Après 21 ans passés à la direction de MPS Micro Precision Systems, Nicola Thibaudeau prendra sa retraite en fin d'année. Dès le 1er janvier 2025, c'est Gilles Robert qui sera le CEO de l'entreprise. L'occasion de nous entretenir avec eux sur cette transition à venir et leurs parcours respectifs.
Vue des bâtiments MPS de Bienne : une entreprise reprise par Nicola Thibaudeau il y a 21 ans, qu'elle a su transformer et redresser de manière exemplaire.
(Source : Sébastien Deloy Studio Photo SPPJ)
Madame Thibaudeau, pouvez-vous revenir sur votre carrière ?
J'ai fait des études d'ingénieure en génie mécanique et suis diplômée de l'École Polytechnique de Montréal. À la fin de celles-ci, j'ai été engagée chez IBM comme ingénieure de production. Je devais faire l'acquisition de machines d'assemblage automatique, que j'ai trouvées en Suisse, chez Ismeca. Ils proposaient alors des « pick and place » répondant à nos besoins. J'avais en effet un mandat pour mettre en place une ligne de production de composants optoélectroniques. Les machines devaient avoir des condensateurs et une puce. Cette technologie développée chez IBM, le C4 (pour controlled-collapse chip connection), que je trouvais osée, était assez unique à l'époque, elle s'est depuis répandue. Je suis me suis donc rendue plusieurs fois en Suisse, chez Ismeca dans le cadre de cette mission pour IBM. J'y ai rencontré un ingénieur d'Ismeca dont le père était administrateur de Cicorel. La technologie de l'entreprise de micromécanique qui fabrique des circuits imprimés, m'a séduite et en 1990 j'y ai été engagée comme directrice technique, année qui marque mon changement de vie du Québec vers la Suisse. Nous avons en quelques années fait une remontée de l'usine de la Chaux-de-Fonds incroyable : nous avons triplé les volumes, c'était assez extraordinaire ! Puis, au bout de quatre ans, j'ai souhaité racheter l'entreprise. L'occasion s'est présentée car les Câbles de Cortaillod (aujourd'hui Nexans), auquel appartenait Cicorel avaient décidé de se séparer de toutes les activités qui n'étaient pas dans leur cœur de compétence. Finalement, ça ne s'est pas fait, mais dans l'entre-deux, j'ai eu contact avec Mecanex, qui recherchait un repreneur.
Avec un des employés, Volker Gass, nous avons racheté Mecanex à Nyon, une société microtechnique, spécialisée dans la fabrication de composants électroniques et de mécanismes de précision notamment dans le domaine spatial et la sécurité. Nous avons réalisé un business plan, sommes allés voir les banques et avons emprunté 6 millions. J'y ai été directrice générale durant neuf ans. Dans le domaine spatial, de nombreux regroupements d'entreprises ont eu lieu, nous avons reçu des offres et revendu Mecanex à Ruag Aerospace. Je suis restée dans ce groupe quelques temps, mais ce n'était plus la même dimension puisque je n'étais plus actionnaire mais employée. À cette époque, en 2003, un chasseur de tête m'a contactée, mandaté par le conseil d'administration de MPS qui venait d'être créé par la reprise des actifs suisse de Myonic/RMB
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J'ai pris le poste de CEO de MPS Micro Precision Systems. L'entreprise est spécialisée dans le développement de microsystèmes complexes dans les domaines du médical, de l'horlogerie, de l'automation et de l'optique et appartient au groupe allemand Faulhaber. Comme on dit « je suis immédiatement tombée en amour avec la boîte ». Cette nouvelle entreprise était pour moi une découverte en termes de domaine, puisqu'après avoir été dans le spatial, la microtechnique et les circuits imprimés, je découvrais les roulements à billes.
Lorsque j'ai pris la direction de l'entreprise, celle-ci n'allait pas bien du tout. Il y avait 95 employés à Bienne et 35 à Bonfol. J'avais pour objectif de doubler le chiffre d'affaires et de faire un bénéfice de 10 %, alors qu'ils perdaient de l'argent tous les mois à cette époque. Un sacré défi en soi mais que j'ai accepté de relever. La première année, nous avons fait 18 millions de chiffre d'affaires, cette année en 2024 nous en ferons plus de 100 millions.
Lorsque l'on reprend votre incroyable parcours, on remarque que ce n'est pas la première fois que vous redressez une entreprise, Cicorel, Mecanex puis MPS Micro Precision Systems, quel est votre modus operandi dans ces situations ?
Il faut déjà toujours écouter les gens, être pragmatique, être positif et puis ne pas craindre de se mouiller, de prendre les devants. Je ne suis jamais arrivée quelque part avec la volonté de détruire ce qu'il y avait, puis dire que ce n'était pas bon.
Je suis arrivée chez MPS, après une vague de licenciements, ce qui est très dangereux pour la cohésion d'équipe. Les collaborateurs ont alors tendance à se mettre un peu l'un contre l'autre. Le plus important avant de faire quoi que ce soit, c'est de créer une équipe stable et fiable qui partage la même vision que nous dans le but d'aller de l'avant.
Lors de ma formation chez IBM, il y avait au mur un panneau avec une phrase annotée :
« Et si c'était votre entreprise, que feriez-vous ? » Réfléchir comme un entrepreneur, et non pas comme celui qui veut calculer son bonus de fin d'année est pour moi une manière de travailler, une vision, et une façon de penser à laquelle chacun et chacune devrait s'accrocher pour un résultat meilleur.
Quelles bonnes pratiques et quelles erreurs avez-vous retenues de ces années à la tête de différentes structures ?
Je dirais qu'il faut toujours viser le top de la technologie, bien sûr avec les moyens et ressources dont on dispose. En faisant ça, les collaborateurs sont beaucoup plus motivés. Une petite anecdote que j'entends parfois venant de propriétaires d'entreprises concerne le fait qu'ils mettent souvent en avant avec fierté qu'ils ont encore telle ou telle machine datant de 1950 qui tourne encore. Mais il ne faut pas en être fier ! Parce que le concurrent, lui, il ne part pas d'une machine de 1950 bien rafistolée, il part avec une technologie plus avancée.
Situation au30.10.2020
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Une bonne décision qui nous a permis de vraiment croître a été de travailler avec le CSEM. Quand nous n'avions pas la technologie, cela nous a permis de faire une sacrée avancée. Le CSEM a des compétences que nous n'avons pas. Nous avons par exemple travaillé avec Creaholic pour certains domaines. Ces collaborations nous ont permis de faire des sauts quantiques et nous ont beaucoup appris. Ce travail commun avec des partenaires externes aurait peut-être pu se faire plus tôt.
Côté difficultés rencontrées, je pense à nouveau que c'est au niveau des ressources humaines qu'elles ont été le plus présentes. Quand quelqu'un ne fait pas l'affaire et casse la dynamique, il ne faut pas attendre avant de prendre des mesures, j'ai parfois peut-être été trop complaisante.
Quand je suis arrivée chez MPS, il y avait eu une pléthore de consultants qui avaient contribué à l'échec de la société avant. En arrivant dans l'entreprise, j'ai décidé de supprimer ce terme de consultant de notre portfolio, la transition aurait pu se faire plus doucement jusqu'à cette suppression, je pense avoir été trop vite sur ce sujet.
Récemment, les entreprises Monnier SA et Protocolor LCTI Sàrl ont intégré le groupe MPS, quel process mettez-vous en place dans ce cas de figure ?
L'onboarding est crucial, c'est lui qui va déterminer la direction du travail commun futur. Nous avons donc mis en place une équipe dédiée de chaque côté. Pour les trois entreprises, nous commençons par les faire venir ici dans nos locaux. Puis, je leur dis, ici, c'est comme une « shopping list », sous-entendez : nous possédons de nombreuses ressources que peut-être que vous n'avez pas. Elles sont à disposition. Puis, il est important de faire rencontrer les gens à des postes équivalents afin qu'ils puissent partager leurs méthodes de part et d'autre.
Un esprit commun se crée. Nous avons donc mis en place une plateforme de coordination déjà, puis une plateforme d'échange. Au niveau managérial, nous nous réunissons régulièrement dans le but de suivre les lignes stratégiques fixées.
À savoir que nous n'avons pas de stratégie d'acquisitions, nous en faisons seulement pour compléter notre portfolio.
Quel process mettez-vous en place pour assurer la transition de votre départ en douceur ?
N. Thibaudeau : Gilles arrivera dans les locaux de MPS dès le 1er septembre 2024. Je quitterai ma position au 1er janvier 2025, nous avons donc quatre mois pour nous préparer à ce changement de direction. L'objectif étant qu'il soit présent cinq jours semaine sur site durant ces mois de transition afin qu'il puisse rencontrer chaque membre de la direction et passer du temps dans chaque département pour vraiment avoir une idée des défis et des opportunités. Nous l'y préparons afin que dès son arrivée au mois de septembre, il ait connaissance du road book et qu'il s'organise pour rencontrer en parallèle fournisseurs et clients.
G. Robert : Cette transition sera pour moi l'occasion de rencontrer les gens, l'équipe, de bien les connaître, de savoir comment ils fonctionnent, qu'est-ce qu'ils aiment faire ou moins, quelle vision ils ont eux aussi de l'entreprise.
Pour terminer sur vous Madame Thibaudeau, quels sont vos projets pour la suite ?
Je ne prévois pas de quitter la branche sitôt la retraite officialisée. Je pense que je peux encore apporter mes conseils et mon accompagnement, je ferais donc des mandats en conseil stratégique, pas seulement pour MPS mais pour l'industrie en général. Je suis également investie dans plusieurs conseils d'administration et stratégiques, je serais donc bien occupée !
Monsieur Robert, vous serez donc nouveau CEO de MPS, pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours ?
J'ai commencé après mes études chez Sulzer, l'innovation technologique a toujours été ce que je recherchais et dans cette entreprise, j'y ai géré des projets dans le domaine des piles à combustible à oxyde solide. Nous étions alors près de 150 personnes impliquées sur ces sujets qui ne rapportaient à l'époque pas encore de chiffres d'affaires.
Je suis ensuite revenu dans l'Arc Jurassien, chez Metalor Technologies SA où j'y ai passé 13 ans. J'y étais en charge de l'innovation mais également de l'incubateur de technologies dans différents domaines et des fusions / acquisitions. Durant mon passage chez Metalor, je suis également resté 3 ans à Singapour.
J'ai ensuite évolué du côté du management chez Metalor notamment pour faire de l'intégration d'un rachat d'entreprise japonaise.
En revenant en Suisse, j'ai eu l'opportunité de reprendre Ceramaret qui était une PME d'environ 170 personnes (aujourd'hui nous sommes 350). J'étais habitué à évoluer dans des structures plus importantes jusqu'alors, cette opportunité de travailler dans une société plus locale, possédant le savoir-faire propre à cette région m'a séduit. J'y suis CEO depuis un peu plus de 7 ans.
Enfin, s'est présentée la proposition de reprendre MPS. Leur conseil d'administration a pensé à moi pour mon expérience internationale, ma connaissance du tissu local et ma personnalité. Je dois dire qu'il n'y aurait pas eu beaucoup d'autres entreprises auxquelles j'aurais pu penser pour arrêter Ceramaret ! J'apprécie le fonctionnement de MPS, qui est similaire en de nombreux points à celui de Ceramaret. Et plus que tout, j'aime les défis, apprendre de nouvelles choses, comprendre. Les marchés sont similaires, mais les produits différents. Et de ce point de vue-là, je me réjouis d'apprendre et de progresser.
Pour conclure, pouvez-vous nous partager ce que vous attendez de ces prochains mois et de ce défi pour l'avenir qui vous attends ?
G. Robert : Dans nos industries, la différenciation est complexe, elle est ce qui fait la valeur des produits et des solutions en apportant aux entreprises leur pérennité. Je viens avec une certaine humilité avec pour objectif de comprendre ce que Nicola a développé en 20 ans et la clé de son succès. Mon but est donc de trouver ces axes qui sont délicats puisque les produits sont très avancés et notre argument ne va pas être de communiquer que nous sommes les moins chers mais bien les meilleurs.
N. Thibaudeau : Ce que je souhaite pour la suite c'est qu'en revenant chez MPS en visite, je vois que la dynamique se poursuit. C'est une super boîte et je pense qu'il y a encore de nombreux potentiels, que Gilles pourra aller chercher. C'est le CEO qui pousse l'entreprise vers des chemins plus inconfortables et plus inconnus. Je me réjouis de voir la suite de MPS, et tout ce que je lui souhaite c'est que cela continue ! MSM