Interview d'une personnalité de l'industrie - Daniel Streit, CEO de Capsa SA

Nouveau souffle pour le géant de la miniature

| Auteur / Rédacteur: Propos recueillis par Gilles Bordet, rédacteur MSM / Gilles Bordet

MSM : Quel type de clientèle fait appel à vos services ?

Daniel Streit : Nos principaux clients sont les marques horlogères, les fabricants de boîtes de montres, de bracelets et fermoirs ainsi que les producteurs de mouvements mécaniques. Nous travaillons quasiment pour toutes les marques horlogères suisses. Nous saisissons quotidiennement en moyenne 120 lignes de commandes provenant de nos quelques 800 clients.

MSM : Que pensez-vous du concept « Industrie 4.0 » ?

Daniel Streit : C'est un thème que nous utilisons peu en interne. Nous travaillons sur nos processus depuis des années au travers de différents projets que nous nommons Projet LEAN.

Les axes principaux sont les suivants :

  • 5S pour la gestion de l’équipement, l’ordre et la propreté des places de travail
  • Le MES (manufacturing executive system) pour l’analyse des ateliers en temps réel et l’amélioration du TRS
  • L’Ordonnancement graphique et le SMED pour réduire les temps de passage et maîtriser les délais
  • Système Kanban informatisé pour le suivi des priorités (polissage, contrôle…)
  • AQPF Assurance Qualité des Produits Fabriqués (autocontrôle en cours de production, SPC)
  • Analyse des performances, tableaux de bord multi-niveaux
  • Management visuel

MSM : Vous disposez d’un très impressionnant parc de machines dont un nombre important de décolleteuses conventionnelles Tornos et Esco. Ces machines restent-elles toujours supérieures à leur équivalent moderne ?

Daniel Streit : Dans notre domaine d’activité les machines conventionnelles à cames sont encore utilisées notamment pour la production de composants relativement simples et à faible valeur ajoutée. Sur ce type de produits il est indispensable d’être concurrentiel et la différenciation se fait sur des modifications spécifiques de machines à came standard. Évidemment les machines CNC permettent de produire des composants complexes et très précis avec une bien meilleure flexibilité.

MSM : Gérer autant de machines ne doit pas être facile tous les jours. Avez-vous mis en place un système informatique de gestion de vos machines et de votre production ?

Daniel Streit : Oui bien entendu nous avons rapidement compris que pour une gestion efficace de notre parc machines nous aurions besoin d'outils fiables et automatisés.

Afin de répondre aux besoins du marché, nous devons continuellement rechercher des solutions d’optimisation. La communication entre les moyens de production et l’ERP reste difficile car leurs objectifs, leurs bases de temps, leurs utilisateurs et leurs technologies diffèrent. L’ERP fonctionne sur une base de temps transactionnelle alors que les moyens de production sont régis par un transfert de données en temps réel. C’est la raison pour laquelle nous avons développé le concept M.E.S. Il assure le lien entre les moyens de production et l’ERP en englobant toutes les informations liées à la production. Les analyses en temps réel deviennent possibles et nous pouvons anticiper les éventuels écarts de production par rapport à la planification initiale. Dès les premières pièces produites le système analyse la cadence et tient compte des aléas planifiés pour calculer un délai final fiable qui tient compte des paramètres réels de production.

Le M.E.S est alimenté dès le départ par les ordres de fabrications issus de l’ERP. Ensuite, il détermine les séquences d’opérations à réaliser et transmet des instructions de fabrication ou des consignes.

Dans le but d’analyser et de maîtriser nos prix de revient, notre qualité et nos délais, le M.E.S récupère les données de ce qui a été fabriqué, les conditions de fabrication, les temps de passages et de cycles, les contrôles réalisés, les arrêts de production et la maintenance. Ainsi, la performance des ateliers est mesurée au travers d’un indicateur global appelé « TRS » (taux de rendement synthétique).

Ces éléments décisionnels sont essentiels pour piloter un site de production moderne et dynamique dans la mesure où nous devons garantir une réactivité constante et une communication précise à nos clients.

MSM : Avez-vous pu intégrer les anciennes générations de machines à ce système sans difficultés ?

Daniel Streit : Nous y travaillons. A ce jour, seule une partie des machines à cames sont équipées de système de récupération des temps de production automatisés. Par contre, tout comme sur les postes CNC équipés de M.E.S, les décolleteurs disposent d'un écran avec toutes les informations utiles et nécessaires pour la réalisation de leur travail.

MSM : Remplacer du personnel par des robots pour rester concurrentiel est-ce là la seule solution pour permettre aux entreprises suisses de continuer à produire ici ?

Daniel Streit : Nous aurons toujours besoin d’autant de collaborateurs par contre si nous voulons assurer notre pérennité nous ne pouvons pas simplement continuer dans une idéologie de production basée sur le savoir-faire traditionnel. L’horlogerie suisse a cette réputation pourtant il est indispensable de toujours continuer à trouver des solutions afin d’améliorer notre efficience. Notre département méthodes et industrialisation est en charge de gérer les améliorations à moyen et long terme, nous avons déjà développé et construit plus de 25 automates d’assemblage. De plus sur les 2 dernières années nous avons modifié et remis en parfait état de fonctionnement plus de 50 décolleteuses à cames. Nous continuons nos investissements dans cette direction et effectivement nous avons besoin de personnel de plus en plus compétent.

MSM : Les productions suisses incarnent depuis toujours précision et qualité. Actuellement nos concurrents européens font presque aussi bien pour moins cher, dans ces conditions quels sont les atouts que nous pouvons encore mettre en avant ?

Daniel Streit : Nous travaillons essentiellement pour l’horlogerie suisse et mise à part quelques composants spécifiques nos concurrents sont plutôt locaux. Nous n’avons donc que très peu d’expérience avec la concurrence européenne. Mais d’un point de vue général nous sommes contraints de trouver des solutions innovantes afin de garder une longueur d’avance.

MSM : Comment voyez-vous l’avenir de la place industrielle en Suisse et de manière générale dans les pays fortement développés ?

Daniel Streit : Le maintien de la place industrielle en Suisse est lié à notre capacité d’innover et de se positionner au sommet de la technologie. Non seulement nos coûts liés aux ressources humaines sont bien plus élevés mais nous devons d’une part, impérativement dégager une certaine marge nous permettant d’investir dans de l’équipement à la pointe de la technologie et d’autre part améliorer et innover sans cesse. Si ces investissements ne peuvent plus être consentis alors la place industrielle suisse risque de perdre des parts de marché importantes à moyen terme.

MSM : Que diriez-vous à une entreprise qui travaille avec une société concurrente pour la convaincre de changer pour Capsa SA ?

Daniel Streit : Depuis 1951, ce sont la passion et la qualité de ses produits qui font de Capsa une entreprise en constant développement. Avec nos 180 collaborateurs, disposant d’un parc comprenant plus de 400 machines composé de décolleteuses, centres d’usinages, machines de reprise et d’assemblage, nous offrons un riche éventail de produits et un large potentiel de production.

Notre gestion moderne et efficace garantie l’application intégrale des consignes requises par nos clients et assure l’exclusivité et la confidentialité des dossiers confiés pour la production ou pour l’assistance en développement technique. MSM

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