Industrie 4.0 - Interview d'Alexandre Martin, Directeur de Siemens Suisse romande.

L'industrie de demain sera physique et virtuelle

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MSM : Cette évolution passe obligatoirement par une numérisation massive des données. Certains s’inquiètent, et à juste titre, du risque lié à la sécurisation de ces données sensibles. Quelles solutions propose Siemens à ce sujet ?

Alexandre Martin : La sécurité industrielle est une préoccupation majeure pour les constructeurs, les intégrateurs et les opérateurs de systèmes d'automatisation. Chez Siemens, nous avons les réponses adaptées à ce problème.

Pour minimiser les risques dans le domaine de la cyber sécurité, il faut à la fois déployer des mécanismes de sécurité élaborés et intégrer la sécurité à toutes les phases du cycle de vie. Les questions de sécurité doivent donc faire partie intégrante du processus de développement et d'ingénierie et être prises en compte à tous les niveaux, de l'exploitation et de la maintenance.

Avec son concept de « défense en profondeur » (Defense in depth), Siemens offre des mécanismes de sécurité complets englobant la sécurité physique, des installations et des usines, la sécurité des réseaux et l'intégrité des logiciels et des systèmes. Ce concept est en accord avec les recommandations ISA99 / IEC 62443, le standard leader pour les applications de sécurité industrielles.

Les questions de cyber sécurité font depuis longtemps l'objet d'efforts de normalisation et Siemens joue un rôle actif auprès des principales organisations en soutenant notamment les travaux des comités ISA-99, IEC 62443, DHS, BSI, WIB NAMUR et CLSI AUTO11-A2, veillant ainsi au développement de normes communes dans le domaine de la cyber sécurité.

MSM : L’usinage par enlèvement de copeaux profite énormément de ces récents progrès technologiques. Comment voyez-vous l’évolution de ce domaine dans les prochaines années et dans quelle direction sont orientés les développements de Siemens pour ce secteur particulier ?

Alexandre Martin : Dans ce domaine, les entreprises qui ont intégré les nouvelles technologies restent très compétitives, en Suisse notamment avec des machines capables de produire des pièces de haute qualité et de grande précision. Mais le secteur est en pleine mutation, une révolution est déjà en marche dans la production industrielle. Aujourd’hui, nous devons constater une forte progression des procédés de fabrication additive qui ouvrent des perspectives prometteuses dans l’industrie.

Cette évolution est intéressante car elle bénéficiera à l’environnement à bien des égards. En effet, la fabrication de pièces nécessitera nettement moins de matière première. Avec la fabrication soustractive, les pièces sont fabriquées par enlèvement de matière. Ce procédé génère des copeaux, souvent mélangés aux huiles de coupe, qu’il faut collecter et recycler après l’usinage, dans le meilleur des cas. Avec la fabrication additive, seule la quantité de métal nécessaire à la fabrication de la pièce est utilisée et qui permet en outre de créer des structures impossibles à réaliser par fabrication soustractive.

Dans les années à venir, le défi sera de combiner davantage encore les méthodes de production traditionnelles et les procédés de fabrication additive. Même si ces procédés de fabrication sont encore plutôt rares dans l’industrie, nous allons bientôt assister à la généralisation de processus hybrides, où les pièces complexes seront d’abord produites par fabrication additive avant d’être fraisées ou usinées, le tout sur la même ligne de production. Un réseau mondial d’imprimantes 3D est également envisageable. Il suffirait alors par exemple au fabricant d’envoyer les données aux imprimantes pour produire des pièces détachées sur mesure directement là où le remplacement de la pièce défectueuse est nécessaire.

Forts d’une vaste expertise dans l’automatisation et la digitalisation, les ingénieurs Siemens font œuvre de pionnier dans le domaine de la fabrication additive. Ainsi, Siemens a aidé son client DMG Mori à automatiser ses machines de fabrication additive et à les intégrer aux procédés de traitement traditionnels. La machine hybride est désormais capable d’imprimer en 3D, mais aussi de fraiser, de percer ou de procéder à un usinage ultérieur.

En automatisant davantage les procédés, les clients disposent de davantage de données, ce qui peut constituer un véritable atout. La digitalisation permet de disposer de données sur l’ensemble du cycle fabrication. Ainsi, il est possible d’avoir une vue d’ensemble du processus de production, et donc de l’optimiser. De la conception du produit à ses caractéristiques techniques, en passant par les solutions d’automatisation et d’entraînement pour les machines de fabrication additive, chaque étape peut être tout d’abord simulée sur une plateforme numérique. Seule la fabrication additive nous permet de bénéficier d’une vision topologique des processus de fabrication.

MSM : L’automatisation est une chance pour l’industrie des pays fortement développés comme le nôtre. Mais elle suscite aussi de grandes inquiétudes concernant les postes de travail qui seront remplacés par des systèmes automatisés. Plusieurs solutions pour atténuer ce risque commencent à se profiler, l’humain augmenté, la taxation des robots ou encore le revenu inconditionnel de base. Quel est votre avis sur ces sujets d’actualité ?

Alexandre Martin : Aujourd’hui, le chemin de l’idée à l’innovation est plus court que jamais. Les technologies et les modèles d’activité des entreprises évoluent à un rythme effréné, des secteurs entiers de l’économie sont en pleine mutation.

La plupart de ces innovations de rupture sont portées par la digitalisation. De nouveaux métiers vont apparaître et de nouveaux postes de travail seront créés, les métiers de demain. Donnons-nous la chance d’y pourvoir par une formation adéquate et des investissements appropriés.

Nous sommes devant l’avènement d’une ère nouvelle, une révolution industrielle, et comme les précédentes, nous aurons notre lot de bouleversements. Notre rapport au travail va aussi évoluer et notre contribution au progrès doit être au service de l’individu, des collectivités. Les aménagements sociaux devront correspondre à la réalité.

Notre monde a besoin plus que jamais de nouvelles solutions justes et équitables et de valeurs fortes qui sauront fédérer les compétences et les énergies. Aurons-nous la capacité à remettre notre modèle de travail en question et à relever les défis qui sont devant nous par une approche inédite ? MSM

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