Entretien de personnalités de l'industrie - Patrick Haegeli Directeur Général adjoint de Willemin-Macodel

Le spécialiste de la machine multi-fonctions

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MSM : Pour produire des machines de haute précision il faut aussi et surtout des collaborateurs compétents. Est-il difficile de recruter du personnel qualifié ?

Patrick Haegeli : Nous pouvons heureusement compter sur des collaborateurs fidèles et très compétents, la plupart étant des spécialistes dans leur domaine. Nous veillons aussi à offrir les meilleures conditions de travail possible non seulement en terme d’infrastructures, mais aussi en favorisant les prises d’initiatives à l’interne. De plus, nous évoluons dans un environnement high-tech et international, ce qui offre des opportunités très intéressantes à nos collaborateurs.

La question du recrutement est bien entendu délicate, l’industrie de la microtechnique typique de notre région de l’arc jurassien a connu un essor considérable ces dernières années, ce qui ne peut que nous réjouir, par contre cela a eu pour effet de rendre plus difficile le recrutement de personnes qualifiées. Nous avons de notre côté renforcés les formations internes. Nous investissons aussi beaucoup pour la formation d’apprentis dans les métiers techniques. Nous avons agrandi la zone dédiée aux apprentis polymécaniciens qui sont au nombre de 10 actuellement, notre objectif étant de former 20 apprentis dans les métiers techniques d’ici 3 ans. Cet effort d’investissement dans la formation est essentiel.

MSM : Sur votre site internet, vous mettez en avant l’application Share to move de covoiturage. Incitez-vous votre personnel à utiliser ce mode de locomotion pour venir travailler ?

Patrick Haegeli : C’est un projet mené par le Canton du Jura et plusieurs entreprises de la région. Nous participons à ce programme car nous souhaitons effectivement inciter nos collaborateurs à pratiquer le covoiturage et à utiliser les transports publics. Par contre, nos collaborateurs ont une grande autonomie dans le cadre de leur travail et nous ne pratiquons pas le travail en équipe, ce qui a pour conséquence de limiter les possibilités de covoiturage. Nous comptons toutefois sur une amélioration de la desserte de la zone industrielle à Delémont qui devrait à terme faciliter l’utilisation des transports publics.

MSM : A la veille de la COP 21, la question climatique est sur toutes les lèvres. Quelles sont-les engagement pris par Willemin-Macodel pour réduire son impact environnemental ?

Patrick Haegeli : Lorsque nous avons regroupé toute nos activités en 2009 à Delémont dans un bâtiment moderne en lieu et place de 5 sites dispersés dans la Vallée de Delémont auparavant, nous pouvons dire que nous avons déjà franchi un pas important dans le but de réduire notre impact environnemental en évitant des transports entre les différents sites et grâce aussi à une bien meilleure efficacité énergétique de notre nouveau site de production.

Au-delà de ces considérations, nous intégrons la question de l’impact environnemental dans nos développements et améliorations de machines. Nous utilisons des composants plus économes, mais surtout nous veillons à développer des machines moins gourmandes en énergie.

Le meilleur exemple est notre nouveau centre d’usinage 701S à cinématique parallèle. Cette machine offre des performances en termes de précision et de dynamique exceptionnelles. Grâce à sa conception, elle est beaucoup plus rigide qu’une machine standard tout en étant nettement plus légère. Les masses en mouvements sont donc très faibles, ce qui nécessite des moteurs moins puissants impliquant forcément moins de déperditions d’énergie. Les systèmes de refroidissement à leur tour sont dimensionnés en conséquence. Cette machine est certainement le centre d’usinage le plus écologique qui soit. A titre d’exemple, sa consommation est comparable à celle d’un sèche-cheveux. Nous veillons aussi à ce que les composants de la machine aient un impact environnemental très faible, cela se mesure sur le cycle de vie complet de la machine.

MSM : Votre positionnement géographique proche de la frontière française vous donne accès à un important vivier de main d’œuvre qualifiée. La mise en application de l’initiative « contre l'immigration de masse » vous préoccupe-t-elle ? Que répondez-vous aux Suisses qui s’inquiètent d’être prétérités sur un plan salarial face à une concurrence européenne meilleure marché ?

Patrick Haegeli : Dans notre région, sans la main d’œuvre frontalière, bon nombre d’entreprises n’auraient pas pu se développer comme elles se sont développées ces 10 dernières années. Il est de ce fait évident que le recours à des collaborateurs frontaliers contribue à maintenir et à développer des places de travail pour les travailleurs suisses.

Nous concernant, les postes sont ouverts aux suisses et aux frontaliers sans aucune discrimination salariale, seules les compétences et la personnalité importent. En cela nous considérons le dumping salarial comme particulièrement contre-productif. Nous relevons que pour certains profils, lorsque nous passons une annonce de recherche de personnel, il peut arriver que nous ne recevions que des dossiers de frontaliers ! C’est un problème de fonds inquiétant dont nous nous entretenons d’ailleurs régulièrement avec les autorités cantonales. Il faut promouvoir les métiers techniques auprès des jeunes jurassiennes et jurassiens ! Par contre, il faut bien garder en tête les réalités économiques et les avantages que les cantons limitrophes ont à pouvoir recourir aux compétences de collaborateurs frontaliers. C’est pourquoi l’initiative « contre l’immigration de masse » est une source de préoccupation, surtout si son application venait à affecter les conditions cadres qu’il faut absolument préserver en Suisse.

A l’évidence, il faut veiller à ce que des cas de sous-enchères salariales soient combattus. Le succès de l’économie et de la place industrielle suisse est basé sur le bon sens et la confiance, il faut faire très attention à ne pas casser cette confiance.

MSM : A quel niveau estimez-vous que le taux de change EUR/CHF devrait se situer afin de vous permettre de travailler d’égal à égal avec vos concurrents européens et japonais ?

Patrick Haegeli : Avec un taux de change à EUR/CHF 1.30, nous serions proches du taux de change réel calculé sur la base de la parité du pouvoir d’achat et nous pourrions nous battre à armes égales avec nos concurrents étrangers. Cela illustre bien à quelles difficultés est confronté l’industrie d’exportation et le risque que cette situation représente pour les emplois et le savoir-faire en Suisse. <<

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