Un sous-traitant exclusif

| Rédacteur: Jean-René Gonthier

PROART Prototypes SA
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PROART Prototypes SA (Image: MSM / JR Gonthier)

>> Proart Prototypes SA ne travaille pas pour n’importe qui… Et pour cause ses activités de sous-traitance horlogères sont totalement dédiées à la marque Richard Mille. Reportage en marge de l’installation de deux nouvelles fraiseuses Mikron de GF Machining Solutions. Entretien avec Alain Varrin.

L’historique de l’entreprise (anciennement Proart Prototype Artisanals SA) se confond largement avec la vie professionnelle de son directeur Monsieur Alain Varrin. Un entrepreneur dans l’âme ayant à chaque rebondissement de sa carrière professionnelle trouvé des partenaires de choix. Il a débuté dans un modeste atelier à La Chaux-de-Fonds avec un poste de programmation lié à une seule machine-outil en l’occurrence une MAHO DMG 50 EVO.

Lors de sa reprise en 2002, cette petite société était composée de deux personnes (le fondateur de la société et lui-même). Toujours au service des horlogers en fournissant une vaste panoplie de pièces pour l’habillage horloger, Alain Varrin travaillait déjà à cette époque pour les Montres Valgine.

«Je travaillais de plus en plus pour Valgine»

Il raconte ses débuts : «Au vu de la rapide progression du volume de travail, il a fallu assez rapidement trouver des locaux plus appropriés afin de poursuivre le développement de la société. Nous avons donc déménagé dans l’usine relais située à la zone industrielle à Saignelégier puis, 2 ans plus tard, dans de nouveaux locaux plus grands et plus lumineux», (propriété de Swissatec, également à Saignelégier).

MSM : Avec quel horloger de renom travailliez-vous ?

Alain Varrin : A cette période c’était Donzé-Baume qui fabriquait les boîtes pour Richard Mille, nous ne réalisions que les prototypes pour la marque. Il s’agissait de très petites séries, réparties sur plusieurs modèles donc une opération pas forcément très rentable pour eux. Mais pour Donzé-Baume c’était aussi une opération de prestige de dire «nous travaillons pour Richar Mille» ! C’était des patrons des Breuleux, des gens qui se connaissaient très bien, donc il n’y avait pas de problèmes.

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Mais dès que Donzé-Baume a été racheté par Richemont, j’ai parlé de mon appréhension à mon patron «Si Richemont demande à Donzé-Baume de cesser de faire vos boîtes où allez-vous les fabriquer ?…» Il me répond : » il faudra que nous trouvions un autre fournisseur»… C’est alors que je lui propose de monter une structure afin de les lui faire. Nous avons donc développé notre entreprise afin de montrer que nous étions capables de produire ces pièces. Nous avons grandi pour eux et avec eux.… Suite au résultat concluant et satisfaisant pour les 2 parties, nous sommes entrés en discussion et ils m’ont racheté la majorité des parts de mon entreprise.

Et maintenant en 2014

Dix pour cent des actions sont encore en main du directeur Alain Varrin. Suite à ce rachat, la marque a investi dans la construction d’une nouvelle usine.

Désormais un bâtiment hyper moderne héberge la société. Après bientôt 2 ans d’activités sous ce nouveau toit, il s’avère que c’est une très bonne solution. La marque propose une gamme très large et diversifiée de pièces à hautes complications.

Cette «petite structure», avec un parc de machines ultra-modernes, offre la souplesse nécessaire à la production de nos divers éléments de boîtes et de mouvements dans des délais que nous ne pourrions obtenir en passant par des sous-traitants.

MSM : Ne travaillez-vous que pour la marque Richard Mille ?

Alain Varrin : Oui, uniquement pour eux. Nous sommes exclusifs. Nous investissons pour eux, nous développons pour eux, en bref nous faisons partie de la Holding Richard Mille et de ce fait sommes tenus d’être exclusifs.

Dans la Holding du groupe se trouve aussi Valgine qui gère le développement, la conception et le montage des mouvements… avec les idées qui sont insufflées par Richard Mille et Dominique Guenat. L’entreprise Valgine se trouve dans un autre bâtiment, situé également aux Breuleux, qui regroupe environ 70 personnes et nous sommes une trentaine ici chez Proart.

MSM : Quels investissements avez-vous fait ?

Alain Varrin : Nous fournissons des pièces et composants pour la marque Richard Mille toutefois, il est clair que si j’avais les capacités machines je pourrais sans problème travailler pour des tiers, cela ne m’a jamais été formellement interdit.

Pour faire face aux demandes de la marque, nous avons fait l’achat de nombreuses machines, des investissements uniquement dédiés à la production de nos pièces.

Et depuis maintenant deux ans nous produisons également des mouvements «maison». Nous usinons les divers ponts et platines en interne.

MSM : Quel type de sous-traitant êtes-vous ?

Alain Varrin : Nous sommes un sous-traitant pur. Nous usinons ce que l’on nous demande de produire, sans plus. Nous ne développons pas nous même, toutefois nous amenons tout de même nos idées concernant la faisabilité. Nous restons un fournisseur et faisons des remarques constructives quand il s’agit d’être plus rentable par exemple.

Un atelier complet où il ne manque rien

Dans l’atelier Proart se trouve déjà une quinzaine de CNC, avec une machine japonaise et 4 machines d’origine allemandes le reste étant des centres d’usinage suisses. Alain Varrin s’explique sur la philosophie d’achat de l’entreprise : «Désormais nous avons changé de philosophie par rapport aux investissements actuels et futurs, nous travaillons avec des entreprises locales, suisses d’abord, puis européennes».

MSM : Tout de même une japonaise…

Alain Varrin : Oui, suite à la décision de développer pour notre marque, la première machine que nous avons achetée fut une machine japonaise. C’était étroitement lié aux connaissances de la nouvelle personne que je venais d’engager. Elle maîtrisait parfaitement le logiciel Pro Engineer ainsi que cette machine. C’était, à l’époque de l’achat, une décision qui allait de soi afin que mon nouvel employé soit immédiatement opérationnel et productif. Sur le long terme ce n’était certainement pas la meilleure des solutions, mais au moins nous avons pu assurer aisément et rapidement un suivi des commandes.

MSM : On peut donc dire que vous faites «du Suisse avec du Suisse» !

Alain Varrin : Dans la mesure du possible, oui, c’est ma philosophie personnelle. Ce n’est en tout cas pas une façon de faire imposée par la direction du groupe. Mais pour moi, étant donné le type de produits que nous fabriquons, cela me paraît logique de pratiquer ainsi. Notamment à cause de la qualité de finition que nous atteignons, c’est une belle image de pouvoir dire que les montres Richard Milles sont fabriquées sur des machines de haute précision suisses. De plus la qualité suisse est toujours une valeur sûre, surtout à l’étranger.

MSM : Est-ce que cette déontologie liée à l’origine des machines de production est reprise par le marketing de la marque Richard Mille ?

Alain Varrin : Oui malgré le fait que l’origine des machines est une décision personnelle, cet état de fait est bien évidemment exploité à bon escient par le marketing de la marque.

Entre Genève et la Chaux-de-Fond le choix est tout de même vaste. Notre région, et plus particulièrement tout l’arc jurassien, regroupe un très grand nombre de fabricants de machines très adaptées à l’horlogerie. Un peu plus loin il y a Bumotec et bien évidemment sur Bienne il y a les machines de fraisage Mikron vendues par GF Machining Solutions.

MSM : Quels sont les atouts des machines suisses ?

Alain Varrin : Nous travaillons avec des fabricants locaux aussi par rapport au service après-vente. C’est très important afin d’obtenir des temps de réactivité très courts en cas de pannes ou autres problèmes. Il faut aussi rappeler que nous avons des collaborateurs très qualifiés sur ces machines et c’est ainsi beaucoup plus facile. L’un de nos collaborateurs travaillant sur les trois machines Mikron a 10 ans de métier dans la branche de la machine-outil. Ses expériences professionnelles sont bien sûr très intéressantes et utiles dans notre structure.

MSM : Etes-vous une entreprise formatrice?

Alain Varrin : Pas encore, mais dès 2015 nous aurons un apprenti en partenariat de formation avec une école professionnelle. Pour l’instant, nous proposons des stages de formation. Sur une quinzaine de collaborateurs, nous employons 4 frontaliers.

Malgré le fait que les Breuleux soit au centre d’un bassin de savoir-faire important, la main d’œuvre qualifiée fait cruellement défaut dans la mécanique, c’est pourquoi, nous nous devons de former des apprentis. <<

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