Économie Baromètre industriel : freinage progressif en cours

de CEP 5 min Temps de lecture

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Les perspectives pour le troisième trimestre 2024 se sont uniformément assombries selon le baromètre industriel de la Chambre d'Économie Publique du Grand Chasseral (CEP).

Infographie baromètre industriel, anticipations pour le troisième trimestre 2024.(Source :  CEP)
Infographie baromètre industriel, anticipations pour le troisième trimestre 2024.
(Source : CEP)

Les différents indicateurs de cet instrument de compréhension du secteur secondaire révèlent la grande circonspection des entreprises de la région industrielle du Grand Chasseral (Jura bernois) en termes de volume d'affaires, de résultats financiers, mais aussi de capacités d'investissement pour les prochains mois. « Dernièrement préservé des grandes variations conjoncturelles par une demande horlogère constamment soutenue, le système de production microtechnique s'avère plus directement exposé lorsque les prévisions de moyens de terme de l'horlogerie suisse sont soudainement révisées », explique Patrick Linder, directeur de la CEP. L'impact du ralentissement horloger s'intensifie en amont dans la chaîne de valeur et touche de manière directe les fournisseurs de composants, mais aussi les moyens de production. Pour la CEP, ce contexte, connu et partiellement engendré par la structure d'organisation de l'industrie, apparaît avec une netteté qui demandera la plus grande réactivité dans les instruments de soutien conjoncturel comme les indemnités pour RHT.

Anticipations pour le troisième trimestre 2024

Le baromètre industriel de la CEP met en lumière les grandes tendances de l'industrie de la précision en pratiquant tous les trimestres une analyse prospective. Occupant environ un emploi sur deux dans la région du Grand Chasseral, le secteur secondaire se caractérise par son homogénéité, une grande complémentarité dans les chaînes de valeur et une forte interdépendance entre ses entreprises. Outil de compréhension, le baromètre industriel établit trimestriellement une synthèse des tenants et aboutissants du secteur secondaire, notamment dans la microtechnique.

Les attentes en termes d'entrées de commandes pour le troisième trimestre démontrent à elles seules le freinage progressif en cours dans l'industrie. Beaucoup d'entreprises sondées s'attendent en effet à voir le volume d'affaires se contracter pour les prochains mois confirmant ainsi une tendance baissière apparue en fin 2023 qui s'intensifie fortement. « Jusqu'alors et depuis l'été 2020, le niveau d'activé permettait une pleine exploitation des capacités de production. Il s'est progressivement abaissé et le fonctionnement de l'industrie s'annonce bien moins intense jusqu'à la fin de l'année », analyse Patrick Linder. Bon nombre d'acteurs industriels estime cependant que les entrées de commandes devraient rester de même niveau que le dernier trimestre ce qui démontre qu'une part du ralentissement a déjà été absorbé et ce maintien contribue à nuancer les inquiétudes conjoncturelles. C'est principalement la révision des besoins horlogers, opérée en début d'année 2024, qui déploie dans cette phase des effets tangibles. Les autres domaines d'application de l'appareil de production microtechnique avaient déjà vu leur niveau d'activité progressivement contracté depuis la fin d'année 2023 en dépit de niches et d'exceptions ou les performances restent stables. « L'horlogerie demeure le débouché principal de l'appareil de production microtechnique du Grand Chasseral et toute variation la touchant impacte les acteurs interdépendants de son écosystème. L'année 2024 promet finalement une nouvelle exécution d'une partition déjà connue et régulièrement interprétée depuis 150 ans », image Patrick Linder.

Les aspects financiers suivent avec un parallélisme parfait la tendance de l'activité. Les projections en la matière démontrent dans l'ensemble une péjoration des résultats opérationnels pour le prochain trimestre en comparaison de la situation actuelle. Une majorité d'entreprises anticipe une diminution des résultats et, contrairement à d'autres configurations récentes, cette prévision doit être corrélée avant tout à la contraction du volume d'affaires. Si la force du franc suisse continue de pénaliser durablement les exportations, l'atténuation des performances attendues provient principalement de la baisse d'activité et, avec elle, de la réduction des marges. Dans un contexte de fonctionnement intense, la capacité des acteurs industriels à dégager les profits nécessaires à la pérennisation de l'entreprise était déjà mise sous pression. Elle est désormais directement impactée par la baisse des affaires.

Les perspectives en termes d'investissement révèlent une suspension uniforme des intentions qui finalise le tableau d'ensemble de la configuration actuelle de l'industrie régionale. Ce point d'orgue contraste clairement avec le tonus des dernières années. « Le paramètre des projections en termes d'investissement est central pour ausculter la dynamique systémique et comprendre comment la demande se propage des marchés vers les fournisseurs en amont de la chaine de valeur, notamment dans le domaine des composants ou des moyens de productions », précise Patrick Linder. La baisse des prévisions d'investissement préfigure un potentiel ralentissement pour l'ensemble de l'écosystème de la précision. Pour autant, la plupart des entreprises estime disposer du bon niveau d'organisation pour les douze prochain ce qui tend à indiquer une forme de stabilité dans le moyen terme à condition qu'aucune dégradation supplémentaire n'affecte l'activité.

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Soutien conjoncturel : une réponse adaptée à affiner

Le contexte actuel et les anticipations des entreprises pour le prochain trimestre posent la question des mesures d'ensemble requises, des moyens à disposition et de la marge de manœuvre des acteurs industriels pour passer au travers de séquences d'activité réduite sans subir de dommages essentiels. Dans le cadre du sondage du baromètre industriel, la CEP a cherché à cerner les attentes, appréciations et demandes en la matière.

L'indemnité en cas de réduction de l'horaire de travail reste sans surprise l'instrument le plus adapté pour compenser les phases conjoncturellement difficiles, notamment pour les PME industrielles. Actuellement, des entreprises recourent déjà aux RHT tandis que d'autres font état de refus d'octroi (sans développements des raisons) alors qu'elles estiment devoir y recourir sans tarder. Le sondage opéré par la CEP indique surtout que les entreprises sont pour la plupart en train de se préparer à un éventuel passage en RHT si la configuration actuelle se prolonge. Des craintes étayées sont exprimées à l'égard de la complexification de la procédure de demande par rapport à ce qui était pratiqué lors de la dernière phase comparable (2015, abandon de la défense du taux plancher du franc). Comprenant les contraintes et critères demandés pour obtenir les indemnités, les entreprises plaident toutefois pour une grande réactivité et la meilleure flexibilité dans des phases potentiellement subitement aigües.

La pertinence de cet instrument conjoncturel doit donc être résolument saluée, mais des réglages fins seraient cependant susceptibles d'engendrer des effets vertueux. Obtenir la prise en charge du salaire des formateurs lors du passage au chômage partiel est un accomplissement important pour la CEP. Cette approche pragmatique permet désormais de garantir, sans coût supplémentaire, la poursuite de la formation d'apprentis en cas de passage en RHT. Pareille logique pourrait être étendue à d'autres aspects comme l'innovation et contribuer, sans dépense pour le contribuable, à soutenir la capacité d'innovation de l'économie réelle. Il n'est pas inutile de rappeler que l'alimentation du fond de l'assurance chômage est constitué par les entreprises et les travailleurs. MSM

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