Horlogerie Diamants de synthèse : la révolution à venir ?

de Marina Hofstetter

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La situation géopolitique actuelle influe sur le marché du diamant naturel, ouvrant une porte pour le diamant synthétique. Nicolas Ruscio, Sales and Markeitng Manager chez Windler SA, nous en dit plus sur cette alternative.

À l'œil nu, une fois poli et taillé, il est impossible de différencier les diamants synthétiques des diamants naturels.
À l'œil nu, une fois poli et taillé, il est impossible de différencier les diamants synthétiques des diamants naturels.
(Source : Marina Hofstetter )

Quel est la part de marché du diamant synthétique ?

N. Ruscio : Actuellement, au niveau horlogerie et joaillerie, le principal marché est le marché américain. Partout ailleurs, le diamant synthétique est encore assez boudé.

Est-ce un sujet tabou ?

N. Ruscio : Je ne dirais pas tabou, car nous rencontrons de plus en plus de personnes des milieux de l'horlogerie et de la joaillerie qui s'intéressent de près aux diamants synthétiques. Chez Windler SA, nous livrons des ateliers de sertissage avec nos diamants de synthèse, mais nous ne connaissons pas les utilisateurs finaux. À ma connaissance, la seule marque ayant ouvertement communiqué sur l'utilisation de diamant de synthèse est Tag Heuer, avec la Carrera Plasma.

Pensez-vous que l'utilisation du diamant de synthèse va se démocratiser ?

N. Ruscio : Je pense que tout le monde est dans les starting-blocks. Une marque s'est lancée, c'est peut-être ce qu'il faut pour que les autres suivent. Les questions de traçabilité et d'éthique se sont largement répandues ces dernières années, et le diamant synthétique offre une réponse parfaite à ces problématiques. Le Responsible Jewellery Council est un conseil créé en 2005 qui a établi des standards à suivre et des certifications pour attester de l'intégrité et de la durabilité de la chaîne d'approvisionnement. De nombreux grands groupes et entreprises demandent cette certification à leurs fournisseurs, sans quoi ils ne travailleront pas avec eux. La différence de prix est aussi un point non négligeable. La liste de prix Rapaport est la norme de l'industrie du diamant pour la tarification des diamants. Admettons qu'un détaillant veuille acheter un diamant, il pourra peut-être acheter un diamant naturel à -20 % du prix Rapaport. Un diamant naturel s'achètera quant à lui de -80 % à -90 % du prix Rapaport.

Quelles sont les différences entre un diamant naturel et un diamant synthétique ?

N. Ruscio : Une grande partie des gens pensent que le diamant synthétique est un faux diamant. Or, le diamant synthétique est également un diamant en termes de caractéristiques physico-chimiques, c'est-à-dire composition, structure cristalline, dureté, etc. La différence est qu'il n'a pas été fabriqué par la nature mais par l'homme. Si vous voulez, c'est un peu comme les glaçons que l'on fabrique en refroidissant de l'eau dans son congélateur, et qui sont, tout comme la glace que l'on va trouver dans la montagne, de l'eau congelée. Un diamant, quelque soit sont origine, se taille également de la même manière, avec les mêmes outils.

Comment différencier un diamant naturel d'un diamant synthétique ?

N. Ruscio : Les technologies évoluant, les diamants synthétiques sont extrêmement difficiles à détecter. À l'œil nu, une fois poli et taillé, c'est impossible de les différencier des diamants naturels, même pour les spécialistes. Il existe cependant des machines qui permettent de détecter les diamants synthétiques, en les illuminant avec une lumière ultraviolette. La manière dont les diamants synthétiques absorbent cette lumière est suffisamment différente de celle des diamants naturels pour permettre de les différencier.

Comment sont fabriqués les diamants synthétiques ?

N. Ruscio : Aujourd'hui, deux techniques prédominent. Avec la méthode HPHT (Haute Pression, Haute Température), on fait grandir un diamant à partir d'un grain en recréant les conditions de températures et de pression naturelles nécessaires à la transformation du carbone en diamant. Avec la méthode CVD (pour Chemical Vapor Deposition c'est-à-dire Dépôt en phase gazeuse), on place une plaque de diamant est placée dans un environnement gazeux contenant du carbone, et le diamant va se construire couche par couche. Au niveau délai, il faut environ 4 semaines pour obtenir un bloc de diamant synthétique avec la méthode CVD. Actuellement la taille moyenne d'un bloc est d'environ 4 mm, mais des développements récents ont mené à des blocs de 8 mm.

À quoi est dû cette limite de taille ?

N. Ruscio : Contrairement à ce que l'on peut penser, ce n'est pas un problème de technologie, mais plutôt de marché. Nous produisons les diamants de tailles demandées sur le marché de l'horlogerie et de la joaillerie. Qui va acheter d'énormes diamants synthétiques ? À l'avenir, on pourrait imaginer la fabrication d'un cadran entier en diamant synthétique par exemple, mais pour le moment, la demande n'est pas là.

D'un point de vue environnemental, où se place la fabrication de diamants synthétiques ?

N. Ruscio : La fabrication de diamants synthétiques est relativement énergivore, c'est un fait. Néanmoins, elle l'est au global moins que la production de diamants naturels.

Comment sont certifiés les diamants synthétiques ?

N. Ruscio : Les laboratoires comme GIA ou IGI vont certifier les diamants naturels et synthétiques de la même façon, c'est-à-dire en se basant sur les mêmes critères de pureté, de couleur, etc. Cependant le certificat des diamants synthétiques portera la mention « laboratory-grown diamond ». L'avantage des diamants de laboratoire est la répétabilité du processus et donc l'uniformité des diamants.

Où sont fabriqués vos diamants synthétiques ?

N. Ruscio : Nos locaux principaux sont à Lausanne. La grande majorité de notre stock de pierres s'y trouve. Nous y regroupons les activités de contrôle-qualité, de test, et de préparation des commandes. La fabrication, la coupe et le polissage de nos diamants synthétiques sont faits dans nos locaux en Inde.

On parle de durabilité, d'éthique, pensez-vous à rapatrier ces activités dans un souci d'impact environnemental et de circuit court ?

N. Ruscio : Rapatrier ces activités en Suisse signifierait une augmentation du prix des diamants synthétiques. Or, le bas prix du diamant synthétique est l'un de ses principaux arguments de vente. Au niveau des marges par exemple, en ce qui concerne les petites pierres pour le pavage, on les vend déjà quasiment au prix de la main d'œuvre. En effet, après avoir taillé la pierre de centre, les petits fragments restants doivent aussi être taillés. La taille de la pierre est bien moindre, sont prix de vente aussi mais le travail est équivalent à celui d'une plus grosse pierre. À l'heure actuelle, les points qui intéressent les acteurs du domaine de l'horlogerie et de la joaillerie sont la certification RJC, la production éthique et les prix bas. Le circuit court n'est pas encore un point suffisamment fort pour justifier un rapatriement des activités.

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