Usinage précis pour une symphonie parfaite

| Rédacteur: Jean-René Gonthier

Brasage d'un trombone, chez S.E. Shires. (Image: Haas Automation CNC)
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Brasage d'un trombone, chez S.E. Shires. (Image: Haas Automation CNC)

>> De la splendeur du Requiem de Mozart aux rythmes les plus fracassants du jazz moderne, les trombones ont émerveillé le monde de la musique avec leur son magnifique, leurs nuances subtiles et leur puissante projection. Parallèlement, ils ont vu leur conception évoluer afin de répondre aux demandes des joueurs et compositeurs, toujours à la recherche d’une gamme dynamique et tonale encore plus large.

Cette évolution a pu être possible grâce au savoir faire de personnes telles que Steve Shires, qui a fondé S.E Shires à Hopedale (Massachussetts) aux USA en 1995 afin de poursuivre sa passion dédiée à la réalisation des trombones les plus achevés entre autres instruments en cuivre personnalisés.

Fabrication par des méthodes traditionnelles

Si votre objectif est de produire des instruments de musique parmi les meilleurs au monde, le compromis ne constitue pas une option. C’est la raison pour laquelle Steve Shires ne jure que par les méthodes traditionnelles pour réaliser ses trombones, comme le repoussage et le martelage manuels des pavillons en cuivre, à l’origine du son qui a forgé la réputation de l’entreprise.

«Si vous changez l’alliage d’un pavillon, disons de seulement 5%, la variation est perceptible», explique-t-il. «Si vous modifiez tant soit peu l’épaisseur de la matière du pavillon, disons un centième de millimètre, vous pouvez nettement entendre la différence. C’est pourquoi nous respectons scrupuleusement les matériaux et méthodes traditionnels afin de garantir l’homogénéité et la qualité du son. Toutefois, lorsqu’il nous faut utiliser la mécanique de précision pour fabriquer des composants essentiels tels que les valves et les coulisses, nous préférons nous tourner vers des machines-outils CNC modernes, car leur rapidité, leur précision et leur efficacité rehaussent le produit fini».

Une passion qui ne date pas d'hier

Steve, qui est à la fois tromboniste chevronné et technicien instrumental, a commencé en 1986, en réparant et modifiant des trombones sur des machines manuelles, alors qu’il était encore au collège. C’est à cette époque qu’il développe son attention quasi légendaire pour le détail mécanique et esthétique. «Nous fabriquons tous les pavillons, tuyaux et valves en interne», explique-t-il. «En fait, notre équipe d’artisans s’occupe de 95% du travail. Nous externalisons uniquement des opérations, tel le traitement de surface (qui implique des considérations environnementales) et le moulage, ceci auprès d'entreprises locales. De cette manière, nous savons exactement comment est réalisé chaque instrument».

Sa passion et son engagement ont largement influencé sa décision d’investir dans des machines-outils Haas, à savoir une machine destinée à fabriquer les moules VM-2, un tour SL-30 avec embarreur et un tour d’atelier TL-1: «Nous possédions une machine CNC d’une autre marque», se souvient-il. Et Steve de poursuivre: «mais après quelques années, cette société a interrompu sa production et le support à la clientèle. En 2008, nous avons cherché à acquérir de nouvelles machines, en nous assurant cette fois-ci que le fabricant serait présent tout au long de la durée de vie du produit. Il est impossible d’envisager d’acquérir une nouvelle machine-outil CNC sans étudier les modèles Haas. L’attention que porte cette entreprise au détail est évidente depuis la conception des commandes et la manière dont tout est pensé s’avère idéale pour l’opérateur. En outre, le Haas Factory Outlet implanté dans le Massachusetts offre un service client exceptionnel, incluant une réponse rapide aux appels d’assistance, même si nous n’avons pas beaucoup eu besoin d’eux étant donné la grande fiabilité des machines».

Des instruments recherchés

Après avoir travaillé pour plusieurs fabricants spécialisés dans les instruments en cuivre, dont Osmun Brass, où il a développé une gamme très enviée de pavillons personnalisés pour trombone, Steve décide, en 1995, de fonder sa propre société à Hopedale, dans les environs de Boston. Depuis lors, ses instruments sont devenus recherchés par les musiciens professionnels du monde entier, parmi lesquels Daniele Morandini (premier trombone de l’Orchestre philharmonique d’Israël) et Bruno De Busschere (trombone solo à l’Orchestre symphonique des Flandres), ainsi que par de nombreux professionnels et amateurs passionnés. «Nos clients estiment que nos instruments sont plus faciles à jouer, plus doux et plus constants dans leur mécanisme et leur tonalité, et que même leurs publics trouvent qu’ils sonnent mieux», explique-t-il. Il ajoute: «C’est quand d’autres entendent la différence et encensent le joueur que vous savez que ce que vous savez faire, vous le faites très bien».

Plusieurs métaux et alliages

Les artisans de Shires, dont la majorité sont également des instrumentistes, notamment des trombonistes ou des trompettistes, travaillent plusieurs matériaux, dont trois types de cuivre: rouge (90% de cuivre, 10% de zinc), jaune (70% de cuivre, 30% de zinc) et or (85% de cuivre, 15% de zinc) pour les pavillons. «Le cuivre jaune produit un son clair, alors que le rouge tend vers un son plus chaud. Le cuivre or contribue, quant à lui, à gagner en profondeur et complexité, confie Steve, Il ajoute: «Évidemment, vous pouvez utiliser les coulisses pour ajuster un trombone, mais nos instruments (et toutes leurs gammes d’harmoniques) sont naturellement plus précis. Et cette caractéristique, nous l'imputons à la conception et aux compétences des fabricants».

Là où la fraiseuse intervient

C’est au niveau de la réalisation des coulisses et valves complexes qui confèrent aux trombones Shires leur style de jeu réactif (sans oublier les pistons de la nouvelle gamme de trompettes mis au point par le constructeur) qu’intervient la fraiseuse CNC VM-2 de Haas. «Nous proposons trois différentes valves, à savoir TrueBore, rotatives et axiales) car chaque joueur a des besoins et des préférences distincts. Ces valves doivent être d’une extraordinaire précision: plus elles sont précises et plus l’instrument joue de manière uniforme et juste. Par exemple, nos pistons doivent tenir dans un boîtier avec un jeu de un centième de millimètre et sont soumis à une tolérance de rectitude de deux microns. Nous les affûtons après le tournage afin d’obtenir le fini et la précision parfaits». Tout défaut d’alignement peut effectivement sérieusement affecter le jeu de l’instrument, ce qui explique pourquoi une valve à elle seule peut coûter 600 USD si elle est achetée séparément.

Un alliage de nickel très dur

«Nous utilisons du Monel (un alliage de nickel très dur auquel les applications aéronautiques ont souvent recours) pour nos pistons, en raison de sa résistance à la corrosion. Mais ce matériau est difficile à travailler. L’outillage, ainsi que les compétences de l’opérateur, nous permettent d’obtenir de nos machines CNC Haas la précision adéquate pour cette tâche. Néanmoins, nous continuons d’affûter les orifices et de roder les valves à la main afin de garantir le meilleur ajustement et la meilleure compression possibles. À notre connaissance, c’est une tâche qu’aucun producteur d'instruments en grande série ne réalise».

Steve ne tarit pas d’éloges sur ses machines Haas et affirme qu’il espère pouvoir en acquérir davantage à l’avenir: «L’installation de la table rotative sur notre VM-2 nous permet d’usiner des pièces sur toutes les faces en faisant tourner la pièce usinée sur deux axes rotatifs, en plus des trois axes linéaires. Un autre centre d'usinage vertical à 5 axes simultanés capable de réaliser la même opération nous coûterait probablement plus de 150 000 USD. J’aimerais plus tard acquérir un tour Haas équipé d’une broche secondaire, voire deux tours plus petits et une autre fraiseuse, de manière à établir des cellules de production et faire davantage de production en flux tendu. Nous avons notamment très envie de fabriquer plus de trompettes car ce marché est plus important que celui des trombones et les marges sont meilleures. Mais une chose est sûre, ce sur quoi nous ne ferons jamais de compromis, c’est la qualité». Steve de conclure: «Nous cherchons en permanence à combiner le respect de la tradition avec l’amour du progrès et de l’innovation».

Un artise renommé s'exprime

Il semble que les clients de Shires apprécient également cette approche, comme le déclare Marvin Stamm, trompettiste de jazz renommé: «Ce que je recherche dans un instrument, c’est sa capacité à m’offrir une gamme exhaustive d’expression musicale. Ma trompette Shires répond parfaitement à mes attentes, que je joue avec notre Inventions Trio classico-jazz, avec mon quartet de jazz ou en solo devant des ensembles plus grands. Au cours de ma longue carrière, j’ai joué beaucoup d’instruments, dont plusieurs que j’ai conçus moi-même. Cette trompette est sans aucun doute le meilleur que j’aie jamais joué».

Et que dire des propos de Steve Ferguson, tromboniste professionnel et directeur créatif de The Horn Guys (l’un des distributeurs de Shires basé en Californie du Sud): «La conception et le fini sont les meilleurs que vous puissiez trouver et l’action des coulisses est tout simplement parfaite. J’entends par là: pas de bruit, pas de traînée, pas de problème, totalement silencieux et rapide. Il n’existe pas meilleure coulisse! De même, les valves, dont la conception est exclusive, sont les plus réactives du marché. Un trombone Shires ne remportera pas une audition à votre place mais il peut vous aider à mieux jouer, en partie parce qu’il est très agréable à jouer. Quand j’ai un trombone Shires dans les mains, je suis convaincu que je suis beaucoup plus inspiré». <<

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