Représentant la troisième génération de la famille Bula, Béatrice Bula rejoint la société en 1997. Intégrée en 2008 au Groupe Recomatic, elle est aujourd'hui co-dirigeante et administratrice du Groupe Recomatic. Son parcours en tant que femme n'a pas toujours été simple, mais ponctué de belles rencontres.
Béatrice Bula, membre de la direction et de l'administration du Groupe Recomatic
(Source : Groupe Recomatic)
Pouvez-vous nous parler de votre parcours, comment en êtes-vous arrivée à ce poste de directrice et administratrice au sein du groupe Recomatic ?
Je suis tombée dans l'univers de l'industrie à travers mes parents qui tous les deux faisaient partie d'une famille d'industriels. J'ai commencé à travailler chez Bula dès la fin de mes études, mais dès mes 12 ans lorsque ma maman a recommencé à travailler dans la société, j'étais toujours chez Bula les mercredis après-midi ou pendant les vacances pour rester auprès d'elle. Comme je ne tenais pas en place sans rien faire, j’ai appris à répondre à la centrale téléphonique. J'ai ensuite eu l'opportunité de découvrir l'ensemble des départements de l'entreprise en travaillant pendant les vacances. J'ai donc fait tout un parcours qui a commencé depuis le bas dirons-nous. Je suis passée par tous les postes, il m'est même arrivé d'être à la cantine pour faire à manger à 50 personnes pendant une semaine ! J’avais au départ l’idée de faire d’autres études puis je me suis rendu compte que ce monde industriel et social me plaisait beaucoup. Après mes études, j’ai pris un poste dans l'administration où je faisais du secrétariat. Il faut savoir qu'à l'époque, comme les e-mails n'existaient pas encore, le secrétariat avait une place très importante. Les échanges avec les clients se faisaient par des lettres et des faxs, et les secrétaires étaient très impliquées pour assister les dirigeants et vendeurs. Aujourd'hui les dirigeants sont donc beaucoup plus autonomes qu'à cette époque. J'ai par la suite fait de nombreux apprentissages linguistiques qui m'ont amené à faire de la vente sur l'étranger. C'est ensuite en voyageant avec des collègues ingénieurs que j'ai appris le métier. Pour l'anecdote, c'est en faisant des traductions pour eux que j'ai pu intégrer de nombreuses notions techniques. Je voyageais beaucoup vers l'Italie, je prenais donc un technicien avec moi pour présenter le process et après un certain temps je n'ai plus eu besoin de ce technicien car j'avais assimilé les notions techniques élémentaires. Donc sans base de formation technique, j'ai pu me familiariser avec cet univers de la terminaison et me faire une place dans le domaine de la machine-outil.
Je pense que j'étais prédestinée à faire des études d'ingénieur ou de médecine , mais je me sentais tellement impliquée dans la société que j’ai décidé de rentrer tout de suite dans la vie active. Au début de ma carrière, le nom Bula a pesé sur mes épaules. Pour certains, cela peut être perçu comme un avantage car je suis la fille du patron mais pour moi c'est plutôt un patronyme qui a parfois été lourd à porter. En s'appelant Bula, il fallait être à la hauteur et par conséquence prouver ses compétences. Vis-à-vis des collègues, il faut montrer qu'on n'est pas que « la fille à papa ». Trouver sa place auprès des collègues n'est pas chose aisée, certains peuvent penser que l'on est « la taupe » dans l'entreprise. J'ai cependant eu beaucoup de chance dans mon parcours puisque j'ai eu des collègues qui m'ont vraiment accompagnée et aidée à justement trouver cette place auprès des autres. Étonnamment ce sont surtout des hommes qui m'ont poussée et ont été mes mentors, ils ont cru en moi et m'ont fait confiance. J'ai rencontré plus de difficultés avec certaines femmes. Il y a 25 ans, l'environnement sociétal était différent d'aujourd'hui et je trouve que l'on sentait plus de compétition entre les femmes même si nous étions beaucoup moins nombreuses que les hommes, c'est là tout le paradoxe.
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Je suis arrivée à cette position dirigeante au sein du Groupe Recomatic bien sûr de part mon historique avec Bula mais surtout en démontrant mes compétences et que cette complémentarité enre les uns les autres est primordiale.
Avez-vous été confrontée à des difficultés en tant que CEO dans une industrie et une position majoritairement occupée par des hommes ?
Bien sûr, il a parfois fallu se battre. En tant que femme nous ne sommes malheureusement pas toujours prises au sérieux par certaines personnes. Mais je pense que ça a été au contraire une chance pour moi d'être presque toujours la seule femme entourée de nombreux hommes comme sur des salons par exemple. J'ai vraiment rencontré de très belles personnes qui m'ont permis d'avancer. Parfois j'ai eu des aprioris sur le comportement de certains hommes. Par exemple, j'avais des préjugés sur les Italiens que j'imaginais machos, mais j'en suis totalement revenue car je n'ai jamais rencontré aucun problème en Italie, j’ai toujours été très bien accueillie et respectée pour mes capacités à les accompagner dans leurs recherches de solutions. Il y a malgré tout certaines cultures comme en Inde où cela cela peut être plus compliqué car les préjugés sont malheureusement avérés... Mais les propositions déplacées que j'ai pu avoir, ce n'était pas forcément à l'autre bout du monde ! C'est finalement amusant car ce n'est jamais bien méchant. Avec du recul, je trouve malgré tout qu'il y a beaucoup de respect et les difficultés que j'ai pu rencontrer liées à mon statut de femme restent très anecdotiques.
Mon parcours en tant que femme n'a pas toujours été évident mais a posteriori je me rends compte que le plus dur a été de grimper les échelons. Une fois que l'on atteint une position de direction, notre place n'est plus remise en question et l'on se sent légitime.
Situation au30.10.2020
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Comment se passe la co-direction avec une équipe dans laquelle vous êtes la seule femme ?
La touche féminine que j'apporte au sein de la direction du Groupe Recomatic me permet d'amener une vision divergente. J'ai un bagage différent du reste de l'équipe n’ayant pas une base de formation technique. J’ai par contre fait une formation dans la thérapie qui me permet d’apporter une sensibilité différente : j'aime l'être humain, c'est au cœur de toute ma réflexion et je l'applique au quotidien. Je pars du principe que, de base, l'être humain est bon et j'aime que les personnes se sentent bien et écoutées, j'aime tenir compte de tout le monde. Ce côté féminin, empathique, parfois maternel me permet de mettre en place un relationnel personnalisé avec les collaborateurs et les clients. Le fait que je n'ai pas fait de hautes études ni de formation technique me permet d'avoir une sorte de vision « à distance ». Je me considère comme étant ingénieuse et non pas ingénieure, mes idées fusent et je les partage avec les collègues, ainsi nous nous complétons totalement. Le fait d'être à l'écoute, d'associer les expériences et les idées de chacun nous permet d'avoir une co-direction harmonisée. Pour en revenir à mon statut de femme auprès d'une équipe dirigeante masculine, je peux également dire que ce n'est pas désagréable d'être la seule femme, je ne suis pas pour l'égalité des sexes mais pour « salaire égal, opportunités et ouvertures égales », cependant j'apprécie la galanterie et je dois dire que de ce côté-là, je n'ai pas à me plaindre chez Recomatic ! J'ai trouvé indirectement des frères, il y a beaucoup de respect entre nous et beaucoup de rigolades aussi ! Je dois dire que nous nous sommes bien trouvés aussi sur ce registre. Nous avons tous les mêmes valeurs fondamentales, c’est très important.
Il arrive encore sur des salons, lorsque je suis la seule femme sur le stand, que l'on s'adresse à moi comme si j'étais la serveuse, mais cela reste très anecdotique et se sont des clichés culturels tellement ancrés que ça me fait presque sourire.
Selon vous, où se situent les blocages qui font que peu de femmes occupent ce type de fonction et encore moins dans l'industrie ?
De mon point de vue, une femme doit montrer deux fois plus ses compétences pour arriver au même niveau qu'un homme, c'est malheureusement encore et souvent une réalité. On a besoin de prouver que l'on mérite sa position mais également, on a besoin d'être rassuré quant à notre légitimité. Je pense que le sujet de l'égalité ne doit pas être au centre des débats car il y a de nombreuses choses à mon avis qu'un homme peut faire et une femme non, et vice versa. Le plus important est de donner l'opportunité à tous de pouvoir faire quelque chose qui leur plait, qu'ils font bien et avec envie.
Le principe sur lequel je ne discuterai jamais est « à travail égal, salaire égal ». L’important est de rémunérer une fonction et non un sexe. L'âge de départ à la retraite identique pour les deux genres ne me pose pas un problème en soi, ce qui me gêne c'est par exemple la non-reconnaissance des pauses dans la carrière d'une femme lors des congés maternité. Il ne faut pas oublier que très souvent, sans faire de généralité, une femme directrice ou occupant une position à responsabilités, en rentrant le soir chez elle, a encore de nombreuses tâches à accomplir : s'occuper de préparer le repas, des enfants, de leurs devoirs, des tâches ménagères. Ce qui dans l'autre sens est moins courant. Bien sûr les mœurs évoluent, mais cette répartition traditionnelle des tâches domestiques reste très ancrée, sans prendre en considération l'évolution des femmes dans le domaine professionnel. J'encourage les femmes à croire en cette évolution car notre force est l'humilité et de montrer les choses par nos compétences.
Pour répondre également à la question des difficultés que rencontre une femme dans sa carrière et particulièrement dans ce type d'industrie très masculine, la période du congé maternité et du post partum n'est pas évidente. Il est parfois très compliqué de faire une pause de quelques mois sans travailler. De mon côté, je n'ai pas trop levé le pied à la naissance de mes filles, je m'adaptais pour organiser des rendez-vous dans des restaurants avec la poussette pour avoir mon nouveau-né avec moi et continuer à travailler. J’ai même visité certains clients avec mon bébé de quelques semaines. Je m'occupais de la vente et c'est un domaine dans lequel on peut très vite être coupé du marché. C'est à la période de la naissance des enfants à mon avis que la différence entre les hommes et les femmes se fait le plus ressentir. L’évolution du monde professionnel qui tend de plus en plus vers une ouverture au temps partiel et au télétravail permet aux femmes tout comme aux hommes de trouver un équilibre entre leur carrière et leur famille.
Nous essayons également d'attirer les jeunes et les jeunes filles vers nos métiers, aujourd'hui par exemple a lieu la journée « Osez les métiers » et nous recevons 4 jeunes filles et un jeune garçon chez Recomatic, espérons que cela leur permettra de découvrir cet univers et peut-être leur donne envie d'y travailler !
Est-ce que pour vous ce parcours était évident ?
J'ai baigné dans cet univers depuis ma plus tendre enfance. Déjà toute petite je me rappelle la première machine que j'ai enclenché, c’était une machine BULA MP84. Je faisais très tôt des dessins ou des constructions en LEGO de machines, mon papa raconte toujours l'anecdote de la première machine que je lui ai demandé de concevoir. Je voulais construire une machine pour fabriquer des « gens biens et gentils » : il fallait passer les méchants dans une sorte de centrifugeuse et ils ressortaient bons... il y avait de l'idée ! On peut dire que c'était déjà une association de mes deux passions : la mécanique et l'être humain !
Je suis arrivée à mon métier avec un parcours atypique mais j'aime passionnément ce que je fais : la rectification, le polissage, j'en apprends tous les jours et cette passion comble mon manque de formation technique. Je suis très contente d'être arrivée là où je suis, j'aime mes collègues, mon entreprise et nos clients. Je trouve que tous ensemble, nous arrivons à faire de très belles choses. J’ai la chance de rencontrer des personnes merveilleuses au quotidien et chaque jour de nouveaux challenges se présentent. Et se lever le matin pour aller faire quelque chose que l'on aime c'est le plus important !
Comment les femmes sont-elles représentées chez Recomatic ?
Chez nous, le thème de l'égalité salariale par exemple n'est même pas un sujet en soi puisque nous payons une fonction et non pas un type de personne, que ce soit un genre ou une nationalité, ce serait pour nous de la discrimination. Il y a environ 10 % de femmes chez Recomatic, majoritairement dans les bureaux. Il y a une jeune femme dans les ateliers qui a d’ailleurs fait son apprentissage au sein de Recomatic, mais ce n'est bien évidemment pas une volonté de notre part ! Nous serions naturellement ravis de recruter plus de femmes, mais ne recevons malheureusement pas de candidature féminine.