Formation Le CFC va-t-il perdre de sa valeur ?

de Marina Hofstetter 8 min Temps de lecture

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Samuel Vuadens, président, et Emilio Lado, secrétaire général, ont co-signé au nom du GIM, le Groupement suisse de l'Industrie des Machines, une lettre ouverte au SEFRI, le Secrétariat d'Etat à la Formation, à la Recherche et à l'Innovation. Ils y ont exprimé leurs doutes sur la suppression de l'examen de connaissances professionnelles du CFC.

De nombreuses personnes expriment leurs doutes quant à la suppression de l'examen de connaissances professionnelles du CFC.(Source :  © Kzenon – stock.adobe.com)
De nombreuses personnes expriment leurs doutes quant à la suppression de l'examen de connaissances professionnelles du CFC.
(Source : © Kzenon – stock.adobe.com)

En novembre 2023, dans le cadre de FUTUREMEM, un projet de Swissmem et Swissmechanic, a été envoyé un questionnaire à plus de 500 intervenants de la branche de l'industrie des machines, afin de recueillir leurs opinions sur une quinzaine de points concernant le futur du Certificat Fédéral de Capacité (CFC) dans le cadre de la réforme en cours FUTUREMEM. Parmi ces intervenants se trouvaient des directeurs d'entreprises, des directeurs d'école, des professeurs en centres de formation, etc. La majorité des points d'évolution ont été positivement accueillis, seul deux aspects ont été pointé du doigt avec plus de 60 % de gens se disant sceptiques ou opposés aux mesures à l'étude : la suppression de l'examen de connaissances professionnelles et son remplacement par un contrôle oral des connaissances.

Les acteurs de la branche sont donc prêts à évoluer, mais émettent des doutes quant aux bienfaits d'un CFC sans examen de connaissances professionnelles.

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Un compromis pour l'industrie des machines

La refonte du CFC ne concerne pas uniquement l'industrie des machines, mais tous les corps de métiers. En ce sens, l'industrie, qui a fait savoir son mécontentement au travers de FUTUREMEM, a ainsi réussi à obtenir un compromis avec la mise en place d'un contrôle oral, jugé par deux experts, en quatrième année, ce qui n'est pas le cas des autres branches.

Toutes les branches n'en sont d'ailleurs pas au même stade de la réforme générale du CFC. En effet, le domaine du secrétariat est par exemple déjà passé à un CFC sans examen de connaissances professionnelles, et les retours des professionnels de la branche sont à l'heure actuelle plus négatifs que positifs. Il n'y a cependant pas encore d'études, pas de chiffres pour permettre d'évaluer le pour et le contre de cette suppression.

Dans l'industrie des machines, les changements seront implémentés pour les jeunes commençant leur formation en 2025.

La dimension fédérale du CFC en danger

La mise en place d'un simple contrôle oral jugé par deux experts au lieu d'un examen de connaissances professionnelles soulève la problématique de la perte de la dimension fédérale du CFC, dont l'examen final permettait de s'assurer que les connaissances non seulement soient acquises mais également soient les mêmes, peu importe l'école d'où sont issus les jeunes. Il deviendrait alors plus difficile de vérifier l'homogénéité du savoir technique universel enseigné par les écoles professionnelles.

Samuel Vuadens compare l'obtention du CFC à celle de l'obtention du permis de conduire : « Lorsqu'un jeune apprend à conduire, il doit d'abord valider la théorie avec un examen avant de se présenter à la pratique, ce qui est logique. » Du point de vue de l'homogénéité des connaissances, la comparaison tient toujours : « Prenons l'exemple du feu tricolore. C'est le même dans toute la Suisse, les mêmes couleurs, il n'y a pas des couleurs différentes entre Bâle et Genève. Il y a une uniformité. Peu importe où vous apprenez à conduire, vous pouvez conduire partout. Maintenant admettons que l'on n'apprenne pas à un jeune de Martigny le concept du feu rouge, parce qu'à Martigny, il n'y a que des ronds-points. S'il n'y a pas d'examen final, on se rendra compte que le jeune n'a pas les bases que le jour où il aura grillé un feu rouge ailleurs. Donc le contrôle des connaissances finales est à la fois important pour vérifier ce que savent les jeunes mais aussi pour s'assurer que l'enseignement dispensé est vraiment le même sur toute la Suisse. C'est ça, la dimension fédérale du CFC. »

Un examen oral est aussi plus soumis au biais qu'un examen écrit, comme le souligne Samuel Vuadens : « Il y a forcément des biais lorsque deux personnes en jugent une troisième. Chaque expert va juger différemment et c'est tout à fait normal. Donc un jeune à Lausanne ne sera forcément pas évalué de la même manière qu'un jeune à Saint Gall. On perd en objectivité. »

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Amalgame entre savoir technique et savoir-faire

Le président du GIM note aussi qu'un amalgame se fait entre le savoir technique théorique et le savoir-faire : « Le savoir-faire théorique, c'est celui qu'on apprend à l'école : qu'est-ce qu'une fraiseuse, qu'est-ce qu'une vitesse de coupe, etc. et c'est ce savoir qu'il faut absolument s'assurer être connu et compris. Le savoir-faire, c'est ce que les jeunes apprennent dans la pratique, et il est dépendant de l'entreprise, parce que les machines et les applications vont être différentes. Alors le savoir-faire est important bien sûr, mais il faut être sûr que les bases soient acquises parce que ce sont elles qui permettront aux jeunes d'évoluer et de développer de nouveaux savoir-faire sur les bases de leurs connaissances théoriques. Elles doivent être solides. »

Un argumentaire peu convaincant

À savoir pourquoi l'examen de contrôle des connaissances ne devrait pas être maintenu, les arguments avancés par le SEFRI sont à l'heure actuelle peu convaincants. « Il semblerait que les jeunes ne soient plus motivés à passer des examens. La suppression du contrôle final serait également sensée rendre le CFC plus attractif auprès de ces mêmes jeunes, ce qui permettrait de lutter contre le manque de main d'œuvre », explique Samuel Vuadens. « Mais nous avons aussi besoin de personnel pour faire les travaux non-qualifiés. Ceux qui ne réussissent pas le CFC peuvent aussi trouver du travail, en revanche ils ne pourront pas prétendre aux mêmes niveaux de salaire que ceux qui l'auront eu. Sans un contrôle des connaissances correct, le CFC perd de sa valeur. Avoir plus de jeunes inscrits s'ils sont mal formés n'a aucun intérêt pour la branche. »

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Les méandres de la politique n'étant pas simples à naviguer, il n'est pas simple de trouver les bons interlocuteurs pour obtenir les bonnes réponses. Ainsi, « C'est le SEFRI, à qui nous avons adressé notre lettre ouverte, qui est pour finir garant au niveau national de l'implémentation des changements autour du CFC. » Mais de nombreux autres partis sont impliqués dans le processus décisionnaire, rendant la navigation un peu moins claire. En effet, les cantons, les associations faîtières et la confédération via le SEFRI sont impliqués d'une manière ou d'une autre. Or il semblerait par exemple que les cantons n'aient pas tous reçus les mêmes informations. Les associations faitières quant à elles, sont dans une position quelque peu inconfortable : « Financièrement, les associations faîtières sont soutenues par les cantons et par la Confédération. Si les avis d'un canton à l'autre diffèrent, et si les associations faîtières ne sont pas nécessairement d'accord avec les modifications prévues, il leur est difficile de mordre la main qui les nourrit. Il leur faut trouver un consensus. En tant que groupement local, nous avions plus de liberté pour monter au front. »

Une barrière de Rösti toujours présente

Emilio Lado, secrétaire général du GIM depuis 6 semaines et ancien formateur d'apprentis, connait bien les métiers de l'industrie MEM. Il s'est plongé dès sa prise de poste dans le vif du sujet : « Historiquement, l'idée de cette réforme date d'il y a déjà quelques années. Sa mise en place ayant pris du retard, on ressent une certaine pression pour la faire passer au plus vite et coûte que coûte », s'inquiète Emilio Lado. « Du côté alémanique, je ressens deux courants : ceux qui ne sont pas nécessairement d'accord mais approchent la réforme avec fatalisme, et ceux qui partent du principe que les initiateurs de la réforme savent ce qu'ils font. Cela contraste beaucoup avec la frustration ressentie en Suisse romande de la part des acteurs de l'industrie, qui sont en majorité contre la réforme, le font savoir, mais ont l'impression de ne pas être écoutés. »

Quelques points bloquants additionnels

Pour les cantons, la mise en place d'un travail de synthèse oral avec deux experts pose un problème financier. En effet, ce type de contrôle engendre des coûts bien plus importants qu'un examen écrit sous forme de QCM.

Par ailleurs, outre la suppression de l'examen des connaissances professionnelles, la réforme ne prévoit plus l'intégration de la maturité dans le cursus d'apprentissage.

De plus, la réforme prévoit aussi la mise en place d'une plateforme numérique de suivi de formation que le maître d'apprentissage et le centre de formation devront tenir à jour. Une charge de travail additionnelle, alors qu'il est déjà parfois difficile de convaincre les entreprises d'embaucher des apprentis.

Il y a du bon et du moins bon

Tout n'est pas si noir cependant. « La réforme suit deux grandes lignes : le plan de formation et la réforme métier. Le nouveau plan de formation, lui, semble faire l'unanimité. La réforme métier avec son processus de qualification en revanche, nettement moins », explique Emilio Lado. « La réforme va bientôt être mise en consultation. Certains cantons pourraient proposer de n'en garder qu'une partie, en l'occurrence celle liée au plan de formation. Est-ce faisable ? Je ne sais pas. »

Un travail de communication à grande échelle

La réponse du SEFRI à leur lettre ouverte ne répondant pas de manière satisfaisante aux question posées, les responsables du GIM continuent leur quête. Des articles sont parus dans le Temps, dans le NZZ, et récemment, le 11 juin 2024, une interpellation parlementaire a été déposée par Marie-France Roth Pasquier, membre du Conseil National suisse. Le Conseil fédéral est désormais tenu de répondre aux questions qui ont été posées.

À savoir quelle est la perspective actuelle, Samuel Vuadens répond : « Nous souhaitons provoquer le débat qui n'a pas eu lieu. Nous ne sommes pas en train de dire que nous avons raison, mais nous ne comprenons pas et souhaiterions avoir des explications. Nous utilisons tous les moyens à notre disposition pour qu'un maximum de gens obtiennent les informations et en parlent. Sensibiliser les gens, ouvrir le dialogue, c'est cela notre but. Si avec cela, nous recevons des arguments qui nous prouvent que la suppression des examens est une bonne chose, alors d'accord. » MSM

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