Dossier: Produire efficacement - Interview d'une personnalité de l'industrie L’innovation vaut l’effort fourni

Rédacteur: Jean-René Gonthier

>> Le fabricant de machines fribourgeois Bumotec se confie au MSM via son directeur Monsieur Jean-Daniel Isoz, occupant également le poste de CEO de l’entreprise genevoise bien connue SIP. Une double casquette engendrant notamment des synergies de bon aloi entre les deux fabricants de machines.

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Jean-Daniel Isoz est directeur de la société fribourgeoise Bumotec. Il dirige également la société SIP, entreprise genevoise très connue dans le monde de la machine-outil de précision.
Jean-Daniel Isoz est directeur de la société fribourgeoise Bumotec. Il dirige également la société SIP, entreprise genevoise très connue dans le monde de la machine-outil de précision.
(Image: Bumotec)

MSM: Quelles conditions cadres devraient permettre à la Suisse de maintenir son outil de production dans le pays et l'améliorer encore ?

Jean-Daniel Isoz: Les conditions cadres sont là pour permettre aux entreprises de disposer d'une main d'œuvre qualifiée qu'elle soit suisse ou non, c’est évident. Elles doivent donc faciliter l'accès au marché du travail de cette main d'œuvre. Car celle-ci fait cruellement défaut aujourd'hui. Autre point, le taux de change devrait rester au moins à la valeur d’aujourd’hui. Le taux de change du Franc Suisse ne devrait pas avoir d’effet négatif sur les ventes de machines à l’étranger.

MSM: La formation professionnelle est-elle selon vous un facteur déterminant pour la place industrielle suisse ?

Jean-Daniel Isoz: C’est extrêmement important. Et j’irais même plus loin en disant que les entreprises suisse se devraient d’être encore plus formatrices qu’elles ne le sont actuellement au point qu’elles devraient toutes l’être, afin d’amener et de former la main d’œuvre dont on a besoin aujourd’hui. Actuellement, nous formons 4 apprentis alors que notre but, dans les trois ans, est de doubler notre effectif.

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MSM: Dans ce contexte est-il aisé d'embaucher de bons praticiens ?

Jean-Daniel Isoz: C’est extrêmement difficile, car les bons praticiens sont actuellement tous en emploi, le marché indigène des praticiens est donc sec. Actuellement, nous recherchons largement au-delà des frontières régionales, cantonales voire nationale pour trouver les bons profils. Dans tous les cas, très difficile, le marché est vraiment assèché.

MSM: Vous recherchez donc via des chasseurs de têtes ?

Jean-Daniel Isoz: Oui, si nous sommes à la recherche d’un profil très pointu, sinon nous cherchons par le biais d’Internet via notre site web www.bumotec.ch et sur celui du groupe Starrag www.starragheckert.com, ainsi que via des annonces de placement.

MSM: Comment le site de production qu’est la Suisse peut rester à l’avenir un puissant pilier de notre l’économie ?

Jean-Daniel Isoz: Nous devons miser et investir massivement dans la R&D. Dans le contexte actuel de globalisation, nous sommes forcés de proposer des solutions que les concurrents et confrères au niveau mondial n’ont pas. Notre marché cible est un marché de niche où il y a très peu de joueurs où il y a un besoin de compétences et d’exigences importants. C’est là que nous avons une carte à jouer. Nous sommes obligés de rester à la pointe et de ne plus offrir de solutions standard de façon à nous différencier des autres acteurs du marché.

L'innovation est la base du moteur de l'industrie

MSM: Il est donc selon vous encore possible d’innover ?

Jean-Daniel Isoz: J’en suis convaincu. C’est bien souvent une combinaison de compétences ou de technologies différentes qui finalement nous permettent de nous maintenir au-dessus de la mêlée. Car dans les domaines pointus, ne serait ce que dans les nouveaux matériaux, peu d’entreprises sont à l’aise.

MSM: Un des facteurs décisifs est une production hautement efficace. Comment le pratiquez-vous au quotidien (automatisation, logistique, sous-traitance) ?

Jean-Daniel Isoz: C’est surtout des pièces constitutives de qualité, disponibles à temps mais qui ne sont pas forcément toutes fabriquées en interne. Car dans le réseau de sous-traitance, on trouve une large palette de prestations à disposition. C’est aussi une organisation très rationnelle de la fabrication où chaque acteur du processus se concentre sur sa propre tâche et sans se disperser pour accroitre l’efficacité. Une organisation structurée et le Lean Manufacturing permettent d’éviter les pertes de temps et de matériel et de doper le rendement.

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