Interview d'une personnalité de l'industrie - Daniel Streit, CEO de Capsa SA

Nouveau souffle pour le géant de la miniature

| Auteur / Rédacteur: Propos recueillis par Gilles Bordet, rédacteur MSM / Gilles Bordet

L'atelier de décolletage est équipé du système M.E.S développé par Capsa pour une gestion fiable de son parc de machines.
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L'atelier de décolletage est équipé du système M.E.S développé par Capsa pour une gestion fiable de son parc de machines. (Source : ROBIN NYFELER)

La Société anonyme Camille Piquerez a été fondée à Bassecourt, dans le Jura en 1935. Elle fabriquait alors des bicyclettes de marque Jurassia, puis Stella. A partir de 1951 l'entreprise s'implanta à La Neuveville et se lança dans la fabrication de composants horlogers.

Depuis cette époque Capsa n'a cessé de croître et compte aujourd'hui parmi les plus importants sous-traitants de composants horlogers du pays. En septembre de cette année l'entreprise a inauguré son nouveau site de production toujours à la Neuveville. Poursuite logique d'une politique de développement à long terme, elle dispose désormais de près de 11'000 m2 entièrement dédiés à la production. Principal moteur de cette évolution, Daniel Streit, CEO, partage sa vision d'un développement continu qui marie nouvelle et ancienne technologie, durabilité et étique.

MSM : Quelle est votre formation et votre parcours professionnel ?

Daniel Streit : Formation de base technique, diplôme de maîtrise fédérale en mécanique complétée par une formation en management avec l’obtention d’un diplôme Executive Master (MBA) en gestion.

J’ai débuté ma carrière professionnelle au Locle chez Dixi Machines SA, engagé initialement au département service après-vente en qualité de conseiller pour les clients. A partir de 1990 j’ai accédé au poste de responsable qualité chez Dixi Micromécanique SA, année où nous avons obtenu la certification ISO 9001, et finalement sous-directeur de Dixi Microtechnique Le Locle et administrateur de Dixi-Frésard Microtechnique à Besançon dès 1994.

MSM : Comment êtes-vous arrivez au poste de CEO de Capsa SA ?

Daniel Streit : En 1998 je suis engagé chez Capsa en qualité de Directeur, puis en 2004 avec la création de Capsa Holding je suis devenu actionnaire minoritaire et ensuite en 2008 j’ai acquis la majorité du capital-actions et suis devenu le président de la société.

Je tiens aussi à préciser que la transmission de l’entreprise jusqu’en 2008 s’est faite dans d’excellentes conditions, et j’entretiens d’ailleurs encore des contacts très réguliers avec Monsieur Camillo Piquerez, l'ancien Président.

MSM : Combien de collaborateurs compte votre entreprise actuellement et quels sont les corps de métiers les plus représentés ?

Daniel Streit : Actuellement nous employons 175 collaborateurs, principalement des décolleteurs, des micro-mécaniciens, des opérateurs de production, des polisseurs, mais également des techniciens en méthodes et industrialisation et bien entendu tous les autres métiers liés aux fonctions de support et au fonctionnement administratif.

MSM : En 2014 votre entreprise a obtenu la certification RJC (Responsible Jewellery Council) et l’Opale en 2017. Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur ces sujets et quelles sont les raisons qui vous ont motivé à entreprendre ces démarches ?

Daniel Streit : Nous connaissons relativement bien ces systèmes de management puisque nous avons été certifiés ISO 9001 pendant plus de 10 ans, respectivement ISO 13485. La certification RJC traite des aspects liés à l’éthique, l’environnement, les droits humains et sociaux et plus particulièrement ceux liés à la gestion des matières précieuses.

La qualité de nos composants, le respect des délais de livraison et les prix ne sont quasiment plus négociables, pour nous démarquer de nos concurrents nous proposons nos services dans plusieurs domaines dans l’objectif de simplifier la vie à nos clients. Nos clients prestigieux sont de fait exposés aux médias, un problème majeur chez un fournisseur pourrait nuire à leur image. La certification RJC atteste que tout a été mis en œuvre, par des processus, de la formation, des contrôles et audits, pour assurer la totale traçabilité des matières précieuses tout en garantissant les aspects sociaux, environnementaux et bien entendu de sécurité pour nos collaborateurs.

L’obtention du certificat Opale n’est due qu’à une décision stratégique. Voyant les difficultés financières des entreprises suisses gérant les centrales hydroélectriques face à la concurrence étrangère utilisant même des centrales au charbon, nous avons décidé de les soutenir en nous approvisionnant à 100% en électricité d’origine hydraulique suisse. Par contre nous achetons de la moyenne tension que nous transformons dans notre propre station.

MSM : Quelle est votre politique en matière de formation des apprentis et de formation continue au sein de votre entreprise ?

Daniel Streit : La formation continue de nos collaborateurs ainsi que la formation d’apprentis sont au centre de nos préoccupations. Nous formons des mécaniciens de production sur une durée de 3 ans et également des micro-mécaniciens sur 4 ans. Nous engageons chaque année 2 à 3 apprentis, ce qui est bien supérieur au nombre de collaborateurs qui atteignent l’âge de la retraite.

MSM : Est-il encore possible de trouver suffisamment de personnes qualifiées sur le marché suisse ?

Daniel Streit : Dans notre secteur d’activité je dirais que la situation s’est améliorée sur les 10 dernières années, une certaine prise de conscience a eu lieu et la majorité des entreprises participent activement à l’effort de formation. Hélas, certaines grandes entreprises de la région ne forment toujours pas d’apprentis et attirent nos jeunes diplômés uniquement sur la base de la surenchère salariale.

MSM : Vous venez d’inaugurer un nouveau site de production malgré une conjoncture difficile. Votre entreprise ne connait-elle pas la crise ?

Daniel Streit : Le but de cet important investissement était de pouvoir réunir sur un même site toutes les activités de l’entreprise.

Ce nouveau bâtiment de production nous a donc permis d’envisager ce regroupement. Nous n’avons pas simplement déménagé les 2 sites délocalisés dans ce nouveau bâtiment mais nous avons analysé l’ensemble des flux de matières, de composants et d’informations, dans le but d’améliorer globalement l’efficience.

La structure de l’entreprise, anciennement par site, a été réorganisée en une seule entité. Un certain nombre d’ateliers et de services ont donc été fusionnés, par exemple : la production, le contrôle qualité, les achats, le polissage ainsi que les méthodes et la planification.

L’implantation optimale a donc été basée et décidée selon nos 2 objectifs principaux :

  • 1. La mise en place d’une structure unique, donc des ateliers et services plus importants
  • 2. L’amélioration des flux de matières, composants et informations

Durant notre fermeture estivale fin juillet à début août, nous avons déménagé plus de 250 machines auxquelles il faut ajouter tout l’équipement, établis, layettes, outillages, etc..

Vous le savez, depuis 2012 le marché horloger suisse a subi de grands changements et malgré une certaine incertitude nous sommes heureux d’avoir été en mesure de réaliser ce projet selon le planning initial.

Ces investissements et cette réorganisation ont été effectués dans le seul but d’améliorer notre efficience afin de consolider notre position sur un marché de plus en plus concurrentiel.

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