Pas de candidats pour ce dernier concours de chronométrie 2019, où faut-il en chercher la raison ? Les montres mécaniques n'ont-elles plus besoin de précision !

Pourquoi chercher encore la précision ?

| Auteur / Rédacteur: Jean-René Gonthier, rédacteur en chef / Jean-René Gonthier

La précision en question : A-t-elle encore un poids prépondérant en horlogerie mécanique?
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La précision en question : A-t-elle encore un poids prépondérant en horlogerie mécanique? (Source : P.-W. Henry)

La «caste des horlogers» s’est réunie sur les hauts de Neuchâtel, au MIH Musée international d’horlogerie, haut lieu de l’époque glorieuse de l’horlogerie de grand papa. C’était un 16 décembre 2019. Vu l’évolution du climat, les rues de la Chaux-de-Fonds étaient largement dépourvues de neige.

La raison de cette grande soirée, où tout le gratin de l'horlogerie se devait d’être présent, était de savoir pourquoi le très célèbre concours international de chronométrie n’intéresse plus vraiment les fabricants de montre. C’est en tout cas de cette façon qu’il aurait fallu débuter cette soirée. Une cérémonie qui aurait dû encenser les lauréats et gagnants de ce concours. Mais au lieu de cela c’est la «précision horlogère» qui est revenu au centre des conférences et débats. C’est véritablement là, semble-t-il le fond du problème de l’horlogerie mécanique.

Le programme de la soirée était riche notamment par la large diversité des interventions, la présence d'un duo de danseurs dont les figures rappelaient le temps cadencé et évidemment l'improbable présence de Thomas Wiesel, qui par sa dérision a permis d'asséner quelques vérités bien vues et très exactes :

  • Gaetano Mileti, Professeur à l’université de Neuchâtel
  • Ilan Vardi, chercheur à l’EPFL
  • Régis Huguenin-Dumittan, conservateur du MIH
  • Alain Spinedi, CEO de Louis Erard
  • Sébastien Jeanneret CEO d'Atokalpa
  • Nicolas Wiederrecht, à la direction d'Agenhor SA
  • Jean-Daniel Dubois, Ingénieur conseil
  • Vincent Daveau, journaliste et horloger
  • Thomas Baillod, consultant indépendant
  • et pour clore en beauté : Thomas Wiesel, humoriste

Au vu des débats menés d'une part par son président Philippe Fischer et Joël A. Grandjean, éditeur du magazine JSH (Journal Suisse d’Horlogerie), il semblerait que la précision intrinsèque ne soit plus un critère décisionnel d’achat pour faire la distinction entre deux montres. Il est bien loin le temps ou les gardes temps des marins devait rivaliser en précision et en stabilité pour assurer un positionnement géographique précis. Désormais c’est le quartz et toutes les amélioration électronique qui surpassent nettement la montre mécanique en précision et permettent de nous guider jour après jours grâce au GPS. Un système qui soit dit en passant est devenu très précis grâce aux horloges atomiques embarquées sur les satellite et garantissent par là une triangulation précise et par voie de conséquence sont devenus nos guides du quotidien pour assurer des coordonnées géographiques précises indépendamment du lieu visité.

Pourquoi et selon quels critères choisir...

De nombreux orateurs ont défilés durant cette soirée mémorable du 16 décembre 2019. Les participants invités et autres personnalités du monde horloger présent ont rapidement compris qu’un acheteur de montre d’aujourd’hui ne choisit pas d’acquérir un modèle mécanique pour sa précision mais pour biens d’autres raisons, en voici quelques-unes :

  • Etre pris au sérieux, soit définir un statut social par le choix d’une montre forcément connue ayant une renommée et faisant office de référence
  • Porter un objet unique (ou rare)
  • Pour le simple plaisir de l’œil
  • Devenir le porteur de symboles et d’émotion
  • Quelque chose pour se souvenir de nous, faisant office de patrimoine, un objet concret et bien palpable pouvant aisément être transmis à sa descendance.

Est-il néanmoins possible que la précision d'une montre mécanique reste un atout ou tout au moins un critère déterminant pour que cela motive un investissement important, soit l'achat d'une légende horlogère à porter au poignet ? La réponse n'est pas simple et il semble que cela soit également influencé par les habitudes culturelles. Un chinois, un américain ou un européen ne choisira pas sa montre selon les mêmes paramètres, c'est évident !

Il semble que cette problématique soit générale, ce n'est pas par hasard que la Société Suisse de Chronologie aie choisi le thème «l'horlogerie centrée client» pour sa prochaine Journée d'étude!

L'horlogerie est-elle
centrée sur le client ?

L'horlogerie est-elle centrée sur les besoins du client ?

L'horlogerie est-elle centrée sur le client ?

05/04/19 - Ceci est un appel à conférenciers émanant de la Société Suisse de chronométrie... En effet, la prochaine Journée d'étude 2020 aura pour thème «l'horlogerie centrée client». lire...

Concours de chronométrie 2019

Plutôt que d'accuser le coup et de montrer au monde que les horlogers suisses traditionnels n'ont plus le cran de comparer la précision de leurs montres, le comité du concours international de chronométrie a décidé d'en faire un événement spécial. Celui-ci avait pour titre « Réflexions autour de la précision » et s'est déroulé le 16 décembre 2019 au MIH de La Chaux-de-Fonds. C'était aussi l'occasion de faire une édition spéciale du magazine JSH réalisé par l'excellent journaliste Joel A. Grandjean. Ce hors-série est d'ailleurs disponible en téléchargement gratuit sur

issuu.com/tagpress41

L'organisation du concours est très représentative de l'ensemble des acteurs de la branche horlogère, voici ses membres :

  • M. Philippe Fischer, Président, FSRM, Neuchâtel
  • M. Pierre-André Farine, Vice-Président, EPFL, Neuchâtel
  • M. François Aubert, Musée d'horlogerie du Locle, Le Locle
  • M. Julien Bergna, Fondation Timelab, Genève
  • M. Joël Grandjean, JSH, Genève
  • M. Gilles Greub, Haute Ecole Arc, Le Locle
  • M. Pascal Landwerlin, CIFOM, Le Locle
  • M. Pascal Ricci, Vacheron & Constantin, Le
    Sentier
  • Mme Begogña Rodriguez, Pôle horloger, Le
    Locle
  • M. Yvan Terés, Laboratoires Dubois, La Chaux-de-Fonds
  • M. Didier Vaucher, Audemars-Piguet, Le Brassus
  • M. Andreas Wyss, COSC, La Chaux-de-Fonds

Le poignet, un endroit stratégique du corps humain

Il semble évident que l’horlogerie suisse ou de façon plus générale l’horlogerie traditionnelle mécanique a besoin de se secouer, de reprendre conscience de la réalité du monde qui évolue afin de ne pas continuer à produire uniquement pour les collectionneurs de demain. Quelles pourraient être les raisons poussant un acheteur potentiel à faire le pas pour se munir à son poignet d’une montre connectée... Que peut-on en tirer concrètement ?

  • Affichage de l’heure et de la date
  • Le nombre de pas quotidien
  • Le nombre de calories brûlées
  • La distance parcourue
  • Permet de passer moins de temps sur son téléphone mais de contempler plus longuement son poignet gauche
  • Le suivi du rythme cardiaque et accessoirement éviter une mort prématurée en cas de malaise!

Rappelez vous de l'avènement de la Smart Watch d'Apple ! Pourquoi les horlogers ou plutôt les fabricants de montres mécaniques doivent repenser leurs modèles économiques afin que l’art de la mesure du temps mécanique reste présente également en Suisse. « Réveillez-vous messieurs les horlogers », un cri du cœur poussé par Xavier Comtesse en 2014 à l’apparition de la Smart Watch d’Apple. Un cri qui faisait écho à celui de l’horloger Jacques David.

Est-il encore possible que l'horlogerie suisse puisse être présente dans le secteur d'entrée de gamme ?

Xavier Comtesse*, mathématicien et blogueur bien connu confie ceci : «Avec environ 20 millions de montres fabriquées en 2019, l'horlogerie suisse a connu sa moins bonne année depuis des lustres. En 2000, elle en produisait encore près de 30 millions... mais depuis, c'est une lente érosion qui vient de s'accélérer dramatiquement.

En novembre 2019 le nombre de pièces totales fabriquées a continué de fondre : - 355'000 pièces (selon les statistiques de la Fédération horlogère suisse, fhs.ch). En cause, les montres connectées et la crise démocratique de Hong Kong, qui en était le principal débouché. Bref, avec près de 3 millions de montres fabriquées en moins, 2019 marque un tournant : La Suisse a perdu la guerre de l'entrée de gamme. Mais dans les montagnes, la baisse de la production va entraîner des difficultés économiques ...et donc moins de travail. Il faut repenser complètement cette industrie qui désormais repose quasiment exclusivement sur le luxe. Car Produire et Vendre pour toutes les gammes de prix, ce n'est pas la même chose que de se concentrer sur le luxe ! Il faut se faire une raison, la montre bon marché c'est fini... les années glorieuses de la SWATCH sont derrière nous!» Source de cette citation : xcomtesse.blog.tdg.ch

Projections horlogères, vers demain...

Restons sur une touche positive et espérons que l'horlogerie suisse persistera dans sa quête de bienfacture et de précision et ceci malgré les avantages indéniables des montres connectées. Ces smartwatches ne peuvent pas encore être rechargée d'un coup de poignet mais qui sait peut être que le CSEM a déjà une solution à proposer à cette problématique ! MSM

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