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L'incompétence selon Peter

Rédacteur: Edouard Huguelet

>> Voici dans sa lapidaire définition l'énoncé fondamental du «Principe de Peter»: «Dans une hiérarchie, tout employé a tendance à s'élever à son niveau d'incompétence». Et le corollaire à ce principe s'énonce ainsi: «Avec le temps, tout poste sera inévitablement occupé par un employé incapable d'en assumer la responsabilité».

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Pyramide de Peter.
Pyramide de Peter.
(Image: www.thehindubusinessline.in)

Mais heureusement, rares sont les cas de systèmes dans lesquels tous les employés d'une entreprise auront atteint leur propre niveau d'incompétence. La plupart du temps, les activités continuent, le travail étant accompli par des collaborateurs qui n'ont pas encore été promus à leur niveau d'incompétence, et l'entreprise évoluera malgré tout ou du moins survivra tant bien que mal.

Plus un dirigeant occupe une situation élevée, moins il peut consacrer de temps à son travail, jusqu'à devenir complètement inutile. Selon le «Principe de Peter», il aura alors atteint son «niveau d'incompétence» et il s'abandonnera dorénavant corps et âme à l'«évasion subliminale»: délaissant peu à peu tout travail rentable, son activité deviendra virtuelle, incompréhensible pour autrui et de ce fait, il échappera à toute critique, personne ne sachant ce qu'il fait. Il participera de plus en plus fréquemment à des séances de comité, à des réunions de services, conseils de direction et autres entrevues, colloques, séminaires, repas d'affaires ou stages d'études, dont le but final sera de produire des rapports d'activité, tableaux et graphiques, lesquels seront dûment classés et répertoriés dans de vastes locaux d'archives. Avec le temps et l'expérience, les rapports deviendront de plus en plus volumineux et la masse de documentation stockée s'accroissant, notre homme éprouvera assez rapidement le «syndrome de la pseudo-réussite».

Mais notre dirigeant, se sentant tout de même confusément incompétent dans un vague recoin de son subconscient, va trouver ce que l'on appelle des «dérivatifs de Peter», à savoir des rituels plus ou moins élaborés qui lui apporteront une illusion d'utilité débouchant sur un sentiment de béatitude. Par exemple, il s'assurera personnellement que tous les stores soient remontés à une hauteur absolument identique à toutes les fenêtres, ou que la machine à café de l'étage soit pourvue d'un règlement d'utilisation précis et sans lacune, rédigé en six langues. Selon les cas, son bureau sera absolument net (papyrophobie) pour faire croire qu'il expédie les affaires avec une célérité stupéfiante, ou au contraire (papyrophilie), il encombrera la surface de son bureau avec des masses de livres, dossiers et papiers inutiles, pour donner l'impression qu'il est surchargé de travail. Il se peut que notre dirigeant soit atteint de «gigantisme tabulatoire»: il s'arrangera alors pour posséder un plus grand bureau de travail que ses collègues. Il convient aussi de mentionner le récent «syndrome phonophilique»: notre dirigeant passera alors la moitié de son temps à gratouiller et palper avec délices son super téléphone portable multifonctions, qui émet différents coassements, gloussements et autres borborygmes.

Si le dirigeant devient résolument encombrant, sa hiérarchie va lui assurer une promotion à un poste suffisamment éthéré pour qu'il ne puisse rien faire qui nuise au bon fonctionnement de l'entreprise. Le libellé de sa nouvelle situation devra être particulièrement impressionnant, ne serait-ce que pour l'image de marque de l'entreprise soit sauvegardée, par exemple: «président du secteur stratégique des opérations internes». C'est ce qui s'appelle la «sublimation verticale».

Dans de rares cas, il se peut que le dirigeant, même parvenu au poste suprême de l'entreprise, n'ai pas encore réussi à atteindre son niveau d'incompétence. Alors il ne doit pas perdre espoir: il trouvera certainement un autre poste à responsabilités dans une entreprise concurrente, plus importante, dans laquelle des structures hiérarchiques plus touffues lui permettront à son grand soulagement d'enfin atteindre son propre niveau d'incompétence. <<

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