L'histoire entre les montres et l'espace est aussi ancienne que la conquête spatiale elle-même. Dès les premiers vols habités, les astronautes et cosmonautes étaient tous (ou presque) équipés d'une montre.
Buzz Aldrin à bord du LEM avec à son poignet gauche l’Omega Speedmaster Professional, la montre officielle de tous les programmes habités américains.
(Source : NASA)
L'histoire pourrait nous laisser penser que la première montre à voyager hors de notre atmosphère était celle portée par le premier homme à y être allé mais ce n'est pas le cas. Il y a eu un précédent peu connu qui est le fait d'une initiative personnelle d'un scientifique soviétique, le Dr Abraham Genin, de l'Institut de médecine aéronautique et spatiale. Un mois avant le vol historique de Yuri Gagarin, la mission Korabl-Sputnik 4, désignée Sputnik 9 à l'ouest, ce qui crée parfois quelques confusions, a envoyé en orbite basse la chienne Tchernouchka, un mannequin à taille réelle baptisé Ivan Ivanovitch vêtu de la combinaison spatiale SK-1, ainsi que 40 souris noires et 40 souris blanches, des cobayes, des reptiles, des échantillons de sang humain et des cellules cancéreuses, ainsi que divers micro-organismes et graines de plantes. Tchernouchka était enfermée dans un caisson pressurisé avec certaines des expériences biologiques, tandis que le mannequin se trouvait sur le siège éjectable, avec d'autres spécimens biologiques rangés dans sa poitrine, son estomac, ses cuisses et ailleurs. La mission en orbite unique s'est déroulée sans aucun des problèmes majeurs qui avaient perturbés les vols précédents. Lors de la rentrée, le mannequin a été éjecté pour une descente en parachute, tandis que la chienne est descendu avec la capsule. Une fois de plus, une météo difficile avec de fortes chutes de neiges a compliqué la récupération de la capsule et de son occupante. Les généraux Nikolai Kamanin et Vladimir Yazdovskiy ont dirigé l'équipe de récupération, qui s'est déplacée en avion, en camion et finalement à cheval pour atteindre les lieux de l'atterrissage. Lorsqu'ils revinrent avec Tchernouchka dans un village voisin, une foule de fermiers et d'enfants s'était rassemblée pour voir le chien qui avait volé dans l'espace. Plus tard, Yazdovskiy a téléphoné à Moscou pour annoncer la bonne nouvelle de la récupération de Tchernouchka.
Cette mission, qui a été un grand succès, a eu lieu le 9 mars 1961 depuis le cosmodrome de Baïkonour. Mais c'est à son retour lors de la récupération de la capsule et de son occupante que ce vol a donné lieu à une histoire curieuse. Les membres de l'équipe de récupération de Tchernouchka ont trouvé une montre-bracelet attachée à sa patte.
C'était inattendu, interdit et très mystérieux, jusqu'à ce qu'ils remarquent l'inscription au dos de la montre et qu'ils remontent jusqu'à son propriétaire : il s'agissait du Dr Abram Genin, qui a raconté l'histoire de la montre dans une interview réalisée en 1989 par la Smithsonian Institution. Dans ce reportage, l'intéressé présente au journaliste la fameuse montre qui était à cette époque toujours en sa possession. Cette montre était une Pobeda (« Victoire » en russe). Le geste de Genin, qui lui valut de sévères remontrances de la part de sa hiérarchie, est somme tout assez incompréhensible, surtout lorsqu'il explique la raison de son acte. Des journalistes ont évoqué la curiosité scientifique, qui l'aurait poussé à voir si la montre fonctionnait en microgravité. Ce fait a été démenti par Genin lui-même et l'histoire est bien plus surprenante. Il s'en explique lors de l'interview donné à la Smithsonian Institution.
À sa sortie de l'académie militaire, Abraham Genin avait reçu une montre Pobeda, le premier modèle produit après la guerre. Cette montre personnalisée est gravée sur son fond, ce qui a permis aux autorités de remonter jusqu'à son propriétaire. Alors quelles étaient les motivations de Genin qui l'ont poussé à prendre un pareil risque qui aurait pu l'envoyer directement au Goulag ? Il explique qu'il ne pouvait plus voir cette montre en peinture et qu'il avait décidé de s'en débarrasser. Avant de décider de l'envoyer dans l'espace, il l'avait au préalable déjà bien torturée mais la Pobeda s'avéra exceptionnellement robuste. « J'ai nagé avec dans la mer, je l'ai lâché par terre, mais elle fonctionnait toujours et résistait à toutes mes tentatives pour la casser. » Il explique que juste avant le vol de Tchernouchka, il attacha la montre à sa patte en espérant ne plus jamais la revoir. Dans la vidéo de l'interview de Genin, disponible sur le site de la Smithsonian Institution, on voit parfaitement cette montre en gros plan. Selon les experts, il ne s'agit pas d'un modèle ordinaire. Les aiguilles et les chiffres sont en or, le chiffre 6 est visible sous le cadran auxiliaire, et l'inscription habituelle de la manufacture est absente. De plus, comme l'a expliqué Genin, cette montre dispose d'un certain niveau d'étanchéité, ce qui lui a permis de nager avec. Il pourrait s'agir de l'une des premières tentatives de développement d'une montre résistante à la poussière et à l'eau. Elle est dotée d'un fond vissé avec joint en caoutchouc, que l'on retrouve sur les montres Sturmanskie et Sportivnie ultérieures, et d'une grande couronne unique. Ce modèle Pobeda apparaît dans le catalogue de 1953 sous la référence « 34-K », mais il est également présent dans des catalogues ultérieurs. Il existe une version similaire avec des chiffres noirs et des aiguilles bleues. La montre est dotée d'un calibre 2602 standard à 15 rubis.
La marque Pobeda est une marque de montres russes actuellement sous la gestion de l'Usine de montres de Petrodvorets. Staline approuve cette marque en avril 1945, au moment où l'Armée rouge prend Berlin. Une première petite série est produite à l'usine de Penza à la fin de l'année 1945, mais ce n'est qu'en avril 1946 que les premières montres destinées au grand public sont fabriquées à l'usine de montres de Kirov à Moscou. Le mouvement Pobeda à 15 rubis est basé sur une conception française de la manufacture horlogère Lip. Les ingénieurs de Lip apportent leur aide à l'installation de l'usine de Penza et vendent à l'URSS la licence de certains mécanismes.
Le premier homme dans l'espace
Un mois après le succès de la mission Korabl-Sputnik 4, Youri Alekseïevitch Gagarine, pilote et cosmonaute soviétique, est le premier être humain à avoir effectué un vol dans l'espace au cours de la mission Vostok 1, le 12 avril 1961.
Cette première mondiale aurait pu être américaine. En effet, quelques mois avant le vol de Gagarine, le 31 janvier 1961, la NASA envoyait le chimpanzé Chang en vol suborbital à 250 km d'altitude lors de la mission Mercury-Redstone 2, deuxième vol opérationnel du programme Mercury. Baptisé HAM (acronyme de Holloman Aerospace Medical Center) après son retour sur terre et le succès de la mission, Chang ne faisant pas très américain. Ce vol de 6 minutes, qui s'est déroulé sans encombre, a laissé un sentiment amer aux sept astronautes du programme Mercury. Sans ce qu'ils considèrent comme un excès de précaution de la part de la NASA, le premier homme dans l'espace aurait pu être américain. Officiellement, aucune montre n'a jamais accompagné les chimpanzés du programme spatial américain dans l'espace.
Situation au30.10.2020
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Mais l'histoire est ainsi faite et le premier homme à aller dans l'espace avec une montre est soviétique. D'ailleurs la mission Vostok 1 est un succès total avec une orbite complète autour de la terre, là où les deux premiers vols américains se contentent de vols suborbitaux de quelques minutes.
Alors quelle montre portait Youri Gagarine lors de cette mission mémorable ? Une montre Sturmanskie (« navigateur » en russe). Ce modèle se caractérise par une grande simplicité : trois aiguilles avec une trotteuse centrale, 12 chiffres arabes et un cadran beige clair, le tout dans un boîtier de 33 mm de diamètre. À l'intérieur de la Sturmanskie se trouve un mouvement manuel fiable, composé de 17 rubis et conçu pour résister aux chocs. Ce mécanisme est basé sur le modèle LIP R26, pour lequel les Soviétiques avaient acheté les outils de fabrication. Contrairement à la version française, la Sturmanskie est équipée d'une fonction stop-seconde, indispensable pour garantir la précision de la montre et sa synchronisation avec un élément de référence.
En 1957, Yuri Gagarine, alors élève-officier à l'école de personnel navigant de l'Armée à Orenbourg, reçut l'une de ces montres. C'est cette montre qu'il portera lors du premier vol spatial habité. La Première Usine Horlogère de Moscou, fondée en plein centre-ville en 1930, fut la première à produire la « Montre de Navigateur ». Après la Seconde Guerre mondiale, les pilotes de guerre exprimèrent un besoin urgent de montres, ce qui mena à l'apparition de la Sturmanskie en 1949.
7A noter également que la première femme dans l'espace, la cosmonaute Valentina Tereshkova, qui vola lors de la mission Vostok 6 (juin 1963) portait également une Sturmanskie.
Cette série de montres historiques est toujours disponible en versions modernisées au catalogue de la marque Sturmanskie sous l'appellation « Gagarin Heritage ».
La première montre suisse dans l'espace
Les deux premiers vols américains habités font partie du programme Mercury. Alan B. Shepard et Virgil I. Grissom, qui ont volé respectivement avec les missions Mercury-Redstone 3 et Mercury-Redstone 4 les 5 mai et 21 juillet 1961, ne portaient officiellement pas de montres.
Il faudra attendre la mission Mercury-Atlas 6, la première a utilisé une fusée Atlas en lieu et place de la Redstone des missions précédentes, pour voir la première montre suisse gagner l'espace. Pour ce vol effectué par John Glenn dans la capsule qu'il a baptisé « Friendship 7 », une montre l'accompagnait. Cette montre de conception suisse était un chronographe Heuer 2915A attaché à la manche sa combinaison spatiale à l'aide de sangles élastiques sur mesure. Contrairement au deux missions Mercury précédentes qui se sont contentées de vols paraboliques sans mise en orbite, John Glenn effectura trois orbites autour de la terre.
La raison pour laquelle Shepard et Grissom ne portaient pas de montres n'a jamais été claire. Peut-être n'en avaient-ils pas besoin, ou alors en avaient-ils une mais cela n'a pas été relevé. Quoi qu'il en soit, on en sait plus sur l'utilité de la montre de Glenn. À 20 secondes du décollage, la transcription de la mission indique qu'il met en marche une « horloge de secours ». Très certainement son chronographe Heuer.
Il s'agit d'un modèle standard de Heuer, capable de mesurer le temps pendant 12 heures avec une précision au 1/5e de seconde près. Cette montre de type oignon n'a pas de bracelet. Elle était maintenue dans une enveloppe en tissu qui était fixée sur des sangles élastiques. Ce chronographe mythique est exposé au Smithsonian's National Air and Space Museum, situé dans le comté de Washington.
Une épopée spatiale américaine avec des garde-temps helvétiques
Le 24 mai 1962, 3 mois après la mission Mercury-Atlas 6, Malcolm Scott Carpenter s'envole à son tour vers les étoiles. Il porte une Breitling Navitimer Cosmonaute à remontage manuel, devenant ainsi la première montre-bracelet suisse à voyager dans l'espace. Avec son boîtier de 42,5 mm de diamètre, cette montre ne passe pas inaperçu. Selon sa fille, Carpenter était un grand passionné de montres. Il a donc demandé à Breitling d'apporter des modifications spécifiques à sa Navitimer pour qu'elle réponde parfaitement à ses besoins : ajout d'une indication sur 24 heures pour distinguer le jour et la nuit dans l'espace, suppression de la minuterie des heures et des minutes du cadran par souci de lisibilité, et simplification de la règle à calculs. La lunette de la Navitimer Cosmonaute Mk1 a également subi des modifications. Elle est beaucoup plus large que celle des autres versions pour permettre aux astronautes de la manipuler facilement avec les gants de leur combinaison. Cette montre est équipée d'un calibre Venus 178 modifié, d'une aiguille seringue large et luminescente pour les minutes et d'une aiguille de chronographe luminescente à pointe en goutte. La version MK1, et la MK2 encore plus rare, furent lancées respectivement en 1962 et 1963. La mission fut un succès, mais l'amerrissage de la capsule posa des difficultés, et la Navitimer de Carpenter fut endommagée par l'eau. Elle s'arrêta à 21h46, soit exactement 66 minutes après que le cosmonaute ait été récupéré à bord de son radeau de survie.
En 1963, une autre première mondiale mis une fois encore l'industrie horlogère suisse sous les feux des projecteurs. Trois ans plus tôt, le fabricant Bulova Watch Company dévoile l'Accutron, une montre révolutionnaire équipée d'un mouvement à quartz équipé d'un diapason accordé à 360 Hz, beaucoup plus précis que les classiques balanciers. Ce mouvement devait garantir une précision de deux secondes par jour ou d'une minute par mois. Lors de sa présentation au public en 1960, la montre ne disposait pas de cadran afin que les acheteurs potentiels puissent admirer le mouvement à quartz et son diapason. Bien que la montre officielle choisie par la NASA fût le désormais célèbre chronographe Omega Speedmaster, Bulova était déjà et restera pendant plusieurs années un acteur essentiel en matière de mesure du temps au sein de l'agence spatiale américaine. Dès 1959, une horloge Accutron est utilisée pour la première fois dans l'engin spatial Explorer 6. D'ailleurs, à partir de 1960, la NASA demande à Bulova d'équiper en technologie Accutron ses sondes et modules spatiaux. À cette époque, il y avait encore des doutes sur la capacité d'une montre mécanique à fonctionner en microgravité. Ce sont 46 missions spatiales qui furent équipées avec des mécanismes Accutron. Un mouvement Accutron est même toujours actuellement sur la surface lunaire. Il fait partie d'un sismographe installé sur la lune lors de la mission Apollo 11 qui se posa sur la mer de la tranquillité.
Petite parenthèse soviétique en 1965 avec une autre première mondiale
La première sortie extravéhiculaire fût effectuée par Alexeï Leonov pendant la mission Voskhod 2, qui se déroula les 18 et 19 mars 1965. Lors de cette sortie dans le vide spatial, le cosmonaute portait une montre Strela (flèche en russe) fabriquée elle aussi par l'Usine Horlogère Moscovite Numéro 1. Petite anecdote au sujet du calibre 3017 qui équipe cette montre. En 1957, pour répondre aux besoins des secteurs scientifique, industriel et militaire, le gouvernement soviétique acquiert l'outillage ainsi que certaines pièces du calibre suisse Venus 150. Cela permet la création du calibre 3017, qui donne naissance au chronographe Strela au début des années 1960. Tout comme la Sturmanskie de Gagarine, le cadran de la Strela est de couleur blanc-crème avec plusieurs sous-compteurs.
Lors de son EVA, Leonov rencontra un problème qui aurait pu avoir des conséquences catastrophiques. Sa combinaison spatiale gonfla alors qu'il flottait dans le vide au-dessus de la terre. Lorsqu'il dû réintégrer le sas du module, il ne passait plus par l'ouverture. Sans perdre son sang-froid et au risque d'y laisser la vie, Alexeï Leonov dépressurisa partiellement sa combinaison pour pouvoir réintégrer le module Voskhod. À cause de cet incident sa sortie extravéhiculaire dura 12 minutes et 9 secondes au lieu des dix minutes prévues. Deux minutes et neuf secondes supplémentaires comptabilisées par son chronographe Strela.
Lors de la célèbre mission conjointe Apollo-Soyouz en 1975, Alexeï Leonov serra la main de Thomas P. Stafford dans le sas reliant les deux vaisseaux. À leurs poignets, comme à ceux de tous les membres d'équipage, une montre Omega Speedmaster Professional, signe de la détente entre les deux blocs à cette époque-là.
Omega Speedmaster : LA « Moonwatch »
L'Omega Speedmaster Professional est certainement la montre la plus célèbre du monde depuis qu'elle porte la couronne de reine de l'espace. Devenue la « Moonwatch » depuis les premiers pas sur la lune de Neil Armstrong et Buzz Aldrin en juillet 1969, elle est depuis indissociable de cet exploit encore inégalé. En 1964, la NASA sélectionne parmi plusieurs montres celle qui allait devenir officiellement le modèle certifié pour toutes ses missions habitées. L'année suivante, l'Omega Speedmaster Professional sort vainqueur des tests de résistance aux conditions extrêmes : humidité, accélération, température, pression, vide, chocs et vibrations.
Cependant, l'histoire spatiale de la Speedmaster Professional commence avant sa certification. Sans montre officielle, les astronautes volaient avec la leur. Certains d'entre eux appréciaient ce chronographe pour ses fonctions et sa robustesse. C'était le cas de Wally Schirra qui possédait une Speedmaster Professional et qui l'emmena avec lui lors de la mission Mercury-Atlas 8 en octobre 1962. Avec un vol de 9 heures, il bat le record de l'époque et offre à la future « Moonwatch » son baptême de l'espace. Dès 1965, elle devient la montre officielle qui équipe les astronautes pour leurs missions. Cette même année au mois de juin, elle est à la manche de la combinaison d'Edward White lors de la première sortie extravéhiculaire américaine. Il sort 22 minutes dans le vide, moins de trois mois après Alexeï Leonov.
À partir de ce jour, le chronographe suisse sera de toutes les missions, de Gemini à Apollo et jusqu'aux missions STS de la navette spatiale. Mais son titre de « Moonwatch », il l'acquiert le 21 juillet 1969 avec les premiers pas de Buzz Aldrin à la surface de la lune. Par mesure de sécurité, Neil Armstrong a laissé son chronographe dans le LEM pour palier à la défaillance de l'horloge de bord du module. Ce qui fait de la montre de Buzz Aldrin la seule et unique première « Moonwatch » au monde, mais malheureusement égarée depuis son envoi par poste au musée de l'Air et de l'Espace du Smithsonian en 1971. La Speedmaster sera également la dernière montre lunaire avec la mission Apollo 17 en décembre 1972.
Sortie en 1957 sous la référence CK 2915 avec un calibre 321, la Speedmaster est toujours produite aujourd'hui. La gamme Speedmaster Moonwatch Professional comprend 21 modèles. Dans la gamme Héritage, la série anniversaire « Snoopy » de la Speedmaster se démarque par son style exceptionnel. Sortie pour commémorer le 50e anniversaire de la remise du « Silver Snoopy Award » à Omega. La NASA a choisi Snoopy comme mascotte et porte-bonheur, de là découle le « Silver Snoopy Award » qui récompense les contributeurs à l'exploration spatiale. En 1970, la mission Apollo 13 connut de gros déboires suite à l'explosion d'un réservoir d'oxygène. Avec peu de ressources pour survivre, les trois astronautes sont obligés d'éteindre la presque totalité des systèmes pour économiser de l'énergie afin de rentrer sain et sauf sur terre. Les corrections de trajectoire pour la rentrée atmosphérique ne pouvant plus être exécutées automatiquement, elles seront faites manuellement avec pour référence le terminateur de la surface de la terre. Le temps de combustion des moteurs sera chronométré très exactement avec une Speedmaster. Cette montre sauva la vie de l'équipage d'Apollo 13 et mérite amplement son « Silver Snoopy Award ».
Les montres « étrangères » dans l'espace
Du côté américain, et occidental en général, les productions horlogères suisses avaient le monopole de ce marché de niche mais Ô combien prestigieux. Depuis la fin des missions Apollo et l'avènement de la navette spatiale et de l'ISS, de nombreux fabricants horlogers peuvent se targuer d'avoir des montres estampillées « Spacewatch ». En 1973, le Japon accède à ce titre convoité avec le chronographe automatique Seiko Speedtimer, porté par le Colonel William Pogue lors de la mission Skylab 4. C'est le premier chronographe automatique à être allé dans l'espace. À l'époque, cette montre exceptionnelle dispute le titre de premier chronographe automatique du monde face à l'El Primero de Zenith et le Calibre 11 de Heuer/Breitling. La Speedtimer est surnommée « Pogue » en hommage à l'astronaute qui la rendit célèbre.
En 1982, l'horlogerie française décroche son sésame pour l'espace avec Jean-Loup Chrétien lors de la mission franco-soviétique PVH à bord de la station Saliout 7. À son poignet une Yema Spationaute 1. Trois ans plus tard c'est un chronographe allemand 140/142 de Sinn qui rejoint l'espace avec l'astronaute Reinhard Furrer pour la mission Spacelab D1. Cette montre personnelle était portée au poignet gauche, le droit étant occupé par une Speedmaster bien évidemment.
En 2008, c'est au tour de la Chine d'obtenir sa première « Spacewatch ». C'est pour la mission Shenzhou 7, troisième mission habitée du pays, que le taïkonaute Zhai Zhigang emporta une Fiyta Aeronautics. Pendant cette mission, le commandant Zhai Zhigang effectua la première EVA chinoise et la première depuis un vaisseau qui ne soit ni américain, ni russe.
De nombreuses autres montres sont allées dans l'espace. On pourrait citer pêle-mêle l'Omega Speedmaster X33, certifiée par l'Agence Spatiale Européenne, la Timex Ironman, la Casio G-Shock, la TAG Heuer Carrera SpaceX, la Rolex GMT Master, la Bulova Lunar Pilot, la Fortis Cosmonaut Chronograph, la Panerai Radiomir PAM210 ou encore la Glycine Airman.
Un environnement hostile pour des bijoux de précision
Ce que la conquête spatiale aura appris aux horlogers, c'est qu'une montre, qu'elle soit mécanique, automatique ou à quartz, est capable de fonctionner avec précision et fiabilité dans l'environnement le plus hostile que nous connaissons. Ni le chaud, ni le froid, ni les champs électromagnétiques et autres rayonnements cosmiques, ni le vide, ni les accélérations violentes ou la microgravité n'ont empêché une montre de qualité de fonctionner dans l'espace. La multiplication des acteurs privés dans la course à l'espace et la démocratisation du tourisme spatial permettront à d'autres marques d'ajouter à leur catalogue de nouvelles références estampillées « Spacewatch ». Avec Mars comme prochaine étape, les montres deviendront bientôt interplanétaires et qui sait où cette aventure horlogère spatiale se terminera. MSM