Interview d'une personnalité de l'industrie: René Bart coach accrédité platinn et FriUp

Trop d'entreprises sont restées en léthargie

| Rédacteur: Jean-René Gonthier

René Bart, coach accrédité chez FriUp.
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René Bart, coach accrédité chez FriUp. (Image: FriUp)

>> Suite à la décision de la BNS de supprimer le taux plancher de 1.20 Franc pour un Euro. René Bart, conseiller en management, nous livre son analyse en regrettant le manque de dynamisme de certains industriels n'ayant pas profité de la période de répit laissée par la BNS à notre économie, avant ce réajustement du cours.

René Bart n'est pas un théoricien ni un simple consultant, cet ingénieur de formation a une grande connaissance du tissu industriel romand. Il nous confie son analyse de la situation.

MSM: Quel a été votre réaction le jour de cette annonce ?

René Bart: Je me suis immédiatement remémoré la déclaration de Daniel Küng de l’OSEC (devenu Switzerland Global Enterprise), faite le 26.02.2013 lors d’un event à Fribourg. Il y révélait en effet, avec une argumentation d’insider, que la BNS avait introduit le taux plancher pour que les … bons élèves s’organisent … que deux ans devaient probablement suffire aux entreprises … et qu’après, ma foi, disparaîtraient les plus faibles ou ceux qui n’ont pas compris qu’il fallait réagir….. J’ai trouvé ces propos pertinents et responsables. Ou responsabilisants ! Mais j’étais sidéré néanmoins, car personne à ce jour n’avait, me semble-t-il, informé sur cet aspect de la démarche du taux plancher. Je suis resté dans cette optique et j’ai observé des industriels qui optaient pour cette « stratégie » : s’améliorer pour être prêt !

MSM: Quelles sont dans le cadre d'activités industrielles les bonnes réponses à donner ? Est-ce une baisse de prix des produits et prestations ou une automatisation encore plus poussée de la production?

René Bart: Une baisse de prix ? Oui si les marges le permettent ! Et j’observe déjà des actions en ce sens (textile, ameublement/mobilier, …). Automatiser pourrait s’avérer une bonne réponse, mais ça coûte cher généralement. Que dire de l’optimisation ? Toutes les mesures organisationnelles offrent, en général, un potentiel de réduction de prix. Les mettre en œuvre dans l’entreprise concrétise cette réalité. Et puis acheter maintenant dans la zone Euro, ses matières premières ou composants, est aussi une bonne manière de réduire les coûts du produit fabriqué !! Reste le problème des salaires qu’on dit hauts en Suisse. Mais qui veut annoncer gagner trop ? Vous ? Pas moi ! Les salaires sont à la hauteur de la productivité exceptionnelle des travailleurs en Suisse. Et, il faut le relever, ne sont pas grevés de charges à l’image de ce qui se passe en France par exemple. Donc, non, les salaires suisses ne sont pas un problème. Ou alors il faut le contourner !

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Deux mots sur René Bart

MSM: Au vu de la perte de concurrence serait-il judicieux de se recentrer sur les activités et compétences stratégiques des entreprises suisses active à l’exportation et sous-traiter les autres opérations ?

René Bart: Une bonne analyse Make or Buy devrait en effet apporter des réponses et autoriser un renouveau du « sourcing », sans pour autant induire une image négative sur le client. J’ai en mémoire ce collaborateur qui affirmait « si on me laisse acheter en Italie, ce n’est pas 30% de réduction que je vais obtenir à l’achat de mon variateur de fréquence, je vais tout simplement l’acheter trois fois moins cher »!!! Sans dénaturer le Swiss Made, il est possible, comme les horlogers, de sélectionner les bonnes proportions et concilier les avantages du monde à ceux de la Suisse.

MSM: Est-ce que face à cette nouvelle cherté du franc, délocaliser une partie de la production de la Suisse vers l'Europe pourrait être une réponse favorable (ou envisageable) pour rester compétitif sur le marché international ?

René Bart: Cette question est capitale et beaucoup de réponses sont possibles. Il n’y a pas de bonnes et de mauvaises réponses : il y a la réponse qu’entend donner telle entreprise dans telle situation contextuelle. Délocaliser coûte très cher, acheter au bon endroit coûte moins cher (surtout en ce moment dans la zone Euro). Se concentrer sur les activités de valeur ajoutée, c’est banal ! Mais, oui, c’est essentiel. Et la valeur ajoutée peut résulter de la proximité, de la flexibilité, de la variété, du délai court, du Swiss Made, de la personnalisation au plus tard, du transport, du respect éthique d’un développement durable, etc.

MSM: Au niveau des conditions cadres, verriez-vous une solution au niveau national pour améliorer la compétitivité des produits suisses à l’exportation ?

René Bart: Un taux plancher infini serait LA bonne réponse. Mais au secours, ce serait une réponse obsolète, un peu comme «avant la chute du Mur!».

Que peut-on souhaiter ?

  • 1. Des conditions-cadres optimales.
  • 2. Un soutien à l’innovation sans faille.

Des organismes, notamment en Suisse occidentale, s’y emploient. Je connais des entreprises qui se sont organisées en 2011 pour être prêtes en 2014. Dans toutes sortes de domaines industriels j’ai pu observer certains réflexes intelligents : « Ma marge est aujourd’hui bonne ? Et bien je veux qu’elle le reste demain aussi ». Je connais des PME qui se sont améliorées massivement pendant la période du taux plancher en termes de productivité, de valeur ajoutée, de réactivité, de partenariats. L’action de la BNS a offert un répit temporaire. Pourquoi certaine entreprises n’ont-elles pas opéré les changements dont elles avaient besoin, avant déjà ? Pourquoi pleurent-elles aujourd’hui ? Pourquoi rêvent-elles d’un système libéral planifié ???!!!

MSM: Quels sont les organismes pouvant venir en aide à la compétitivité des entreprises suisses et de quelle façon?

René Bart: Certes beaucoup d’organismes ou de dispositions aident à la compétitivité en Suisse. Evidemment nous ne sommes pas la Corée du Nord, ni la France ! Cependant un écosystème, favorable aux PME, existe de manière forte par l’engagement de nos institutions et politiciens éclairés. TOUT CE QUI PERMET DE DEVELOPPER L’INNOVATION D’AFFAIRES constitue un atout pour la PME existante. A ce sujet, platinn et ses Antennes cantonales, développe en Suisse occidentale une véritable machine à succès. Même si bien sûr, se positionner correctement sur le marché reste un incontournable pour exister et se développer. <<

Propos recueillis par Jean-René Gonthier, rédacteur en chef MSM

Vidéo d'un accompagnement Fri Up chez Johnson Electric International AG

Actuellement René Bart est coach certifié auprès de platinn et FriUp.

Coordonnées : platinn - plateforme innovation, Rue de Romont 33, case postale 1205, 1701 Fribourg, Tél. 026 347 48 48, info@platinn.ch, www.platinn.ch

Coordonnées : Fri Up Centre, Passage Cardinal 1, CP 235, 1705 Fribourg, Tél. 026 425 45 00, Fax 026 425 45 01, office@friup.ch, www.friup.ch

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