Des alternatives aux plastiques classiques

Matières synthétiques : vers un changement de paradigme

| Auteur / Rédacteur: Philippe Morel, rédacteur indépendant / Gilles Bordet

Formation de la structure peptidique de la kératine.
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Formation de la structure peptidique de la kératine. (Source : Swiss Plastics Cluster)

Le Plastics Innovation Competence Center de Fribourg participe à deux projets européens visant à mieux connaître les chaînes de valeur afin de réfléchir à de nouveaux marchés pour les producteurs de matières premières et d’en diversifier les sources pour leurs utilisateurs et leurs transformateurs.

Une première étape en vue d’une indispensable révision du modèle économique de la plasturgie.

Les déchets jonchant plages et océans ainsi que la dépendance au pétrole nuisent considérablement à l’image du plastique. Pour Rudolf Koopmans, directeur du Plastics Innovation Competence Center (PICC) de Fribourg, ces deux réalités ne sont pourtant pas une fatalité. Il est selon lui possible, mais surtout indispensable, de faire évoluer les choses vers une durabilité accrue, mais au prix d’un changement de paradigme et d’une évolution des mentalités.

« Depuis que j’ai passé mon doctorat, explique le chercheur, le monde du plastique se résume peu ou prou à six matières : PE,PP, PS, PVC, PU, PET. Les mentalités en sont prisonnières. Pour des questions de rentabilité, les dépenses R&D diminuent de plus en plus. Du coup les entreprises se concentrent sur ce qu’elles savent déjà faire et cherchent simplement à améliorer encore un peu plus des produits très aboutis mais ne cherchent que trop rarement à regarder leur problème avec des yeux neufs. Et, généralement, les problèmes ne sont pas traités en réfléchissant aux conséquences – origine des matières problèmes, recyclage, élimination, etc. - des solutions retenues pour les résoudre. Les différents acteurs de la plasturgie tendent donc à rester figés au sein d’une chaîne de valeurs, le long de laquelle les problèmes se propagent comme une onde vers le consommateur final qui n’est plus à même de comprendre. » Rudolf Koopmans illustre cette problématique en posant six gobelets de plastique sur la table. Six matières différentes pour un usage identique. L’une d’elles est biodégradable, une autre recyclable. Comment faire pour que le consommateur puisse s’y retrouver et faire simplement le bon geste au moment du choix et de l’élimination ? « Ce choix de matière est-il indispensable ? », questionne-t-il. Selon lui, il est indispensable de repenser intégralement le modèle de l’industrie plastique : « Ce modèle date de la fin des années 1940, il n’est plus adapté aux réalités contemporaines ! », poursuit-il.

De la parole aux actes

Réfléchir à un nouveau modèle est au cœur des activités du PICC. L’un de ses mots d’ordre est la simplification. Et Rudolf Koopmans de prendre l’exemple d’un distributeur de pastilles : « On peut déjà travailler à réduire la quantité de matière totale. Mais cet objet est composé de deux matières, ce qui constitue une difficulté supplémentaire lors de son recyclage, car il faudrait le démonter. De ce point de vue il serait plus simple que ces deux éléments soient constitués de la même matière. »

Une autre piste réside dans le développement de nouveaux polymères d’origine naturelle et renouvelables se basant sur des protéines ou des peptides. « Prenons l’exemple du lait et de ses protéines, explique Rudy Koopmans. Les producteurs de lait se trouvent aujourd’hui dans une situation économique qui ne leur permet plus de vivre de leur production. Pourquoi ne pas réfléchir à d’autres débouchés et voir le lait comme une matière première et travailler sur des applications technologiques des protéines du lait ? Non seulement les agriculteurs pourraient ainsi diversifier leurs acheteurs, mais l’industrie des matières synthétiques réduirait sa dépendance au pétrole tout en proposant des produits durables faciles à intégrer dans une économie circulaire !».

Deux projets de recherche

Cet exemple du lait est la parfaite illustration des projets de recherche européens TRANSALP et AlpLinkBioEco auxquels participe le PICC. Le premier consiste à identifier, au sein de l’espace alpin, les différentes chaînes de valeur du domaine phytopharmacologique et d’en caractériser les acteurs, de l’agriculteur à l’industrie chimique, avant de les mettre en lien en vue de nouvelles chaînes de valeur lorsque des connexions s’avèrent possibles. Ce projet ARPAF (EUSALP) regroupe cinq partenaires de l’espace alpin et est financé à hauteur de 270'000 Euros par le Land de Salzbourg.

Le second, un projet Interreg VB dont le PICC est le leader, se nomme AlpLinkBioEco et vise à identifier, aux niveaux régional et inter-régional, de nouvelles chaînes de valeur et de les tester dans les quatre domaines d’activité que sont l’industrie du bois, l’emballage pharmaceutique, les produits agricoles et les produits chimiques. Ce projet, d’une durée de 36 mois, regroupant 14 partenaires de l’Arc Alpin, d’un budget total de 2,3 M€ est financé par l’Union européenne à hauteur de 1.73 M€ (ERDF). Le Canton de Fribourg le soutient également au travers de la Nouvelle Politique Régionale, tout comme la Haute école d’ingénierie et d’architecture de Fribourg. MSM

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