Sécurité au travail Les nouveaux visages de la sécurité industrielle

de Marina Hofstetter 4 min Temps de lecture

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La sécurité en milieu industriel, ce sont bien évidemment les risques de blessures physiques. Mais avec l'évolution des technologies et des modes de vie et de travail, ils ont été rejoints par d'autres risques : fatigue numérique, sédentarité, et surcharge mentale, entre autres.

Si la sécurité au travail a permis de grandement réduire les risques d'accidents « classiques », d'autres types de risques sont apparus avec l'évolution du monde du travail et des technologies.(Source : Phushutter - stock.adobe.com)
Si la sécurité au travail a permis de grandement réduire les risques d'accidents « classiques », d'autres types de risques sont apparus avec l'évolution du monde du travail et des technologies.
(Source : Phushutter - stock.adobe.com)

Lorsque l'on évoque la sécurité au travail dans l'industrie, on pense automatiquement à la prévention des accidents physiques : sécurisation des zones de production, tant au niveau de l'utilisation directe des machines qu'autour des systèmes autonomes de plus en plus présents, mais également chute et blessures en tous genres. Or, à mesure que l'industrie suisse a évolué, de nouveaux risques ont émergé, plus discrets mais tout aussi impactants sur la santé des collaborateurs.

Quelles sont les obligations pour les PME industrielles suisses en matière de sécurité au travail ?
Focus

En Suisse, la sécurité et la santé au travail sont encadrées par la Loi sur le travail (LTr) et par la Loi sur l’assurance-accidents (LAA). Les PME industrielles doivent respecter un certain nombre d’obligations, notamment :

  • Évaluer les risques : toute entreprise doit identifier les dangers présents dans ses locaux et postes de travail, y compris les risques psychosociaux ou liés à l’ergonomie.
  • Mettre en place des mesures de prévention : ces mesures doivent être proportionnées aux risques, et régulièrement mises à jour.
  • Informer et former les employés : le personnel doit être sensibilisé aux bonnes pratiques de sécurité, y compris dans l’utilisation des équipements numériques.
  • Recourir à des spécialistes : selon la directive MSST (Mesures de sécurité dans l'entreprise), certaines entreprises doivent faire appel à des spécialistes en sécurité au travail si les risques sont jugés importants.
  • Tenir à jour une documentation : plans de sécurité, instructions de travail, registres d'accidents ou incidents doivent être conservés.

Même dans les petites structures, ces exigences sont applicables. Des outils gratuits, comme ceux proposés par la SUVA, permettent d’évaluer les risques et de s’y conformer efficacement, sans lourde charge administrative.

La digitalisation transforme les postes de travail

Logiciels de CAO, ERP interconnectés, maintenance prédictive, et traçabilité numérique : les ateliers traditionnels sont désormais traversés par des flux d'informations numériques constants. Si ces outils améliorent l'efficience des processus de production, ils peuvent également générer une fatigue cognitive. En effet, les opérateurs sont soumis à une abondance d'informations à traiter provenant de sources multiples et doivent passer beaucoup plus de temps alertes devant des écrans.

Cette fatigue numérique se traduit par des troubles de la concentration, des maux de tête, une baisse de vigilance et un stress diffus. Ces symptômes peuvent fragiliser la sécurité des processus, surtout dans les secteurs de haute précision ou les environnements spéciaux.

Surcharge mentale, le mal insidueux

La situation économique de ces dernières années créé un climat de tension latent, entre phases de surcharge de travail et de chômage partiel, entre sécurité et insécurité de l'emploi. Commandes, coûts, délais : les entreprises sont sous pression, chose que ressentent les collaborateurs. Les entreprises requièrent également une plus grande agilité de la part de leurs employés. En effet, en fonction des besoins, on observe un plus grande variété dans les tâches qui sont confiées à un employé. La digitalisation vient également exacerber ce besoin de polyvalence.

Ce multitasking permanent, combiné à un manque de pauses structurées ou de temps de récupération, peut mener à une surcharge mentale des collaborateurs. Non détectée, celle-ci entraîne des erreurs, une baisse de la motivation, une irritabilité… voire un désengagement progressif, ce qui peut à terme compromettre la sécurité des processus.

La sédentarité, un risque sous-estimé

L'industrie moderne est de moins en moins synonyme d'activité physique intense. En grand nombre de collaborateurs passent plusieurs heures assis ou debout sans véritable mouvement. Les postes informatisés sont particulièrement concernés.

Or, la sédentarité prolongée a des effets directs sur la santé cardiovasculaire, la posture, la vigilance et même l'humeur. La sédentarité est un facteur aggravant des troubles musculo-squelettiques (TMS) et de la fatigue générale.

Mettre en place des réponses ciblées

Face à ces risques « invisibles », toutes les entreprises, y compris les PME, peuvent agir. Il ne s'agit pas de tout transformer du jour au lendemain, mais de prendre conscience de ces nouveaux enjeux et de tenter d'y apporter des réponses concrètes :

  • Favoriser des pauses régulières et encourager le mouvement (postes debout-assis, rotation des tâches).
  • Réduire la charge informationnelle en simplifiant les interfaces ou en priorisant les alertes.
  • Aménager les postes informatiques de manière ergonomique.
  • Organiser le travail de façon à limiter le multitasking constant.
  • Former les équipes managériales à repérer les signes de surcharge mentale ou de fatigue accrue.

Une vision plus globale de la sécurité en entreprise

Concentration, stabilité et implication du personnel permettent d'assurer la qualité des produits et la fiabilité de la production, et soutiennent ainsi les performances de l'entreprise.

En intégrant les risques psychosociaux, cognitifs, et posturaux dans leurs réflexions, les entreprises industrielles suisses peuvent ainsi mettre en place une prévention globale qui tient compte des évolutions du monde du travail, leur apportant par la même occasion un avantage concurrentiel. MSM

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