Sept questions fondamentales

| Rédacteur: Edouard Huguelet

(Image: Swissmem)
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>> L'appréciation du franc face au dollar et à l'euro, ainsi que la concurrence accrue venant de l'étranger pèsent de plus en plus lourdement sur nos activités d'exportation, notamment en ce qui concerne les secteurs de la machine-outil et outils de coupe. Interview simultanée de trois industriels suisses romands bien connus des lecteurs du MSM.

La rédaction du MSM a posé sept questions fondamentales concernant le secteur, en particulier concernant les conditions cadres, les rapports avec la recherche institutionnelle, etc. Il s'agit de deux responsables d'entreprises dans le secteur de la machines-outil et de l'outillage de coupe, à savoir MM. Rolf Muster (directeur de Schaublin Machines SA à Bévilard) et Jean-Marc Schouller (directeur d'Esco SA aux Geneveys-sur-Coffrane) et Marc Schuler (Dixi Polytool SA, Le Locle).

MSM: Quels sont à votre avis les points forts de notre industrie d'exportation?

Rolf Muster: Le «Swiss Made» reste un élément très fort à l'exportation: la Suisse est reconnue comme étant un pays sérieux et travailleur. En ce qui nous concerne, les autres éléments importants sont le degré de finition et la haute précision de nos produits. Je précise que les professionnels de la région ont la précision dans leurs gènes, ce qui se traduit d'ailleurs également par notre manière de vivre !

Jean-Marc Schouller: Les points forts de notre industrie d'exportation résident dans sa capacité à toujours innover et à présenter des produits qui assurent une performance et une rentabilité pour les clients, lesquels peuvent de la sorte se maintenir dans leurs positions de leaders. J'ajouterai encore la qualité des prestations de services et du conseil d'applications, qui sont particulièrement développés.

Marc Schuler: Les forces de notre industrie d'exportations sont nombreuses et en tous temps les entrepreneurs peuvent s'appuyer sur celles-ci. D'une manière générale, les entreprises suisses à vocation d'exportation sont hautement spécialisées et accentuent leur stratégie sur des niches à haute valeur ajoutée. Des réseaux d'entreprises proches géographiquement, essentiellement des PME, facilitent les échanges et la collaboration. Je citerai par exemple le réseau Medtech, le réseau microtechnique et les réseaux de marques et sous-traitants horlogers. Le label Swiss Made reste à ce jour garant de qualité reconnu dans de nombreux marchés. Notre système d'enseignement est très élevé, notamment au niveau des apprentissages, ce qui garantit un bon vivier de main-d'oeuvre et finalement, les conditions cadres offertes aux entreprises vont de pair avec une excellents stabilité politique.

MSM: Quel est votre domaine d'activité et comment vous positionnez-vous dans votre secteur d'activités?

Rolf Muster: Schaublin Machines développe et fabrique des tours de haute précision à commande CNC et conventionnels, ainsi que des centres d'usinage. Nous sommes donc dans le secteur de la machine-outil. Entre 65% et 70% de nos produits sont exportés.

Jean-Marc Schouller: Le domaine d'activités de la société Esco est celui de la machine-outil et plus particulièrement celui des machines de décolletage. Active depuis 60 ans, notre entreprise se consacre donc à la réalisation de machines de décolletage et à côté des grands constructeurs, nous sommes leaders dans la réalisation de machines spéciales et orientées vers des applications où la productivité, la vitesse d'usinage et la précision sont des éléments déterminants.

Marc Schuler: Sixi Polytool est une entreprise active dans le domaine de l'outil de coupe en carbure monobloc, alésoirs de précision et outils au diamant. Nous concentrons nos eforts sur les marchés de niche à haute valeur ajoutée, avec un point fort sur les micro-outils. Notre slogan est d'ailleurs: «petit, précis, Dixi». Nos marchés de référence sont l'horlogerie, la micromécanique, le médical et le décolletage. De base, nous proposons des solutions d'usinage. En somme, l'outil n'est que le vecteur d'une prestation de service technique complète.

MSM: Pouvez-vous décrire pour nos lecteurs vos produits et prestations les plus marquants?

Rolf Muster: Pour ce qui est des produits de Schaublin Machines, ce sont comme précisé auparavant des tours à commande manuelle ou CNC et des centres d'usinage CNC. L'une des caractéristiques les plus remarquables sur nos machines-outils, c'est la précision. En effet, la précision d'une machine-outil dépend de plusieurs facteurs. Un des principaux facteurs est la précision de la broche. Nous garantissons sur les broches de tous nos tours, qu'il s'agisse de machines conventionnelles ou CNC, un faux rond inférieur à 0,5 microns. Et lorsqu'on connaît la valeur d'un micron...

Jean-Marc Schouller: Les produits Escomatic s'appuient sur une solution technique particulière qui voit tourner les outils autour de la matière, en lieu et place de ce qui se produit habituellement, à savoir des barres de matière qui tournent et des outils fixes. Cette spécificité d'usinage assure une productivité supérieure aux système conventionnels. L'opportunité d'alimenter les machines avec de la matière en couronnes –redressée en amont de la cellule d'usinage– assure un travail en continu 24 heures sur 24 et durant les week-ends sans problèmes de rechargement. Les trois gammes de machines couvrent les plages de diamètres de 0,2 mm à 12 mm et vont du simple tournage à la reprise frontale, transversale ou arrière des pièces, avec jusqu'à 20 postes d'usinage. Dans les domaines d'application où des machines Escomatic sont installées, la productivité horaire peut être accrue entre 25% et 50% par rapport à des solutions traditionnelles.

Marc Schuler: Dans la mesure ou Dixi-Polytool cherche à entourer au maximum ses clients au niveau du conseil et de la solution d'usinage, la palette de produits est très large, qu'il s'agisse d'outils standards, spéciaux ou sur mesure. Dspuis de nombreuses années, nous sommes très actifs en matière de R+D. Ainsi, le pipeline de nouveautés à venir est alimenté en permanence. Au cours des deux dernières années, nous avons lancé des produits innovateurs: en 2010 notamment, une première mondiale, à savoir des micro-tarauds à refouler pour l'usinage de filets dans des matériaux tels que les titanes et les inox dès la nuance SO.6, ce qui en Suisse a constitué une véritable révolutions dans le marché des composants horlogers. Depuis juin 2011, nous disposons également d'outils tourbillonneurs-perceurs: avec un seul et même outil nous pouvons réaliser trois opérations: perçage, chanfreinage et filetage.

MSM: que pensez-vous des associations professionnelles, telles que (par exemple) Swissmem, Swissmechanic, GIM-CH, etc?

Rolf Muster: J'estime que les institutions faîtières se justifient. Il serait néanmoins de bon aloi que nos régions, de par notre mentalité, soient plus écoutées et surtout mieux comprises. Swissmem est très bien organisé et possède certes à Zurich d'excellents collaborateurs. En revanche, son antenne de Suisse romande est plutôt discrète: elle n'est pas suffisamment étoffée et manque de visibilité. Une infrastructure mieux conçue et mieux adaptée devrait être mise en place sur place en Suisse romande, notamment en tenant compte des points forts de l'industrie de Suisse occidentale, sans quoi Swissmem risque d'avoir sa crédibilité égratignée au niveau régional ou même de perdre des membres en Suisse romande.

Jean-Marc Schouller: Notre entreprise est membre de plusieurs associations, parmi lesquelles Swissmem et l'AFDT. L'adhésion à Swissmem nous semble naturelle au vu de notre position dans le domaine des machines-outils et du fait que nos activités sont largement orientées vers l'exportation. Cette adhésion nous fait bénéficier d'un soutien tant sur le plan international (participation aux expositions par exemple) que sur le plan de la gestion journalière de nos activités, et cela grâce à l'aide et aux conseils qui peuvent être recherchés à son siège. Au même titre que d'autres constructeurs, nous sommes affiliés à l'AFDT (Association des Fabricants de Décolletage et de Taillage). En effet, la défense des intérêts de la branche coïncident entièrement avec les nôtres.

Marc Schuler: Pour nous, Swissmem est une organisation faîtière importante, chargée de défendre les intérêts de l'industrie MEM suisse auprès des autorités, des instituts financiers et de la presse. A titre particulier, je précise que Swissmem, plus particulièrement le sous-groupe «outils de coupe», permet, en tout cas en ce qui concerne Dixi, un réseautage important avec des concurrents et confrères internationaux. Des rencontres régulières permettent des échanges fructueux et nous organisons par exemple des manifestations communes, ce qui est le cas des «Séminaires d'usinage par enlèvement de copeaux» qui se tiennent régulièrement en Suisse alémanique et en Suisse romande.

MSM: Quelle est votre opinion personnelle sur les aides de la Confédération à l'exportation, ainsi que sur l'aide fédérale à la recherche et au développement?

Rolf Muster: Cette question est très utile. La Confédération pourrait nous aider de manière beaucoup plus significative, comme elle le faisait par le passé. Par exemple, plusieurs projets de formation étaient à l'époque financés par la Confédération et mis en place par Swissmechanic dans plusieurs pays étrangers, notamment en Indonésie, au Brésil, etc. Dans ces écoles, vous trouvez encore à ce jour nombre de machines-outils suisses. Avec l'arrêt de ces investissements de la part de la Confédération, d'autre pays européens, plus avisés, ont pris la relève. Ce qui est dommage pour l'image de marque de nos produits d'exportation et dommageable pour nos exportations. En effet, l'apprenti ou l'étudiant qui a appris son métier sur une machine-outil suisse en conservera un souvenir impérissable. Et qui sait, l'apprenti d'aujourd'hui peut devenir le décideur de demain...

Jean-Marc Schouller: Nous avons pu bénéficier de l'aide de la Confédération à la recherche et au développement au cours de projets CTI, en particulier avec l'EPFL. Nous avons trouvé cette aide adaptée à nos besoins et souhaitons que ce genre d'aides sera maintenu, voire même étendu pour encore mieux favoriser les couplages industrie/Hautes Ecoles.

MSM: Quels sont vos rapports avec les Hautes Ecole et les Ecoles d'ingénieurs?

Rolf Muster: Nous entretenons d'excellents rapports avec les Hautes Ecoles. Nous participons actuellement à un projet CTI avec l'ETH de Zurich. Nous investissons des montants importants dans la formation en mettant toujours des machines manuelles ou high-tech à disposition des HES.

Jean-Marc Schouller: Soit à travers les projets CTI, ou dans le cadre de collaborations actives ou intégrées dans de nouveaux développements.

Marc Schuler: Depuis de nombreuses années, nous entretenons d'excellents rapports avec les centres de recherches des Hautes Ecoles et des Ecoles d'Ingénieurs. Il n'est d'ailleurs pas rare que des étudiants réalisent des travaux de diplôme en nos locaux. Pour Dixi Polytool, il est essentiel de soutenir la formation professionnelle tout en pouvant également bénéficier des dernières avancées technologiques, connaissances ou matériels disponibles dans ces écoles: les échanges sont stimulants pour les deux parties. Néanmoins, nous ne nous limitons pas à de tels contacts en Suisse. Nous entretenons également d'excellentes relations avec des instituts sis à l'étranger. Par exemple, en matière de mécanique, diverses Hautes Ecoles ou Universités allemandes disposent d'un savoir faire exceptionnel.

MSM: Comment envisagez-vous l'évolution des affaires dans votre secteur d'activité?

Rolf Muster: La marche des affaires dans le secteur de la machine-outil reste ou restera une industrie que je qualifierais de cyclique, vu qu'il s'agit de produits d'investissement. Même le fait de présenter de nouveaux produits ne résout pas le problème en cas de crise. Par contre, il est nécessaire de développer régulièrement de nouveaux produits, sans quoi vous trouverez les problèmes au coin de la rue! Actuellement, et malgré les problèmes liés au dollar US et à l'euro, nous sentons une bonne reprise. Je constate toutefois que nos marchés se sont quelque peu déplacés en dehors de la zone euro qui constituait jusqu'alors notre marché traditionnel. Quant au futur concernant les développements, la machine-outil se dirige, en tout cas dans le marché de niche qui nous concerne, lentement mais sûrement en direction du Nano et de l'automatisation poussée. Lorsqu'on parle de Nano, n'oublions pas une chose: il y a des limites à tout. Si vous prenez l'exemple du sprinter sur le 100 mètres, vous n'aurais jamais un athlète qui sera capable de placer un record à 5 secondes pour cette distance!

Jean-Marc Schouller: La branche des machines-outils est en pleine évolution, tant au niveau de ses flux internationaux que des développements techniques et des attentes des utilisateurs en matière de solutions de plus en plus spécialisées. Le secteur du décolletage est loin d'avoir dit son dernier mot. Au contraire, il nous ouvres d'intéressantes perspectives en tant que constructeur orienté vers des applications spéciales lorsque les solutions techniques standard ne répondent pas assez aux impératifs de productivité.

Marc Schuler: Après une année 2009 noire pour toute l’industrie de la mécanique, 2010 s’est finalement avérée être une bonne cuvée. Je dirais que la reprise a été beaucoup plus rapide que ce qui était attendu. Pour Dixi Polytool, la marche des affaires a été bonne dès avril 2010. Depuis septembre 2010, l’on peut même considérer que la situation est devenue excellente. Tout semble indiquer à ce jour que 2011 sera une année record pour notre société. Les résultats de vente sont tout particulièrement réjouissants en Suisse, en France et en Italie. Avoir une vision à plus long terme est par contre très délicat. En effet, une nouvelle chute de l’euro ou du dollar (ce qui est loin d’être impossible) pourrait péjorer la bonne conjoncture actuelle. Le niveau d’endettement de bon nombre d’Etats occidentaux est également très préoccupant. Cela risque fort de peser lourd dans la croissance future de ces pays et de l’économie mondiale en général. Un jour, ces déficits chroniques et structurels, il s’agira bien de commencer à les combler et l’on sait bien qu’il n’y aura pas 36 solutions. Quelle que soit la solution adoptée par nos dirigeants, la facture sociale risque d’être lourde à porter… <<

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