Prix Industrie 4.0 – The Shapers 2022 Les Shapers romands de nouveau récompensés

de Marina Hofstetter

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Les lauréats du Prix Industrie 4.0 – The Shapers 2022 ont reçus leurs « lingots » lors d'une cérémonie au Swiss Digital Center de Sierre en Valais. Rétrospective de cette soirée et interviews des lauréats au programme.

Les lauréats du prix des Shapers 2022.
Les lauréats du prix des Shapers 2022.
(Source : Swiss Digital Center / Cédric Luisier)

La remise du Prix Industrie 4.0 – The Shapers a été animée cette année par Delphine Seitiée, secrétaire générale d'alp ICT, et Florian Németi, directeur de la chambre neuchâteloise du commerce et d'industrie et a eu lieu dans le canton du Valais, au Swiss Digital Center de Sierre, en présence de Laurent Salamin, directeur du Swiss Digital Center, Christophe Darbellay, conseiller d'État du canton du Valais.

Quoi de mieux qu'un lieu dédié au numérique pour récompenser les acteurs de Suisse romande qui font avancer l'industrie dans son ensemble grâce à leurs innovations ? Le technopôle de Sierre a été créé en 1989 afin d'apporter un nouvel axe de développement économique à la région par suite des difficultés rencontrée dans l'industrie de l'aluminium. Renommé Swiss Digital Center depuis 2021, le site de 20 000 m2 de bureaux regroupe entre autres quelques 70 entreprises et 7 instituts de recherche. La mission confiée au Swiss Digital Center est de poursuivre l'expansion du pôle Digitalisation des services, pôle historique du Technopôle de Sierre, et de développer un nouveau pôle d'innovation Industrie 4.0. Le but de ce nouveau pôle est de soutenir la création de nouveaux produits, de nouvelles idées, qui seront par la suite valorisés dans les entreprises et industries suisses. En termes de positionnement, le Swiss Digital Center s'appuie sur trois axes : le cloud manufacturing, la robotique et la science des données. Le modèle sur lequel est basé la stratégie du Swiss Digital Center est équivalent à celui du Campus Energypolis de Sion, site qui a d'ores et déjà fait ses preuves.

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Par rapport aux questions énergétiques particulièrement présentes actuellement, le Swiss Digital Center se porte plutôt bien. Des panneaux radiants puisant la fraicheur de la nappe phréatique permettent de rafraichir les locaux l'été. L'hiver, le système est inversé et permet de chauffer les bâtiments grâce à la récupération de chaleur de la fonderie Novelis attenante. Une centrale solaire recouvrant l'ensemble des toits, ainsi que ceux de la fonderie Novelis fournit environ 70 à 80 % des besoins en électricité.

Le digital comme réponse à de nombreux défis

La Suisse est confrontée, comme nombre d'autres, aux questions de durabilité, de ressources et on remarque que plusieurs des innovations portées par les lauréats ont un lieu fort avec ces sujets. Mais pas seulement. Les innovations digitales se retrouvent dans tous les domaines industriels, et on observe une perméabilité intersectorielle des innovations. Le Prix Industrie 4.0 – The Shapers est là pour mettre en avant ces innovations, pour soutenir ceux qui les initient, et pour mettre en contact ces têtes pensantes de l'industrie suisse romande, quels que soit leurs domaines d'activités dans le but également d'inspirer tous les acteurs de l'industrie. Comme l'a souligné Florian Németi : « Nous souhaitons avec ce prix valoriser les initiatives digitales, mais aussi offrir une vision de la richesse du tissu économique industriel de nos cantons. Parce qu'aujourd'hui encore, trop de gens oublient que les grandes transformations digitales ne sont pas l'apanage des GAFAS. Il me semble particulièrement important de rendre visible ces initiatives, trop souvent sous le radar, et qui peuvent pourtant se révéler extrêmement inspirantes d'autres PME. L'innovation n'est pas une méthode de management, c'est un état d'esprit. » Or l'état d'esprit est une chose qui peut se travailler. Le fait d'apporter de la visibilité aux innovateurs soutient l'épanouissement de comportement innovant dans le tissu industriel suisse. Comme Xavier Comtesse, co-fondateur du Think Tank Manufacture Thinking et initiateur du Prix Industrie 4.0 – The Shapers, s'amuse à le rappeler : « Notre prix est le plus grand prix au monde qui ne distribue rien, absolument rien, pas un franc, mais cela ne signifie pas qu'il n'y a rien à gagner. » Reconnaissance et visibilité de son travail, et figure d'inspiration pour d'autres, voilà ce qu'apporte ce prix. Et cela est loin d'être négligeable, car c'est l'innovation qui rend l'industrie suisse aussi résiliente.

Interview de Sébastien Demont, CTO de H55 SA (VS)

  • Lauréats : André Borschberg, Sébastien Demont et Gregory Blatt, co-fondateurs de H55 SA (VS).
  • Innovation : développement de technologies de propulsion électrique pour le domaine de l'aviation.

Pouvez-vous nous expliquer un peu plus en détails les produits et services que vous proposez ? Qui sont typiquement vos clients ?

Nous désignons, produisons et certifions des systèmes modulaires de propulsion électrique pour l'aviation. Cela comprend les batteries, moteurs, contrôleur ainsi que tous les systèmes de surveillance, indication. Nos clients sont typiquement les fabricants d'avion et opérateurs de flottes.

Quels sont vos objectifs pour les prochaines années ?

Nous travaillons à finaliser la certification de notre système de propulsion 100 % électrique. Notre but est de continuer les développements de propulsions hybrides, de lancer notre chaine de production automatique afin d'augmenter la qualité et quantité et d'innover en améliorant constamment nos produits en termes de performances, redondances et sécurité.

Comment voyez-vous l'évolution du domaine de l'aviation et son impact sur la société ?

Dans un premier temps, nous allons voir apparaitre de plus en plus de petits avions électriques, moins polluants et moins bruyants. En parallèle, les avions hybrides de plus grande taille, 50 passagers, vont faire leur apparition avec une réduction d'environ 30 % de consommation de carburants. Dans un futur plus lointain, nous allons également voir apparaitre toutes sorte de nouveaux concepts basés sur les avantages de la propulsion électrique distribuée.

D'un point de vue personnel, qu'est-ce qui motive votre travail ?

En tant qu'ingénieur et pilote, je mélange mon métier et ma passion au quotidien tout en amenant des nouvelles solutions sur le marché.

Interview de Raphaël Broye, fondateur et CEO de Panatere SA (JU)

  • Innovation : développement d'un acier « zéro carbone » grâce à l'utilisation d'un four solaire industriel.

Quelles sont exactement vos activités et pour quels secteurs travaillez-vous principalement ?

Panatere propose des solutions industrielles pour récupérer les déchets locaux et les transformer en matière première en utilisant le solaire concentré. Le modèle de Panatere permet de ne plus avoir besoin d'acheter d'énergie pour pérenniser une production de proximité.

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Qu'attendez-vous de ce nouveau four solaire ?

Ce premier four solaire industriel sonne le glas de l'hyper-mondialisation comme nous l'avons connue ces dernières décennies. Il va faire comprendre les incontournables opportunités de l'économie circulaire. La Suisse pourrait en être un pionnier à l'échelle mondiale et, suivant ce que nous disent les experts, créer 10 fois plus d'emplois que la numérisation.

Quels sont vos objectifs à moyen et long terme ?

Créer une première usine construite uniquement avec des matériaux issus du recyclage. La rendre totalement autarcique par le solaire concentré et stocker l'énergie produite grâce au sel.

D'un point de vue personnel, qu'est-ce qui motive votre travail ?

Ce projet de rupture a littéralement bouleversé mes valeurs et mes habitudes. Il a transformé les employés de Panatere en possibilistes. Chaque matin devant ma glace, je me sens privilégié de pouvoir créer des jobs qui ont du sens pour les nouvelles générations.

Interview de Pierre Falbriard, responsable R&D chez Louis Belet SA (JU)

  • Innovation : développement de projets mêlant outillage, usinage, AI et big data.

Pouvez-vous nous en dire plus sur les projets sur lesquels vous travaillez ?

Chez Louis Bélet, nous fabriquons des outils de coupe pour l'usinage depuis 1948. Nous avons toujours énormément de projets innovants en cours. Ces dernières années, les types de projets ont beaucoup évolués et on peut maintenant les séparer en deux grandes catégories tout aussi importantes l'une que l'autre : les innovations mécanique, physique, comme de nouveaux outils, de nouveaux procédés d'usinage, de nouvelles matières et de nouveaux revêtements. Ce type d'innovation est fait depuis que Louis Bélet existe. Chaque année nous sortons de nombreuses nouveautés, qui sont parfois des améliorations incrémentales de ce qui est existant, et parfois des innovations de rupture qui permettent de produire des pièces de façon radicalement différente. Et puis il y a les innovations de service, pour notre part beaucoup plus récentes. Nous développons une application web et mobile appelée ToolFinder qui permet le choix du meilleur outil en fonction de ce que veut usiner le client. C'est un premier pas. Pour aller plus loin, nous collaborons avec la HE-Arc et d'autres institutions et entreprises pour trouver des solutions afin qu'un usinage se fasse toujours avec les meilleurs paramètres, du premier coup et à la première pièce. Nous créons d'énormes quantités de données informatiques pour faire comprendre à une intelligence artificielle ce qu'est un bon usinage en fonction de ce que veut l'utilisateur. C'est certainement le projet le plus prometteur mais aussi le plus gros défi que nous n'ayons jamais entrepris. Nous cherchons à mettre les connaissances et l'expérience d'un mécanicien chevronné dans un triptyque « outil-machine-pièce à usiner » dont le support est l'informatique dans ses domaines les plus pointus. Ces innovations de service nous ont ouvert une passerelle entre les domaines de l'usinage traditionnel et la digitalisation. La production industrielle aujourd'hui est devenu de l'informatique appliquée, avec toutes les possibilités que cela ouvre.

Quel est la finalité de ce type de projet de manière général ?

Tous les fabricants d'outils de coupe vous diront que leurs outils sont les meilleurs, c'est normal. Or ce meilleur outil, il faut savoir l'utiliser correctement, sinon on fabriquera de mauvaises pièces, des déchets, pour finalement perdre du temps et de l'argent. Nous cherchons et amenons des solutions pour permettre à l'utilisateur de faire les meilleurs choix d'outils mais aussi et surtout d'en faire la meilleure utilisation. Le monde industriel d'aujourd'hui est ultra-compétitif et nous voulons que nos clients puissent se démarquer et être confiant lors de l'usinage d'une matière donnée, même s'ils ne l'ont jamais travaillé auparavant. Un fabriquant d'outils de coupe ne vend plus simplement un foret ou une fraise, mais plutôt un perçage ou un fraisage, voire un usinage complet. Nos projets d'innovations de services vont dans ce sens.

D'un point de vue personnel, qu'est-ce qui motive votre travail ?

Ce qui me plait le plus est de trouver des solutions. S'il y a un problème, il y a forcément une solution. Et c'est encore mieux si on trouve une solution simple à un problème complexe.

Quels sont selon vous les points critiques sur lesquels les industriels devront se concentrer dans les prochaines années ?

À mon avis, il y aura deux gros problèmes à gérer à l'avenir : les pénuries et le fait produire de façon neutre pour l'environnement. Concernant les pénuries, il y a déjà un manque de personnel qualifié et il devient difficile de trouver la matière pour produire. Il faut s'attendre à des pénuries sur à peu près tout, c'est déjà annoncé pour le gaz, l'électricité et d'autres énergies. Les machines-outils aussi deviennent difficiles à obtenir. L'industrie suisse devra fabriquer des pièces complexes et précises avec ces nouvelles contraintes de manquement. On ne devra plus seulement être dans l'efficacité mais dans l'efficience, c'est-à-dire produire les mêmes pièces que maintenant mais en utilisant un minimum de ressources.

Et bien sûr, nous sommes dès à présent dans l'obligation de fabriquer de la façon la plus neutre possible pour l'environnement. Ça peut paraitre assez contradictoire, une usine qui ne pollue pas, surtout pour un néophyte, mais nous devons remettre nos habitudes de production complètement en question et faire en sorte que les soucis de pénuries citées juste avant se transforment en opportunités pour tester et améliorer de nouveaux précédés, de nouvelles organisations et de nouveaux concepts.

Interview de Ramzi Bouzerda, fondateur et CEO de Droople SA (VD)

  • Innovation : systèmes connectés de contrôle et d'économie de l'eau.

Pouvez-vous nous expliquer en détail les produits et services que vous proposez ?

Nous proposons aux entreprises une plateforme IoT d'IA de gestion de flotte des équipements consommateurs d'eau ou de traitement de l'eau afin de fournir différents services de maintenance prédictive (baisse de pression, saturation de filtre, bouteille de CO2 vide, fuite), automatisation de la gestion des consommables, réduction du gaspillage de l'eau et de l'énergie ainsi que la mesure d'impact de ces équipements basée sur des capteurs Droople intelligents et opérant sur batterie afin de mesurer différents paramètres tels que le débit, la pression, la dureté, la consommation d'eau ainsi que la fréquence d'usage.

Nos services comprennent notamment la gestion des fontaines à eau intérieures ou extérieures, la gestion de l'eau pour les immeubles à usage commerciaux ou mixtes par les facility managers ainsi que les fabricants ou opérateurs de systèmes de traitement de l'eau dans les processus industriels, commerciaux ou résidentiels.

Quel a été le déclencheur de la création de Droople ?

Ce fut le remplissage du biberon de mon fils Naïm à 3h du matin dans ma cuisine. Je devais remplir 300 ml d'eau, j'ai trop rempli le biberon, puis j'ai trop vidé, puis trop rempli à nouveau et là je me suis demandé : « pourquoi je gaspille tant d'eau pour une tâche aussi simple ? » J'ai compris alors qu'il fallait fournir un outil digital, aisé, contextualisé, au point d'usage de l'eau (par opposition au comptage de l'eau à l'entrée des bâtiments pour la facturation) afin de savoir comment est utilisée cette eau et comment l'usager peut en faire un meilleur usage. L'idée de l'Internet de l'eau est née.

D'un point de vue personnel, qu'est-ce qui motive votre travail ?

Je suis né en Algérie, suis venu en Suisse à l'âge de 6 ans et suis fils de plombier entrepreneur. J'ai vécu mes premières années à Constantine dans un immeuble de 12 étages où l'eau n'arrivait pas à monter jusqu'à notre appartement du 11e étage. Ma mère et ma grand-mère devaient remplir des jerricanes d'eau pour pouvoir vivre 2-3 jours mais il fallait descendre et monter ces 11 étages car l'ascenseur était toujours en panne. Mon premier jour d'école en Suisse, j'ai demandé à boire de l'eau car je ne voyais pas de bouteille d'eau près de la maîtresse. Elle m'a indiqué les toilettes, ce qui pour moi était très bizarre car en Algérie, on ne boit pas l'eau du robinet et encore moins aux toilettes. Lorsque j'ai ouvert ce robinet et bu cette eau, j'ai compris que ma vie allait changer pour toujours. Ma motivation aujourd'hui, c'est de rendre un monde plus conscient quant à sa gestion de l'eau et valoriser tant que faire se peut notre source de vie.

Quels sont vos objectifs à moyen et long terme ?

Droople sert déjà plus de 80 clients sur trois continents et ambitionne d'ouvrir deux antennes, une en Allemagne et une aux États-Unis, pour mieux servir ses clients et accroître sa présence sur ces deux marchés. À moyen terme, nous envisageons une présence au Moyen-Orient et en Asie, puis finalement une entrée en Bourse lorsque notre CA aura atteint les 50 millions, car il y a très peu de titres attractifs dans le secteur de l'eau sur les marchés financiers.

Interview de Javier Bello Ruiz, co-fondateur d'Imverse SA (GE)

  • Lauréats : Javier Bello Ruiz et Robin Mange, co-fondateurs
  • Innovation : solutions d'hologrammes en direct et de graphiques 3D en temps réel pour des applications entre autres dans les médias sociaux, le marketing et le commerce électronique, le travail à distance et la téléconférence, en utilisant des systèmes multi-caméras pour la capture vidéo volumétrique en direct sans avoir besoin d'écrans verts ou de services cloud.

Qu'est-ce qui vous a poussé à créer Imverse ?

Nous sommes une spin-off de l'EPFL, du Laboratoire de Neuroscience Cognitive dirigé par le Prof. Olaf Blanke. En tant qu'ingénieurs graphiques 3D et XR (Extended Reality, ndlr), Robin et moi avons travaillé en étroite collaboration avec Bruno Herbelin pour créer des expériences XR pour la recherche en neurosciences. Il est devenu évident que la présence, le pouvoir d'action, l'interactivité et la capacité d'intégrer son propre corps étaient des éléments clés de l'expérience. Chez Imverse, nous avons combiné cette compréhension avec nos graphiques 3D avancés pour créer une solution de téléprésence qui permettra aux utilisateurs d'être téléportés et immergés dans le Metaverse.

Quelles sont les applications de vos produits/services ?

Imverse est une société de logiciels dont la vision est de faire vivre la réalité dans le Metaverse. Nos solutions permettent une holoportation authentique en temps réel et à grande échelle pour les entreprises et les créateurs. Vidéo volumétrique en direct pour plusieurs personnes, alimentée par des voxels, sans écran vert ni services cloud. Grâce à un système portable à plusieurs caméras, notre logiciel peut diffuser des hologrammes 3D pour des expériences à distance dans des environnements VR, AR, XR et des écrans lumineux. La téléprésence holographique d'Imverse permet à une personne d'effectuer des actions dans un lieu distant ou virtuel et de participer à des événements virtuels d'entreprise, des réunions, des présentations d'entreprise, des formations à distance et des vidéoconférences comme si elle était physiquement présente, permettant ainsi de retrouver les interactions naturelles, le contact visuel et de réduire la fatigue virtuelle. Nous proposons des solutions numériques dans lesquelles l'incarnation, la présence et le pouvoir d'action sont essentielles pour créer des expériences sociales plus attrayantes et efficaces que leurs versions 2D.

Quels sont vos objectifs à moyen et long terme et pourquoi ?

Imverse pense que les voxels vont de plus en plus contester l'hégémonie des polygones en tant que blocs de construction 3D des mondes virtuels. La vision à long terme de la société est de définir une représentation 3D qui puisse non seulement alimenter les solutions de téléprésence en direct, mais aussi façonner l'avenir des graphiques 3D. Il s'agit d'un format, d'une nouvelle structure de données qui représente la réalité dans le monde virtuel et qui est intégrée dans tous les logiciels de rendu 3D, à l'instar du codec MP4 qui est actuellement intégré dans toutes les applications qui utilisent la vidéo 2D. Nos objectifs à moyen terme sont d'établir des partenariats et de collaborer avec de grandes sociétés technologiques et des entreprises mondiales afin de créer ensemble des produits étonnants qui offrent des expériences d'holoportation authentiques.

Interview de G. Kolly SA (FR)

  • Lauréats : Germain Kolly, fondateur, et Dominique Kolly, directeur de G. Kolly SA.
  • Innovation : solution novatrice pour une gestion connectée des déchets.

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre solution connectée de gestion des déchets ?

Notre solution destinée aux professionnels (recycleurs) et aux collectivités publiques permet d'interconnecter une multitude de composants présents dans la collecte des déchets (camion poubelle, système de pesage mobile, balance au sol, barrière d'accès, caméra de surveillance, identification des citoyens, système de paiement, etc.) afin de digitaliser et d'automatiser ces processus de collecte. Notre solution est basée sur une plateforme web et un certain nombre de hardware que nous développons nous-mêmes avec des partenaires de longue date.

Comment est né ce projet ? Quelle était votre motivation ?

Au début des années 90, nous avons commencé à développer nos propres systèmes de pesage mobile (KOLLYgram) afin de pouvoir peser les déchets lors de la collecte. Après une quinzaine d'années d'activité et en lien avec l'évolution de l'informatique, nous avons développé une plateforme web permettant de digitaliser les quittances de ces pesages. Nous souhaitions vraiment apporter à nos clients des solutions leurs permettant de simplifier leurs processus internes. Aujourd'hui c'est toujours ce qui nous anime, nous avons ainsi au fil des années pu développer une dizaine de modules permettant à nos clients d'optimiser et de digitaliser les processus de collecte des déchets, ce qui nous positionne aujourd'hui comme l'un des leader sur le marché suisse.

Quels sont vos objectifs à moyen et long terme ?

La partie software devenant de plus en plus importante, nous avons scindé la partie hardware (système de pesage, service après-vente) et la partie software en deux entreprises distinctes. Cette deuxième porte le nom de KOCO Solutions AG et a comme objectif à moyen terme d'apporter des solutions novatrices sur le marché européen. Récoltant au quotidien énormément de données, nous souhaitons promouvoir des solutions permettant d'agréger ces données afin de créer de la valeur pour nos clients et en faire un modèle d'affaire rentable. L'innovation et nos clients sont notre moteur et nous souhaitons continuer dans cette voie.

Interview d'Alexis Larcher, Business Development chez Objectis SA (VD)

  • Lauréat : Christopher Bouzas, ex-directeur et co-fondateur.
  • Innovation : solutions logicielles pour l'industrie 4.0.

Pouvez-vous nous expliquer vos activités et les projets dans lesquels vous intervenez ?

La société Objectis SA est active dans le domaine de l'informatique industrielle. Grâce à sa plateforme logicielle de productivité IT/OT « Concept » pensée pour les applications flexibles et configurables, Objectis est capable de développer très rapidement des logiciels de pilotage de machines et de vision industrielle sophistiquées, compatibles avec une large gamme de matériel d'automatisation. Nos applications présentent des interfaces utilisateurs attrayantes et de nombreuses facilités pour soutenir la phase de mise au point de processus.

Avec ses technologies, Objectis développe également des solutions d'intégration d'assets technologiques et de machines hétérogènes pour l'usine intelligente. Nos solutions s'interconnectent avec les applications business, les systèmes d'informations, et les machines déjà en place chez nos clients afin de croiser et d'exploiter toutes les données. Cela permet un pilotage plus rapide et plus agile face à l'environnement changeant des entreprises industrielles. Nous travaillons donc continuellement avec des fabricants de machines standards et spéciales, ainsi qu'avec les usines de production en quête d'accélération de cycle de fabrication, d'augmentation de leurs capacités de production et d'optimiser la qualité.

D'un point de vue personnel, qu'est-ce qui motive votre travail ?

Le domaine de l'industrie offre des thématiques riches et fascinantes. Au contact d'experts de domaines variés, on y découvre continuellement des nouvelles technologies de fabrication. Dans ces domaines, la connaissance est souvent récente, et donc encore à l'état empirique. Dans ces conditions, notre travail consiste d'abord à mener une structuration de la connaissance métier. Cela passe par la rencontre avec les experts du domaine, suivie d'un travail itératif de modélisation avec UML pour arriver à la fin à une représentation formalisée et partagée de la connaissance métier. Ce travail apporte un avantage concurrentiel décisif pour nos clients, en rendant clair et compréhensible ce qui était intangible. C'est aussi le chemin qui permet de mener une digitalisation réussie en créant ensuite un logiciel qui implémente cette connaissance métier clarifiée dans une solution informatique. Ce travail sur la connaissance est tout simplement passionnant, et dépasse largement le cadre purement technique du développement logiciel. C'est aussi une expérience humaine forte basée sur la communication.

Quels sont vos objectifs à moyen et long terme ?

Notre leitmotiv pour soutenir la digitalisation de l'industrie est « Qualité et Technologie au top ». Pour répondre au développement rapide des besoins dans notre domaine d'activité, nous travaillons pour rendre notre plateforme logicielle toujours plus facile d'utilisation. Cela nous permet de la mettre à disposition d'intégrateurs de plus en plus nombreux qui l'exploitent pour développer par eux-mêmes leurs propres solutions, avec ou sans notre soutien. Aujourd'hui, nous constatons que notre plateforme technologique constitue quelque chose d'unique et de très recherché par les clients qui ont de grands besoins de flexibilité dans le domaine de l'informatique industrielle. Nous construisons notre avenir autour de la diffusion à plus large échelle de cette technologie, par l'intermédiaire d'intégrateurs et de centres de service proches des clients.

Interview de Rafic Hanbali, CEO de SwissINSO (FR)

  • Innovation : verre coloré à haut rendement pour panneaux photovoltaïques, offrant une grande flexibilité d'utilisation notamment pour recouvrir les façades de bâtiments de panneaux solaires.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le produit que vous proposez ?

Kromatix est une technologie qui donne aux panneaux solaires une belle couleur homogène et durable par déposition atomique, sans l'utilisation de peinture, pigments, teinture ou impression digitale, et permettant ainsi une haute efficacité et durabilité. Les cellules et composants du panneau ne sont pas visibles, et le panneau n'a pas de réflexion et d'effet aveuglant. Ainsi les immeubles, qui sont les plus grands émetteurs de CO2 sur la planète, peuvent être habillés en façades et toits d'une belle couverture qui produit beaucoup d'énergie totalement propre. Toute la chaine de fabrication est dans notre usine de Romont, en Suisse.

Comment sont nés ces produits ?

Ce produit est né d'une collaboration avec l'EPFL, après observation du même principe physique dans la nature, chez un papillon.

D'un point de vue personnel, qu'est-ce qui motive votre travail ?

La beauté, l'efficacité et la durabilité du produit, ainsi que son excellence non seulement en terme de revenus financiers mais aussi comme aide à la planète pour les générations futures.

Quels sont vos objectifs à moyen et long terme ?

Nous souhaitons continuer notre croissance à l'international. Tous les pays deviennent très demandeurs. En parallèle, nous travaillons également sur le développement de nouveaux produits.

Interview de Philippe Koller, co-fondateur de Netsensing Technology Sàrl (NE)

  • Lauréats : Raja Yazigi et Philippe Koller, co-fondateurs
  • Innovation : technologie de surveillance en temps réel de signes vitaux via le traitement simultané des donnés de plusieurs capteurs afin de détecter l'apnée du sommeil.

Comment fonctionne votre produit et qu'apporte-t-il exactement ?

Notre produit se présente sous la forme d'un « corset » qui permet de détecter l'apnée du sommeil qui touche 15 % de la population mondiale. L'appareil mesure 5 paramètres : la fréquence cardiaque, la respiration thoracique ainsi que celle du diaphragme, la position du corps et finalement la saturation de l'oxygène dans le sang. Actuellement, l'apnée du sommeil est très bien traitée mais le dépistage est l'enfant pauvre du processus. En effet, la détection coûte chère (de 450 à 1500 CHF), prend plusieurs mois et les équipements utilisés pour ce dépistage sont onéreux et peu disponibles. De plus, ils sont très invasifs et compliqués à utiliser à la maison ou dans un centre du sommeil. Notre intention est de réduire le coût du dépistage d'un facteur 10 et avec un accès immédiat à l'appareillage ainsi qu'au résultat. De ce fait, nous allons réduire la longue liste d'attente et allons aider les médecins à se concentrer sur le traitement puisque notre appareil permet de chiffrer et catégoriser le type d'apnée en une nuit, l'appareil étant disponible par le biais des pharmacies.

D'un point de vue personnel, qu'est-ce qui motive votre travail ?

Nous sommes passionnés par le développement de dispositifs médicaux et mettre notre longue expérience d'ingénieur au service de la médecine est notre principale motivation. De plus, nous connaissons extrêmement bien le monde des dispositifs médicaux qui a occupé une grande partie de notre activité professionnelle au sein de grandes entreprises mais aussi de plus petites. Il est de notre devoir d'aider les patients à rendre ce dépistage plus facile car lorsque l'apnée du sommeil n'est pas traitée, elle peut dans certain cas, réduire l'espérance de vie de 12 ans.

Quels sont vos objectifs à moyen et long terme ?

Nous voulons faire de Neuchâtel un grand centre d'étude des troubles du sommeil mais aussi à court terme pouvoir démocratiser de manière globale l'étape du dépistage qui est trop coûteuse et trop longue aujourd'hui. Dans certains pays, il faut attendre plus d'un an avant de pouvoir accéder au dépistage et lorsque l'on sait que l'apnée du sommeil induit d'autres problèmes plus graves, il est très important de la détecter rapidement. La combinaison entre notre technique de mesure et le big data au travers de notre cloud sécurisé permettra de mieux comprendre et de mieux traiter ce syndrome.

Interview d'Inès Hamaguchi, émailleuse (NE)

  • Innovation : réflexion sur l'utilisation de technologies avancées telles que des interfaces haptiques dans le monde de l'artisanat afin de lui ouvrir de nouveau horizons.

Qu'est-ce qui vous a motivé à vous intéresser, en tant qu'artisane, aux technologies telles que les interfaces haptiques ?

Avec l'expérience, la main développe bien des sensibilités et des compétences. Ce qui distingue un artisan d'art d'un amateur , c'est sa sensibilité extrême pour façonner la matière. Cependant, même avec 20, 30 ans de pratique, pour certains gestes, il n'est pas possible de progresser davantage. L'interface haptique ouvre une nouvelle voie ou la main est « augmentée » et pas seulement l'outil (dans l'impression 3D, par exemple, il y a façonnage de la matière, mais pas de dextérité manuelle). Jusqu'à présent, aucune technologie n'avait permis à l'artisan d'aller au-delà de ce que sa main pouvait faire : mettre (virtuellement) les mains dans un four à 800 degrés pour travailler l'émail à chaud ; tresser des baguettes de verre certes souples, mais dont le point de rupture est difficile à ne pas dépasser sans capteurs, etc...

Comment les nouvelles technologies influencent-elles votre travail ? Quels en sont les avantages ?

Le bond en avant qu'ont pu faire les chirurgiens avec des interfaces haptiques est incontestable. Ils me rendent confiante dans les possibilités qui pourraient découler de l'usage de la technologie haptique dans le monde de l'artisanat d'art en général. Mais votre question sous-entend que ces nouvelles technologies sont accessibles et adaptées aux artisans, or ce n'est pas encore le cas. Je me contenterai donc d'évoquer des certitudes purement théoriques, en ce qui concerne les avantages à en retirer. Celui qui émoustille le plus l'artisan, c'est de pouvoir redoubler de créativité en explorant différemment la matière.

Nous avons évoqué l'interface haptique, mais par le biais de la réalité virtuelle, l'artisan peut tirer parti d'atouts que ne lui offre pas l'atelier d'aujourd'hui. L'objet à décorer est minuscule ? Rien n'empêche de travailler à l'échelle de sa convenance. Le matériau à travailler est extrêmement dur ? Virtuellement, avec ses doigts, l'artisan peut y tailler comme dans du beurre. Pas sûr de l'effet obtenu ? Il suffit de prévisualiser le résultat et de ne le valider qu'une fois que le rendu souhaité est atteint. En ayant recours à la réalité virtuelle, l'objet peut être façonné en temps réel ou alors en différé.

La collecte des données pourrait également être d'une grande aide dans la transmission des tours de main. La réalité augmentée offre l'opportunité à l'apprenant d'accéder à des informations chiffrées, en temps réel, lors du travail sur l'objet. En s'appuyant sur des points de repères précis, il saisira plus facilement ce qui fait la perfection du geste.

Pensez-vous que l'on verra à l'avenir une plus grande fusion entre les technologies et l'artisanat ?

L'artisan a toujours su intégrer les techniques innovantes. De même que l'industrie, en gardant une part de façon main dans ses produits. Mais il est vrai que, pour le moment, la fusion n'est pas totale. Chacun réalise une partie de l'objet, selon la plus-value qu'il peut amener. L'artisan apporte un caractère unique à chaque pièce, sa patte personnelle, une exécution parfaite dont parfois seules quelques personnes au monde sont capables. La machine, quant à elle, permet un gain de temps, une précision, une répétabilité.

À l'avenir, la fusion entre technologie et artisanat d'art pourrait se faire dans chaque étape de production et non plus seulement dans un « ping-pong » entre les deux comme à ce jour. Mais une telle fusion n'aurait de sens que pour réaliser ce qui n'était encore possible jusque là, ni à la main, ni à la machine.

Interview de Cécile Münch-Alligné, professeur HES et responsable du groupe de recherche « Hydroélectricité » à la HES SO Valais/Wallis (VS)

  • Innovation : projet de digitalisation et intégration des outils de machine learning pour améliorer les performances des centrales hydroélectriques, entre autres.

Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez et dans quel but ?

Je travaille sur des projets visant à améliorer la production, la flexibilité et la surveillance des centrales hydroélectriques, en particulier dans le cadre du Hydro Alps Lab. Nous utilisons à la fois la simulation numérique des fluides et des structures, des mesures expérimentales spécifiques sur site et l'analyse des données d'exploitation pour étendre la plage de fonctionnement des machines, évaluer l'état des composants hydromécaniques et prédire la durée de vie des différents éléments d'une centrale.

En mars cette année, nous avons par exemple démarré le projet InnoSuisse CAVISION avec Hydro Exploitation, qui a pour but de détecter le développement de la cavitation dans les machines hydrauliques en analysant des signaux sonores avec des méthodes de machine learning. La cavitation est un phénomène destructeur que l'on cherche à éviter : des poches de vapeur se forment dans l'écoulement soumis à une dépression. Ces pochent réduisent le rendement des machines, érodent leurs composants lorsqu'elles implosent et peuvent provoquer d'importantes vibrations.

Le thème de l'approvisionnement en énergie et actuellement un sujet brûlant : quelles sont selon vous les solutions à ce problème ?

Le rôle joué par les centrales hydrauliques en Suisse, qui permettent aujourd'hui de produire près de 60 % de notre électricité et de la stocker de manière efficiente avec les grandes centrales de pompage turbinage, est cruciale pour notre approvisionnement en énergie.

Les projets en discussion portent surtout sur l'augmentation du stockage hivernal en réhaussant les barrages et en construisant de nouvelles centrales dans les zones proches des glaciers qui sont en train de disparaitre, tout en préservant la biodiversité. Ces projets ont été identifiés lors de la table ronde organisée par le DETEC.

En plus de ces projets, les défis qui attendent les propriétaires et les exploitants des aménagements hydrauliques sont de garantir et d'optimiser la production hydroélectrique des aménagements existants. C'est dans ce cadre que FMV, Alpiq et Hydro Exploitation ont souhaité mettre en place avec la Haute École d'Ingénierie à Sion, l'Hydro Alps Lab, nouveau centre de compétence pour une production hydroélectrique flexible, rentable et durable.

D'un point de vue personnel, qu'est-ce qui motive votre travail ?

Mon travail repose sur un équilibre entre enseignement et recherche appliquée dans un domaine qui me passionne, l'hydroélectricité. Je suis passionnée par la force hydraulique, c'est extrêmement motivant de pouvoir développer des projets innovants avec des entreprises locales et participer à la formation des ingénieurs de demain qui garantiront l'approvisionnement en électricité du pays de manière renouvelable et durable.

Actuellement, les méthodes de surveillance et de gestion des aménagements hydroélectriques évoluent grâce aux nouveaux outils de digitalisation et de machine learning. Pour innover dans ce domaine, nous avons mis en place une approche multidisciplinaire associant des compétences de plusieurs professeurs et chercheurs en hydraulique, mécanique, matériaux, entrainement électrique et en analyse de données, ce qui est extrêmement enrichissant. Nous avons en plus la chance d'avoir de nouveaux locaux sur le campus d'Energypolis, en particulier un grand laboratoire d'hydraulique, qui permettra de répondre aux besoins futurs de nos étudiants et de nos partenaires industriels. MSM

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