Fabrication additive Fabrication additive : quand fait-elle vraiment sens ?

de Marina Hofstetter 5 min Temps de lecture

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Souvent présentée comme une révolution, la fabrication additive s'impose en réalité de manière beaucoup plus ciblée dans l'industrie. Pour Nicolas Bouduban, CEO du Swiss m4m Center, l'enjeu n'est pas de remplacer les procédés traditionnels, mais de savoir précisément quand et comment l'utiliser. Entre contraintes de précision, exigences économiques et choix technologiques, son intégration relève avant tout d'une décision d'ingénierie.

Ni révolution, ni remplacement : la fabrication additive est un complément à intégrer avec discernement.(Source :  Swiss m4m Center)
Ni révolution, ni remplacement : la fabrication additive est un complément à intégrer avec discernement.
(Source : Swiss m4m Center)

Dans quels cas la fabrication additive devient-elle réellement plus pertinente que les procédés traditionnels, et dans quelle mesure est-elle aujourd'hui adaptée à une production industrielle en série ?

La fabrication additive devient particulièrement pertinente pour produire des pièces complexes, personnalisées, ou difficiles à réaliser par des méthodes traditionnelles. Dans de nombreux cas, la fabrication additive permet également de réduire le nombre d'étapes d'assemblage. Elle est également très efficace pour les petites séries, les prototypes, ou les outillages, où la flexibilité et la rapidité priment sur le coût unitaire.

Aujourd'hui, elle est de plus en plus adaptée à la production en série, notamment pour des pièces à forte valeur ajoutée, mais elle reste complémentaire aux procédés traditionnels pour les volumes très élevés.

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Aujourd'hui, où en est concrètement son adoption dans l'industrie suisse, et dans quels secteurs voyez-vous les applications les plus matures ou prometteuses ?

Aujourd'hui, certains secteurs sont particulièrement porteurs. Le domaine médical, par exemple, utilise l'impression 3D pour créer des implants ou des instruments sur mesure. Dans la machine-outil, cette technologie permet de fabriquer des composants ou des aides à la production.

Le secteur de l'armement évolue également dans ce sens, poussé par le contexte international actuel.

Du côté de l'horlogerie, on constate également une évolution. L'adoption se fait progressivement, mais la volonté est bien là. L'impression 3D est surtout utilisée pour l'outillage, mais elle commence aussi à trouver sa place dans certains composants spécifiques, comme les boîtiers de montres.

La fabrication additive a longtemps été présentée comme une révolution industrielle imminente. Pourtant, il semble que son utilisation reste marginale dans l'industrie suisse. Pourquoi ce décalage ?

La Suisse a toujours adopté une approche particulière face aux nouvelles méthodes de fabrication, et l'impression 3D ne fait pas exception.

En Suisse, surtout en Suisse romande, il existe une longue tradition de fabrication de haute précision, notamment grâce à l'horlogerie et à la mécanique de précision. Travailler des pièces très petites, avec des exigences très élevées en matière de qualité et d'esthétique, fait partie de notre savoir-faire. Au premier abord, cela peut sembler en contradiction avec l'impression 3D, souvent perçue comme moins précise ou ne permettant pas d'obtenir les états de surface voulus.

De plus, l'industrie suisse ressent moins d'urgence que d'autres pays, comme les États-Unis ou certains pays voisins européens, à adopter de nouvelles méthodes de production. Notre maîtrise des techniques traditionnelles est déjà avancée, ce qui réduit le besoin immédiat de diversification. En résumé, la Suisse n'est pas en retard, mais elle adopte l'impression 3D de manière plus prudente, en cherchant à l'intégrer là où elle apporte une vraie valeur ajoutée, sans compromettre le niveau d'excellence de son industrie de fabrication.

Selon vous, quel est aujourd'hui le principal frein à l'adoption de la fabrication additive en Suisse ?

Le principal frein reste la connaissance. Comprendre ce que l'impression 3D peut réellement faire et ses limites est essentiel pour en favoriser l'adoption. C'est pourquoi la formation joue un rôle clé. Au Swiss m4m Center, nous travaillons avec l'industrie depuis plusieurs années déjà pour transmettre ces compétences, et avons structuré cette activité en créant l'association form3D, dédiée à la diffusion du savoir en Suisse.

Cette initiative s'effectue en collaboration avec deux acteurs majeurs du secteur, Swissmem et Swissmechanic, afin d'ancrer durablement les compétences en fabrication additive dans l'industrie.

Quelles compétences doivent développer les entreprises pour tirer pleinement parti de ces technologies ?

Le DFAM (Design for Additive Manufacturing) est la base de l'adoption : il est essentiel de concevoir une pièce spécifiquement pour l'impression 3D, et non simplement d'adapter un design existant.

Il est également important de bien connaître les différentes technologies d'impression, qu'il s'agisse de métaux ou de polymères, afin de choisir la bonne approche selon l'application.

Enfin, la compréhension des aspects économiques est indispensable : chacun doit être capable d'évaluer concrètement la valeur ajoutée de l'impression 3D, que ce soit en termes de coûts, de performances ou de délais. En outre, les aspects qualité et validation s'appliquent à certains domaines spécifiques, comme le secteur médical.

Quel rôle la fabrication additive peut-elle jouer dans l'évolution des chaînes d'approvisionnement industrielles ? Certains évoquent une production plus locale ou plus flexible : est-ce une perspective réaliste selon vous ?

Les modèles d'affaires liés à l'impression 3D sont l'aboutissement de son adoption. Une technologie, même performante, n'est pas durable si elle n'apporte pas de réelle valeur.

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L'impression 3D peut justement répondre à certains défis des chaînes d'approvisionnement, par exemple en permettant une production plus décentralisée : concevoir une pièce en Suisse et la fabriquer ailleurs, ou l'inverse, selon les besoins. Elle ouvre aussi la porte à plus d'autonomie de production, un enjeu de plus en plus important pour sécuriser les approvisionnements.

Mais avant tout, la première étape reste la compréhension de son potentiel : c'est en maîtrisant ses possibilités que l'on peut en tirer le meilleur parti.

Quelles évolutions majeures attendez-vous dans les cinq prochaines années ?

Les performances des machines vont encore fortement évoluer dans les prochaines années. De plus, la possibilité d'imprimer avec une plus grande variété de matériaux ouvrira de nouvelles opportunités.

L'intelligence artificielle, ainsi que de nouvelles méthodes d'optimisation des processus d'impression, va également rendre cette technologie de plus en plus compétitive.

En combinant ces avancées avec notre savoir-faire actuel, l'impression 3D s'impose comme un complément à nos moyens de production traditionnels, afin de continuer à innover et de rester compétitifs face aux défis croissants auxquels la Suisse est confrontée.

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