Lecture spécialisée sur le décolletage « Le décolletage dans l'Arc jurassien »

Auteur / Rédacteur: Edouard Huguelet, journaliste indépendant / Gilles Bordet

Pour définir ce qu'est le décolletage, on peut admettre qu'il s'agit fondamentalement de la production en séries de pièces mécaniques précises de forme générale cylindrique.

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Opération de décolletage sur un tour automatique à cames monobroche à poupée mobile.
Opération de décolletage sur un tour automatique à cames monobroche à poupée mobile.
(Source : AFDT)

Ces pièces essentiellement de petites dimensions, usinées à partir de matière en barres (ou en torches) et détachées par tronçonnage, sur des machines-outils appelées tours automatiques ou décolleteuses. Elles peuvent comporter non seulement des opérations de tournage et de filetage, mais également des séquences d'usinage complémentaires telles que fendage, perçage, alésage, fraisage, taillage, taraudage, etc. Les tours automatiques pour le décolletage, appelés aussi « décolleteuses », sont asservis par des systèmes à cames ou des commandes numériques.

L'industrie du décolletage s'est continuellement adaptée en fonction de trois facteurs qui évoluent constamment au cours du temps, à savoir : les besoins du marché, les matériaux à usiner et les moyens de production tels que machines et outillage.

Les ateliers de décolletage sont principalement équipés de tours automatiques à cames à poupée mobile de conception monobroche ou de tours automatiques multibroches, ces machines-outils pouvant être dotées de divers dispositifs auxiliaires, tels qu'appareil à fendre, appareil tailler, combiné pour contre-opérations, etc., avec adaptation de ravitailleurs automatiques de barres ou de dérouleurs de torches, évacuateurs de copeaux et autres équipements périphériques.

De plus en plus de machines à commande numérique

Depuis quelques décennies, ces mêmes ateliers de décolletage incorporent en nombre toujours plus important des machines à commande numérique, sans pour autant que ces dernières viennent totalement supplanter les tours automatiques à cames, lesquels restent toujours opérationnels pour nombre d'applications, notamment pour la production en masse de pièces de précision relativement simples. Certaines opérations complémentaires sont réalisées en reprise sur des machines spéciales, en particulier des machines transfert circulaires ou linéaires, bien que la tendance vise à réaliser l'ensemble des séquences d'usinage sur une seule et même machine.

Avec les moyens de production actuels de la branche, l'image des ateliers de décolletage d'antan sombres et bruyants, avec leur atmosphère embrumée de brouillard d'huile et leur plancher glissant incrusté de copeaux métalliques, est à reléguer aux oubliettes du temps.

Les matériaux des pièces produites ont aussi évolué, allant du laiton, de l'acier et des métaux précieux, aux aciers inoxydables, alliages légers, titane, etc. Des stockistes et lamineurs bien établis dans l'Arc jurassien, procurent à l'industrie du décolletage les barres de grande précision dont elles ont besoin, réalisées en toutes dimensions et tolérances, dans les matériaux les plus variés.

La technique des matériaux destinés à la fabrication d'outils de coupe évolue tout aussi rapidement, depuis les aciers d'outils au carbone et les aciers rapides des premiers temps, aux outils monoblocs en métal dur ou à plaquettes rapportées dotées de revêtements extra-durs. Dans le domaine des outils de coupe, les progrès et innovations sont constants. Il est fréquent d'entendre dire que les fabricants d'outils de coupe conservent en permanence une longueur d'avance sur les constructeurs de machines. Enfin, il convient également de mentionner les progrès constants réalisés dans le domaine des huiles de coupe à haute valeur ajoutée pour le décolletage, en particulier chez des producteurs suisses.

L'industrie du décolletage doit continuellement s'adapter pour satisfaire aux besoins changeants du marché. Elle s'est implantée dans l'Arc jurassien durant la seconde moitié du 19e siècle et au début du 20e siècle, dans un premier temps pour faire face à la demande croissante d'une industrie horlogère fortement dynamique dans cette région. Les tours automatiques à poupée mobile, réputés dans le monde entier sous le label « Swiss Type Automatic Lathe » et dont la réalisation à l'échelle industrielle a démarré à Moutier vers 1880, ont permis la production rationnelle de composants horlogers, tels que vis, axes et pignons pour montres et pendules, éléments jusqu'alors très laborieux – et donc forcément coûteux – à fabriquer manuellement par les moyens traditionnels.

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Par la suite, d'autres domaines sont venus s'ajouter en fonction des opportunités du marché, entre autres pour des secteurs tels que l'électro-ménager, l'appareillage fin, l'instrumentation, les compteurs, le matériel de défense, l'automobile et l'aérospatiale, les microtechniques, le matériel médical, l'équipement électronique, la connectique, les télécommunications, les mouvements de boîtes à musique, les jouets, etc. Bref, quasiment tous les articles techniques ou de la vie courante réalisés en série incorporent des éléments décolletés.

Forte concentration dans l'Arc jurassien

Plus de 150 entreprises actives dans le secteur du décolletage sont répertoriées en Suisse romande. Grosso modo, les deux tiers d'entre-elles sont implantées dans le nord de l'Arc jurassien, dans la région Bienne-Seeland et dans le canton de Soleure. Leur nombre est en expansion continue. A titre indicatif, pour citer un cas spécifique, Moutier comptait déjà par le passé un grand nombre d'entreprises industrielles. David-Louis Préco, un Prévôtois (habitant de Moutier) qui avait quitté Moutier en 1880 pour émigrer (et faire fortune) au Brésil, en avait établi la liste complète à son retour au village natal en 1940. En l'occurrence il avait répertorié à l'époque onze ateliers de décolletage implantés sur sol prévôtois. Paradoxalement, on n'en trouve que fort peu dans le canton de Genève ou à la Vallée de Joux, berceaux de la haute horlogerie. Mais il faut préciser qu'en France voisine, à proximité immédiate, la Vallée de l'Arve avec ses 500 fabriques et ateliers de décolletage, constitue un concurrent de taille pour les entreprises suisses de décolletage.

Des pièces décolletées pour une foule d'applications

Un mouvement de montre mécanique traditionnelle comporte plus ou moins une trentaine de pièces décolletées, ou décolletées et taillées. Un peu moins pour les montres à quartz analogiques, beaucoup plus pour les chronographes et les mécanismes de haute horlogerie comportant diverses « complications ». Il s'agit de composants tels que vis, pignons, axes et pivots, éléments de la tige de remontoir et de mise à l'heure, barillets et arbres de barillets, sans oublier des pièces constitutives de l'habillage, tels que couronnes, barrettes, axes de bracelets métalliques, poussoirs, etc.

Les mouvements plus compliqués, ainsi que les chronographes, incorporent un nombre encore plus important de pièces décolletées. Autre application dans le domaine horloger : la pendulerie. Qui ne connaît pas les célèbres pendules neuchâteloises, produites notamment dans la Béroche neuchâteloise et au Locle ? De nombreuses pièces décolletées entrent également dans leur composition.

Apparentée à l'horlogerie, l'industrie des boîtes à musique, particulièrement florissante vers la fin du 19e siècle et la première moitié du 20e siècle, s'est fortement implantée dans la région de Sainte-Croix et de l'Auberson. Des mouvements de boîtes à musique populaires, à savoir les modèles avec peigne à 18 ou 22 lames, étaient alors produits en très grandes séries. Ils comportent trois pièces décolletées et taillées: la tige de rouleau, le pignon premier et le pignon long, ainsi que plusieurs vis et l'axe du barillet. Cette industrie s'est désormais entièrement déplacée en Extrême-Orient, seuls les produits de haut de gamme et de luxe étant encore fabriqués en Suisse, notamment chez Reuge à Sainte-Croix.

L'industrie des compteurs (gaz, électricité) a été présente en Suisse jusqu'à la généralisation des systèmes de comptage entièrement numériques. Les mécanismes des compteurs, comportant divers axes, pignons et rouages, sont assez similaires à ceux de l'horlogerie. Il en va de même pour les minuteries ou encore les systèmes de temporisation pour les obus d'artillerie. D'autres pièces décolletées et taillées entrent dans la composition des micromoteurs et de leurs systèmes réducteurs de vitesse.

L'automobile, un autre grand utilisateur de pièces décolletées

L'industrie automobile constitue un autre débouché important pour l'industrie du décolletage, qu'il s'agisse de décolletage fin (par exemple pour l'instrumentation des tableaux de bord) ou alors de composants plus volumineux fréquemment réalisés sur des tours automatiques à broche fixe avec tourelles porte-outils ou sur des tours automatiques multibroches. Toujours dans le domaine de l'industrie automobile, un besoin croissant de pièces décolletées se fait sentir pour les systèmes d'injection, d'ABS ou les airbags, ainsi que pour divers éléments de motorisation pour accessoires électromécaniques. Un autre secteur spécifique était constitué par l'industrie de la lunetterie, implantée tout particulièrement dans le nord-est de l'Italie et dans le département français du Jura; mais actuellement, la fabrication des montures de lunettes s'est déplacée massivement en Chine, même pour les produits des grandes marques.

Dès la fin des années septante, le secteur de la connectique a connu une expansion fulgurante, sous l'impulsion de la micro-électronique, de l'informatique grand public, puis plus récemment de la téléphonie mobile. Il s'agit d'éléments en laiton doré ou en cuprobéryllium, souvent de très petite taille, produits en très grandes séries.

Les techniques médicales dépendent également du décolletage

Autre débouché pour l'industrie du décolletage: les techniques médicales (medtechs), un domaine qui est actuellement en plein essor. Les composants sont souvent en acier inoxydable ou en titane. Il s'agit par exemple de vis chirurgicales, de composants pour pacemakers ou de pompes à insuline et d'implants dentaires ou de composants pour l'instrumentation médicale. Les spécifications des clients sont particulièrement poussées, touffues et tatillonnes, en particulier en matière de traçabilité. En outre, surtout dans le domaine dentaire, les séries de pièces sont très petites, parfois ces dernières sont même produites à l'unité. Ce marché est à forte croissance.

MSM

Article extrait du livre « Le décolletage dans l'Arc jurassien » d'Edouard Huguelet
Édité par l'AFDT (Association des Fabricants de Décolletages et de Taillages)
Disponible gratuitement à l'adresse suivante : francis.koller@moutier.ch

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