. D'une part, le ralentissement économique dans le secteur industriel, qui se faisait déjà fortement sentir en 2019 et que nous pouvons bien expliquer avec notre modèle. Par-dessus cela s'est ajoutée la crise due au coronavirus, ce qui a considérablement amplifié le déclin. Le ralentissement a donc été beaucoup plus important que prévu, et il y a eu une forte sous-production. En avril 2020, il y avait une énorme réticence à investir. Selon toute vraisemblance, cette sous-production devrait être compensée par une surproduction d'ici la fin de l'année. Cela signifie que nous nous attendons à court terme à de forts taux de croissance, dont nous voyons déjà les prémices dans les chiffres actuels. Et bien qu'il ne s'agisse plutôt que d'un feu de paille, les entreprises doivent se préparer à cette augmentation imminente des commandes.

Cela va donc nécessiter une énorme flexibilité de production, n'est-ce pas ?

J. Burkart : Absolument. Si des commandes sont reçues dans les prochains mois, les entreprises doivent être prêtes. Le chômage partiel est de sûr une bonne mesure pour s'assurer que l'on puisse faire appel à suffisamment de personnel dans un tel cas. Toutefois, l'ensemble de la chaîne logistique, y compris les fournisseurs, doit être en mesure de faire face à ce scénario.

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Revenons à l'indicateur des biens de consommation auquel est liée l'industrie : comment évaluez-vous cette évolution ?

J. Burkart : Par rapport à 2020, nous verrons grâce à l'effet de base de bons taux de croissance dans le secteur de la consommation. Après cela cependant, nous prévoyons des taux de croissance faibles pendant un certain temps.

Les biens de consommation baissent parfois de 10 ou 15 %. Pourquoi l'industrie des machines-outils subit-elle des baisses allant jusqu'à 60 % ?

J. Burkart : Cela s'explique par le principe d'accélération. Les biens d'équipement sont toujours plus touchés. Un exemple : un fabricant de textiles produit des T-shirts et utilise pour cela dix machines. Une machine fonctionne pendant 10 ans. Après 10 ans, une machine tombe en panne, et le fabricant a besoin d'investir dans un remplacement. Si la demande augmente de 10 %, il a besoin de deux machines, soit un investissement de remplacement et un nouvel investissement pour répondre à la demande croissante. La courbe d'investissement en machines textiles est alors plus inclinée vers le haut que la consommation de T-shirts. Mais si la demande de T-shirts diminue de 10 %, le fabricant de textiles n'investira pas dans la machine de remplacement et ne réalisera pas de nouvel investissement en raison de la baisse des ventes. La demande de machines textiles diminuera alors massivement.

Et qu'en est-il des machines-outils ?

J. Burkart : Les machines-outils sont au début de tout processus de production. Elles ont une importance toute particulière dans le domaine des biens d'équipement. C'est l'une des branches les plus volatiles de toutes. Les machines-outils sont également utilisées pour fabriquer des composants d'autres biens d'équipement. Une baisse de 10 % de la demande dans le secteur automobile peut entraîner une chute de 30 à 70 % des ventes pour un fabricant de machines-outils qui se concentre à 100 % sur l'industrie automobile. Lorsque la demande de voitures reprend, elle va dans l'autre sens et le fabricant de machines-outils doit augmenter sa production.

Quel rôle jouent les mégatendances telles que la transition énergétique, l'électromobilité, les technologies médicales, etc. ?

J. Burkart : Il y a toujours des industries qui bénéficient des mégatendances. Les deux principales actuellement sont celle des semi-conducteurs et celle des technologies médicales. Ces industries vont se développer de manière disproportionnée. À cet égard, il ne serait futé d'un point de vue stratégique de se développer en tant que fournisseur de ces industries en pleine croissance. Mais l'industrie des machines-outils est soumise à une forte pression et restera sous pression, et sa dépendance à l'industrie automobile est grande.

Quel impact a le développement de l'électromobilité sur l'industrie MEM ?

J. Burkart : D'une manière générale, l'incertitude règne dans l'industrie automobile quant à l'orientation future des développements. Dans quels domaines les investissements doivent-ils être réalisés ? Hybride ? Pile à combustible à hydrogène ? Moteur à hydrogène ? 100 % électrique ? Les décisions politiques jouent un rôle clé, et ne sont, qui plus est, pas décidées dans notre propre pays. Il s'agit d'une évolution très intéressante pour l'industrie automobile et ses fournisseurs dans les années à venir. Une chose est cependant relativement claire : le moteur à combustion va perdre des parts de marché. La flexibilité sera donc la priorité absolue.

Qu'est-ce que cela signifie pour la Suisse ?

J. Burkart : Le professeur Anja Schulze (UNI Zurich) a publié une étude à ce sujet. Elle indique qu'en Suisse, 574 entreprises de sous-traitance employant 34 000 personnes travaillent pour l'industrie automobile et génèrent un chiffre d'affaires de 12 milliards de francs suisses. Il est également nécessaire de différencier ce qui entre spécifiquement dans la construction du moteur et sa périphérie. Mais de manière générale, la Suisse est moins dépendante de l'industrie automobile que l'Allemagne. Dans l'environnement actuel, c'est un avantage. La Suisse possède une offre très variée. L'industrie horlogère, les technologies médicales, l'industrie de l'énergie et puis il y a d'innombrables entreprises qui se sont établies dans des domaines de niche, une des forces particulières de l'industrie suisse. L'industrie suisse est pour ainsi dire très diversifiée. C'est un avantage lorsque des secteurs comme celui de l'automobile sont en mutation et que l'industrie n'est pas un fournisseur dans un domaine spécifique, qui pourrait disparaître au cours des prochaines années.

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