Optimisation du système d'information Green IT ou le numérique responsable

de Marina Hofstetter

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Canopé, entreprise basée à Neuchâtel, fournit des services dans le domaine du numérique responsable. Elle est la seule société en Suisse à pouvoir certifier du label européen Numérique Responsable. Ivan Mariblanca Flinch, CEO, nous en dit plus.

L'idée derrière le numérique responsable n'est pas d'arrêter le numérique mais de l'utiliser mieux.
L'idée derrière le numérique responsable n'est pas d'arrêter le numérique mais de l'utiliser mieux.
(Source : cienpies - stock.adobe.com )

Qu'est-ce que le numérique responsable exactement ?

I. Mariblanca Flinch : Le numérique responsable, c'est tout simplement optimiser son système d'information pour le rendre plus responsable. Aujourd'hui, l'ampleur du numérique est telle que tout est en train de se digitaliser. Il y a de plus en plus d'ordinateurs, d'écrans, de smartphones, et les entreprises se retrouvent avec de plus en plus d'équipements informatiques. Les emails, les impressions, mais aussi le site web font également partie du système d'information. Or des pièces jointes volumineuses, des sites Internet lourds et le stockage de données dans sa globalité entraînent une forte consommation d'électricité et une pollution non négligeable. Le système d'information d'une entreprise comprend donc des composantes internes et des composantes externes. Le Green IT revient à intégrer à la numérisation des critères environnementaux. Le point de départ pour cela est de dresser un inventaire du système d'information : nombre d'ordinateurs, nombre moyen d'email par employés et par jour, poids du site Internet, etc. À partir de cela on pourra calculer l'empreinte environnementale en termes de CO2, d'eau, d'énergie et de ressources naturelles, comme ce qui est fait pour évaluer l'empreinte environnementale d'un trajet en avion, mais appliqué à l'informatique.

Que peut-on faire par exemple au niveau des emails ?

I. Mariblanca Flinch : L'impact principal d'un email n'est pas le fait de l'envoyer. Ce sont les pièces jointes qui sont problématiques. Il existe désormais des systèmes d'envoi de pièces jointes qui permettent de mettre un document sur un site de dépôt temporaire, sur lequel le correspondant peut le télécharger pendant un certain laps de temps après lequel le document sera effacé. Ainsi, il n'y a plus de stockage inutile de documents sur les serveurs mails. Or, moins de stockage signifie moins de ressources utilisées. Il faut donc, et c'est une partie de notre travail, implémenter les bonnes pratiques et ainsi créer une culture numérique responsable.

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Qu'en est-il du hardware, comme les smartphones par exemple ?

I. Mariblanca Flinch : Il faut environ 200 kg de ressources naturelles pour la fabrication d'un smartphone classique d'environ 200 g. C'est un peu comme si vous deviez faire 200 kg de courses pour préparer 200 g de risotto. Or les statistiques montrent qu'il se vend dans le monde entre 40 et 50 smartphones par seconde. En entreprise, les ordinateurs et les smartphones sont souvent changés tous les deux à trois ans, alors qu'ils fonctionnent toujours bien. Il s'agit donc ici d'évaluer le besoin réel de nouveaux équipements, et de n'en acheter de nouveau que quand cela est vraiment nécessaire. On peut aussi s'orienter vers des marques qui proposent des équipements fabriqués de manière plus éthiques, plus durables.

Quelles sont les actions relatives à l'optimisation d'un site Internet ?

I. Mariblanca Flinch : Nous utilisons un outil qui va « mesurer » le poids de chaque page Internet. Ce poids est un indicateur clé, car plus une page est lourde, plus il y aura de données envoyées du serveur à l'ordinateur pour le chargement de la page. L'analyse donne un score en pourcentage qui correspond alors une note de A à H, comme pour les équipements électroménagers, A étant le meilleur score. Prenons l'exemple d'une page d'accueil qui obtient un score de 50 %, soit la lettre D. Ce score de 50 % correspond à l'utilisation pour chaque visite sur la page correspondante de 3 cl d'eau et 2 g de CO2. En prenant une moyenne de 1000 visites par jour, on obtient l'équivalent de 730 kg de CO2 et quasiment 11 000 litres d'eau simplement pour la page d'accueil, sans autre navigation sur le site. Nous aidons donc les départements marketing et IT à optimiser le parcours visiteur sur le site Internet afin à la fois d'optimiser l'expérience utilisateur tout en réduisant l'impact environnemental. Tant le chemin parcouru pour trouver les informations que la taille des visuels jouent alors un rôle prépondérant. On parle d'écoconception du site Internet.

Que pensez-vous de la numérisation des ateliers ?

I. Mariblanca Flinch : C'est quelque chose d'inévitable. Le point crucial ici est la quantité de données qui sont générées. Cela pose les problématiques suivantes : tout d'abord, il faut stocker ces données, ce qui a un coût environnemental évidemment mais également un coût financier. Il faut également réfléchir correctement au lieu de stockage. Tout d'abord d'un point de vue financier, car un stockage en Suisse n'aura pas le même prix qu'un stockage en Inde ou aux États-Unis par exemple, mais aussi d'un point de vue sécurité des données. Sur ce thème, il faut aussi être conscient que plus on génère de données, plus on s'expose aux risques de cyberattaques.

Nous parlons dans le cas des données de sobriété, c'est-à-dire qu'il faut tout d'abord correctement évaluer quelles sont les données qui nécessitent d'être générées puis quelles sont celles qui doivent être stockées. On peut ensuite s'orienter sur ce qu'on appelle le stockage à froid, c'est-à-dire sur des disques durs. C'est ce que fait Facebook : 80 % de leurs données ne sont pas accessibles dans le cloud, mais sont stockées sur des serveurs qui font office de disques durs en n'étant pas constamment alimentés en électricité.

On entend souvent parler des deux thématiques de la numérisation et des questions environnementales séparément. Comment est accueillie l'unification des deux ?

I. Mariblanca Flinch : Le numérique responsable est une thématique assez nouvelle. Nous faisons parfois face à des critiques ou des jugements hâtifs de notre activité, mais il faut bien comprendre que l'idée n'est pas d'arrêter d'utiliser le numérique, simplement de l'utiliser mieux. On parle de frugalité : faire mieux avec moins de ressources. Car si le numérique n'est pas utilisé de manière durable, un jour il n'existera plus, car il deviendra trop cher de s'équiper, trop cher de stocker, voire impossible de fabriquer de nouveaux équipements, car les ressources, c'est un fait, sont limitées.

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Comment vous-y prenez-vous pour sensibiliser les entreprises à cette thématique ?

La difficulté de la pollution numérique est qu'elle ne se voit pas, en tout cas pas directement chez nous. La pollution se matérialise ailleurs. Ce n'est pas comme les gaz qui sortent d'un pot d'échappement de voiture, ou une bouteille en plastique jetée dans le lac. D'où le fait que la majorité des gens n'y pensent pas. Or reprenons l'exemple de l'email, il faut des serveurs, des câbles, de l'électricité, etc. La pollution se fait donc en amont et en aval de l'envoi d'email, mais est invisible pour la plupart des utilisateurs, qui continuent donc de consommer sans se poser de questions, ce qui arrange aussi grandement les industriels de la branche. Donc la difficulté de comprendre ce qu'est la pollution numérique réside là. Chez Canopé, nous organisons donc des ateliers de sensibilisation avec des jeux de cartes pour dévoiler le côté masqué du numérique et expliquer que dématérialiser, c'est matérialiser autrement. Les statistiques montrent que d'ici 2028, les centres de données en Irlande consommeront 29 % de l'électricité nationale, sachant que l'Irlande héberge les GAFAM en Europe.

Et cela donc, juste pour stocker des données. Une fois que les gens sont sensibilisés au problème, ils deviennent souvent très proactifs. Ils comprennent aussi qu'en plus de l'impact environnemental, de plus en plus lié à l'image de l'entreprise dans sa globalité, il y a gros à gagner d'un point de vue financier. MSM

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