Économie L'industrie de la précision dans le creux de la vague

de Chambre d'économie publique Grand Chasseral (CEP) 6 min Temps de lecture

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Le début de l'année 2025 devrait voir l'activité industrielle se contracter encore selon le baromètre de la Chambre d'économie publique Grand Chasseral (CEP).

L'industrie, et en particulier l'écosystème de production de la microtechnique, est directement impactée par les prévisions d'ensemble de l'horlogerie suisse.(Source :  CEP)
L'industrie, et en particulier l'écosystème de production de la microtechnique, est directement impactée par les prévisions d'ensemble de l'horlogerie suisse.
(Source : CEP)

Directement impacté par les prévisions d'ensemble de l'horlogerie suisse, l'écosystème de production de la microtechnique anticipe pour les premiers mois de l'année une aggravation de la baisse du volume d'affaires débutée en 2024. Le bas régime de fonctionnement actuel engendre inéluctablement des performances financières médiocres, annihile les capacités d'investissement et affecte dans certains cas l'emploi. « La tonalité classiquement horlogère de la séquence en cours tempère quelque peu les projections pessimistes de l'industrie de la précision dans la mesure où le caractère cyclique des besoins a déjà été expérimenté dans l'histoire économique régionale », remarque Patrick Linder, directeur de la CEP. « La durée de cette phase promet cependant d'être le paramètre critique pour l'ensemble du tissu industriel. »

Dans ce contexte conjoncturel fortement lié à l'horlogerie, la réduction de l'horaire de travail (RHT) confirme son rôle de première importance pour la préservation de l'emploi, des capacités industrielles et des savoir-faire. Si de nombreuses entreprises y recourent déjà de manière satisfaisante et efficiente (depuis le printemps 2024 pour certaines), la question de la durée d'utilisation de cet outil de soutien temporaire s'est fortement précisée en fin d'année. En effet, les scenarii les plus favorables laissant entrevoir un redémarrage en fin d'année 2025, certaines entreprises risquent de ne pas disposer du soutien nécessaire jusqu'à la remontée de ce cycle horloger. « Compte tenu de la situation spécifique de l'industrie de la précision en lien principalement avec l'horlogerie et ses perspectives globales, l'utilisation du plein potentiel de RHT donné par la loi s'impose comme une option raisonnable pour préserver les capacités industrielles et les compétences développées par les entreprises », estime la CEP.

Anticipations conjoncturelles, premier trimestre 2025

Le baromètre industriel de la Chambre d'économie publique Grand Chasseral (CEP) met en lumière les grandes tendances de l'industrie de la précision en pratiquant tous les trimestres une analyse prospective. Occupant environ un emploi sur deux dans la région du Grand Chasseral (Jura bernois), le secteur secondaire y est aussi homogène, complémentaire qu'interdépendant. Le baromètre industriel propose trimestriellement une synthèse des tenants et aboutissants de l'industrie régionale avec une attention particulière portée au système de production microtechnique.

Les indicateurs relatifs aux entrées de commandes révèlent des projections négatives uniformes parmi les entreprises industrielles avec quelques exceptions notamment dans le domaine d'application du medtech, apparemment préservé. Pour certains acteurs, le volume d'affaires devrait se stabiliser durant le premier trimestre 2025 à un niveau relativement bas toutefois ; pour d'autres entreprises, il devrait poursuivre la contraction initiée dans le courant 2024. L'activité industrielle a connu une très forte réduction qui promet donc de s'intensifier encore. « Il est prématuré de déclarer que le creux de la vague est atteint, mais il est indéniable que l'intensité a radicalement chuté en moins de douze mois et qu'elle est en principe appelée à redémarrer d'ici le début 2026. Domaine d'application historique des capacités de production de l'écosystème industriel régional, l'horlogerie joue le rôle principal dans cette phase délicate et sa demande affaiblie ne suffit manifestement plus à engendrer un halo de préservation des capacités industrielles suisses », constate Patrick Linder.

Corrélés à des entrées de commandes fixées à un niveau faible, les résultats financiers attendus pour les prochains mois sont en détérioration dans la plupart des cas. Pour autant, certains acteurs entrevoient une stabilisation sans que les résultats opérationnels prévus ne puissent s'avérer satisfaisants. Sur le plan financier, la temporalité de la séquence actuelle déterminera largement la nature des dommages occasionnés, notamment aux trésoreries.

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Progressivement revues à la baisse durant 2024, les capacités d'investissements semblent dans l'ensemble être maintenues pour le début de l'année, même si elles ne paraissent pas en mesure de garantir la compétitivité du tissu industriel en cas de prolongation de la configuration en vigueur. Plus préoccupant, certains acteurs industriels ont été contraints à revoir fondamentalement leurs prévisions en termes d'investissement. Enfin, certaines entreprises parviennent à maintenir le cap et à assurer l'engagement de ressources requis pour demeurer innovantes. Dans le baromètre industriel de la CEP, l'investissement est un indicateur essentiel dans la mesure où il permet d'apprécier la propagation de la demande au sein de l'écosystème de production composé de PME interdépendantes et complémentaires localisée dans l'Arc jurassien. D'autre part, il fournit un regard sur les dispositions fondamentales d'innovation des entreprises, directement déterminées par les moyens mis à disposition, et, avec elles, sur le maintien de la compétitivité de l'industrie.

Dans le moyen terme, une dégradation est décelée dans la projection que font les entreprises. Si la plupart des acteurs industriels estime disposer d'un niveau d'organisation adapté, quelques entreprises envisagent une réduction dans les douze mois. Cette vision promet un impact, encore modéré, sur l'emploi. « Cette perception contraste fortement avec celle des dernières années, unilatéralement conditionnée par des visions de croissance et de développement », précise la CEP. Il convient de préciser que certaines entreprises prévoient de se développer au cours de la prochaine année.

RHT : une réponse adaptée si elle suit le bon tempo

Dans le cadre du sondage opéré auprès des entreprises, le baromètre industriel s'est évertué à détailler le sujet de la réduction de l'horaire de travail (RHT), à cerner son utilisation, mais surtout à esquisser une première projection tenant compte de la configuration spécifique de la situation économique. Sans surprise, l'essentiel des acteurs réaffirme l'importance cruciale de cet instrument de soutien conjoncturel destiné à passer sans trop de dommages au travers de séquences délicates mais limitées. La charge administrative engendrée est cependant déplorée par plusieurs entreprises qui la soulignent surtout en comparaison de la dernière occurrence comparable (2015, abandon du taux plancher du franc suisse). Il est également regretté que des délais de traitement allongés retardent les versements des indemnités et affectent les liquidités dans une période où elles sont mises sous pression par la baisse d'activité.

Actuellement toutefois, c'est principalement vers la question de la durée de la couverture permise par la RHT que s'orientent les esprits alors que les perspectives horlogères ne permettent pas d'identifier précisément une période d'amélioration. La durée maximale d'indemnisation en cas de réduction de l'horaire de travail a déjà été augmentée de 12 à 18 mois en 2024, mais cette extension risque de ne pas suffire dans l'hypothèse où une reprise interviendrait (conjecture la plus optimiste en tout état de cause) en fin d'année 2025. Plusieurs entreprises expriment leur préoccupation à ce sujet. « Dans l'esprit de cet instrument de soutien temporaire unanimement apprécié et compte de tenu du paramètre spécifiquement horloger à l'œuvre, un passage à 24 mois de durée maximale d'indemnisation semble être la seule mesure susceptible d'éviter perte de compétences, de savoirs et, bien évidemment, de postes de travail », souligne Patrick Linder. Sans la planification à inférer d'une extension à 24 mois, des conséquences sont à craindre à plusieurs niveaux et leur nature menace d'entraver la phase de reprise elle-même. « Après avoir vu la Confédération trouver récemment la réactivité nécessaire pour donner une importance stratégique à l'industrie lourde, il paraît des plus raisonnables de postuler qu'elle fera preuve de la même sagacité pour garantir temporairement la préservation d'un écosystème de production qui contribue à une des chaînes de valeurs les plus importantes de l'économie nationale », conclut la CEP. MSM

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