Etat des lieux de la Chine

Le cadeau d’accueil du Président Xi : une Chine emballée

| Rédacteur: Jean-René Gonthier

Le peuple chinois sera-t-il le gagnant des nouvelles stratégies économiques du président Xi?
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Le peuple chinois sera-t-il le gagnant des nouvelles stratégies économiques du président Xi? (Picture: VBM-Archive)

>> Le jeudi 14 Mars 2013, le Parlement chinois a élu à la présidence de la république Xi Jinping, qui était déjà chef du Parti Communiste. Il représente désormais la Chine au niveau international pour les dix prochaines années. Une prise de pouvoir plus complète que celle de son prédécesseur. Peut-être est-ce dû à l’ampleur de la tâche qui attend le nouveau Numéro 1 chinois?

Le nouvel homme fort de la Chine doit aller au devant de réformes aussi difficiles qu’inévitables. Car malgré ses leviers de contrôle macro-économiques quasi-illimités, la Chine souffre aujourd’hui d’une spéculation endémique. Et plus elle tente de rationaliser son économie, plus celle-ci échappe à son contrôle au profit du secteur informel. Monsieur Xi en prend acte en s’entourant de réformistes et en faisant de la lutte contre la corruption son cheval de bataille. Mais les réminiscences d’une croissance décennaire ont la vie dure. Et les blocages macro-économiques actuels vont le forcer à évoluer entre réformes structurelles et préservation du niveau de vie. C’est dans cette configuration qu’il permettra à la Chine d’entrer dans une nouvelle phase de développement durable.

L’emballement de la croissance des pays émergents ou la bulle des BRIC

Depuis la crise mondiale de 2009, les économies émergentes ont maintenu leur croissance. Elles auraient pu utiliser cette pause forcée pour restructurer leur système financier, à l’instar de l’Europe, et amorcer leur propre dynamique. Mais elles sont reparties de plus belle car le reste du monde devait pouvoir continuer à compter sur les BRICs. Ce modèle de croissance chinoise pré-crise consiste à dépenser de l’argent plus vite qu’on n’en contrôle l’usage. Les sociétés étrangères, alliées aux gouvernements locaux qui les exemptaient de taxes (assumant du coup une partie de leurs dettes), se dépêchaient d’investir en Chine, quitte à payer des prix d’entrée exagérés, de peur que cela soit plus cher par la suite. Les multinationales plaçaient leurs pions face à leurs concurrents et communiquaient auprès de leurs actionnaires sur leur « politique Chine » dans un contexte de course à l’investissement aujourd'hui obsolète. Une bulle qui s’est donc maintenue jusqu’ici au point qu’elle nécessite à présent un afflux exponentiel de capitaux pour l’alimenter. Alors que les pays développés qui ont, eux, fait le choix de l’austérité en 2009, en ont moins à investir. La crise de croissance que Pékin a évitée il y a trois ans les rattrape aujourd'hui, plus douloureuse encore. Car l’économie chinoise est plombée par l’inflation due à ses dettes internes et au manque de rigueur dans l’allocation de ses actifs. Elle doit structurer son système financier pour qu’il ne reproduise pas ces erreurs et son marché intérieur pour récupérer une partie du moteur perdu avec l’austérité occidentale. En somme, les BRICs ont continué à faire tourner le monde pendant que les pays développés se réformaient. Aujourd'hui, c’est à leur tour de se structurer, mais sans personne pour assumer la croissance mondiale à leur place.

Peut-être est-ce donc aujourd’hui que la Chine entre en crise

Elle peut en sortir en développant son secteur privé mais pour arriver à maturité celui-ci doit s’arroger une grande partie du contrôle omniprésent de l’économie par l’Etat. Et imposer la rigueur dans la gestion des ressources, sinon la problématique se reproduira. Une période difficile s’annonce, d’aussi profonds changements ne peuvent se faire du jour au lendemain. D’autant plus que l’expérience a prouvé que plus la Chine essaye de contrôler son économie, plus les spéculateurs se tournent vers des réseaux souterrains qui accélèrent les mouvements de capitaux fébriles et leurs effets pervers. Durant la dernière décennie, la masse monétaire a augmenté de 18,2% par an, contre seulement 10% pour le PIB réel. Une inflation galopante qui, en période de croissance organique, permettait aux investisseurs étrangers un rendement offshore élevé. Ils ont donc investi en masse, ce qui a soutenu le Yuan et maintenu ainsi le cycle vertueux, dont l’inflation était un collatéral inévitable. Mais ces derniers mois, les BRICs ont vu les capitaux étrangers diminuer et leurs monnaies ont subi des pressions à la baisse. Seule l’inflation a continué. Ils se retrouvent aujourd’hui dans une situation similaire aux économies d'Asie du Sud-Est en 1996. Ils doivent changer leur priorité en passant de la croissance à tout prix à la stabilité financière sous peine de voir leur cercle vertueux devenir pervers. A la différence des économies asiatiques du Sud-Est, qui ne l’ont pas fait à temps il y a quinze ans. Une telle réforme nécessite beaucoup de courage.

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