Etude détaillée - Les techniques médicales en Suisse

La technologie médicale suisse - un écosystème en danger?

| Rédacteur: Jean-René Gonthier

Swiss Medtech Report, version 2012. Les auteurs de cette étude intitulée «The swiss Medical Technology 2012 - In the wake of the Strom» a été réalisée par MM. Dr. Patrick Dümmler et Beatus Hofrichter.
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Swiss Medtech Report, version 2012. Les auteurs de cette étude intitulée «The swiss Medical Technology 2012 - In the wake of the Strom» a été réalisée par MM. Dr. Patrick Dümmler et Beatus Hofrichter. (Image: Medtech Switzerland)

>> La pression croissante, au niveau international, des coûts, des prix et de la concurrence, la recrudescence des contraintes réglementaires, le manque de capacités d’experts et la vigueur du franc placent le secteur suisse de la technologie médicale face à des défis énormes. Des parties précieuses de la chaîne de création de valeur menacent de quitter la Suisse.

A quoi ressemblera l’avenir? C’est ce que met en évidence le rapport «Swiss Medical Technology Industry 2012». Medical Cluster, Medtech Switzerland et IMS Consulting Group présentent les résultats de l’enquête menée auprès de plus de 320 sociétés et mettent en évidence des approches de solutions possibles.

Par rapport à la toute première publication de l’analyse en 2006, le contexte a extrêmement changé pour les entreprises de la technologie médicale suisse - secteur clé de l’économie helvétique. Comme le montrent les enquêtes actuelles et les chiffres de l’économie, l’industrie de la technologie médicale va toujours bien (voir sous «Faits et chiffres»), cependant les défis se sont accrus.

A l’échelon international, le pôle Suisse demeure un «hot spot» mondial de la technologie médicale. On apprécie la stabilité politique et économique, les conditions fiscales attractives, l’accès à une main d’œuvre hautement qualifiée et le marché du travail flexible. Un autre point positif réside dans la recherche de pointe, la densité très marquée d’hôpitaux et de médecins, le système de santé moderne ainsi que l’agrément relativement rapide de nouvelles méthodes de diagnostic et de thérapie.

La Suisse possède en outre un grand nombre d’entreprises familiales et de PME axées sur le long terme recourant à un réseau solide de partenaires proches dans l’espace. Tous ces avantages ont jusqu’à présent conduit à ce que l’ensemble de la chaîne de création de valeur de la technologie médicale puisse être couverte à l’intérieur de la Suisse.

Croissance à un chiffre, érosion des marges

Cependant les conditions-cadres changent. Les entreprises sont confrontées à un vent de face de plus en plus fort: le rapport Swiss Medical Technology Industry (SMTI) 2012 met en évidence, par rapport aux deux dernières études, un renversement de tendance insidieux. Si la prévision de croissance moyenne pour 2012 s’élève à 5,9 % et pour 2013 à 6,6 %, la croissance a été quasiment divisée par deux ces dernières années et demeurera à un chiffre à l’avenir, selon les auteurs de l’étude. La croissance moyenne du nombre d’employés au cours des deux dernières années est, avec 3 %, certes toujours positive, cependant elle a également diminué au cours de cette période. La plupart des fabricants tablent sur des chiffres d’affaires plus élevés associés à une baisse de la rentabilité. «L’âge d’or est terminé. Alors que les marges moyennes, il y a cinq à dix ans, dépassaient les 10 %, elles ne sont plus aujourd’hui qu’à un chiffre», soulignent les deux auteurs de l’étude, Patrick Dümmler, Medtech Switzerland, et Beatus Hofrichter, IMS Consulting Group.

Pour compléter ce thème
 
A propos de l’étude
 
Faits et chiffres de la branche

La problématique du taux de change renforce les investissements à l’étranger

Ce sont les petites sociétés, en particulier de l’industrie de la sous-traitance, qui pâtissent le plus de la pression croissante des prix et de la concurrence au niveau international. La vigueur du franc suisse est désignée comme un autre des trois défis principaux pour la branche. Ainsi, l’industrie exportatrice, en dépit du cours plancher, a subi, depuis le début 2010, une appréciation de 23 % par rapport à l’euro. Selon un sondage, 81 % de toutes les sociétés SMTI sont concernées par ce problème. Les sous-traitants souffrent particulièrement des conditions actuelles. 98 % d’entre eux indiquent que les taux de change actuels ont un effet négatif sur leur résultat commercial. Ce désavantage compétitif n’a pas pu, dans des délais aussi courts, être entièrement compensé par des gains de productivité, et si le chiffre d’affaires s’est maintenu, c’est au détriment des marges, selon le résultat de l’étude.

Afin de mieux se couvrir contre les fluctuations des taux de change, 15 % de toutes les entreprises prévoient, dans les trois prochaines années, des investissements sur des sites de production dans des pays étrangers moins chers (natural hedging). Par rapport à la structure de PME très marquée de l’industrie de la technologie médicale suisse, c’est là une part élevée. De même, de plus en plus de sous-traitants et fabricants s’approvisionneront en consommations intermédiaires et biens d’équipement en-dehors de Suisse. Ce qui s’accompagne d’une baisse de fidélité aux partenariats établis traditionnels entre les fabricants et les sous-traitants - jusqu’à présent l’une des forces de l’écosystème de la technologie médicale suisse. De surcroît, de plus en plus de sociétés de la technologie médicale suisse passent aux mains de capitaux étrangers: ainsi, déjà 50 % des dix plus grandes entreprises de la technologie médicale au monde de Suisse dépendent de décisions prises par leurs sièges (sociaux) très éloignés.

Et de plus en plus, les démarches administratives et la bureaucratie helvétiques, liées à la recrudescence des contraintes réglementaires, pèsent sur les entreprises. Ce qui, au total, a pour effet que des parties précieuses de la chaîne de création de valeur menacent de s’en aller. «Il est urgent d’agir afin que l’écosystème de la technologie médicale suisse ne s’effondre pas», mettent en garde les auteurs.

Les hôpitaux professionnalisent l’approvisionnement

En outre, les budgets serrés du système de santé suisse génèrent des restrictions supplémentaires: au plus tard depuis l’introduction du nouveau financement des hôpitaux en janvier 2012, les cliniques sont obligées de professionnaliser leurs approvisionnements et de rationaliser leurs processus. Afin de réduire les coûts de façon ciblée, les acheteurs de technologie médicale regardent davantage les prix et achètent leurs produits via des centrales d’achat (GPO) ou via un nombre de plus en plus réduit de gros fournisseurs triés sur le volet. Les petits fabricants sont donc ramenés au rang de sous-traitants de deuxième classe. Un point également décisif est qu’un hôpital se fournit en prestations auprès d’une seule entité, si possible. A ce niveau, il s’offre, selon les auteurs, de plus en plus de nouvelles options aux fabricants de technologie médicale afin de créer, un peu comme un «Owner of Disease», des offres globales innovantes aux côtés de l’(auto-)approvisionnement en cas de maladies. De plus en plus également, les fabricants se mettent à gérer eux-mêmes leurs clients et à élargir leur portefeuille de produits en offrant des solutions de traitement intégrées.

Développer de nouveaux modèles commerciaux

Cependant, il n’y a pas que des facteurs externes, mais également des faiblesses structurelles internes, qui accélèrent la tendance à la consolidation. Ainsi, les entreprises manquent de qualifications de management et de connaissances d’experts. Ce sont avant tout les spécialistes du marketing, de la compliance, des Regulatory Affairs et du QM qui sont recherchés afin de pouvoir répondre aux défis actuels du marché. Le savoir-faire traditionnel des ingénieurs ne suffit plus afin de s’imposer face à une concurrence internationale de plus en plus âpre.

Avec une part de plus de 86 % de toutes les réponses, l’extension du marketing et des connaissances du marché se situe tout en haut de l’ordre du jour des mesures prises, suivie par l’augmentation de la rentabilité. Ce faisant, la branche met l’accent sur l’excellence commerciale et opérationnelle. Grâce à des processus améliorés, elle souhaite répondre à la pression croissante des prix émanant des clients et des organismes de réglementation. En dépit d’une concurrence croissante, les entreprises de la technologie médicale se concentrent cependant trop peu sur le développement stratégique de nouveaux modèles commerciaux et canaux de distribution. «Les CEO, notamment dans les petites sociétés, sont principalement occupés par les affaires au jour le jour et n’ont souvent pas le temps ni le capital nécessaire afin de mettre au point et en œuvre de nouvelles stratégies. Mais dès aujourd’hui, ils devraient savoir, en réalité, quels marchés fournir, dans cinq ans, en quels produits ou services», mettent en garde les auteurs.

Mettre en place des clusters nationaux et des pools de services

Compte tenu des évolutions indiquées, il est extrêmement urgent, selon les auteurs de l’étude, d’agir pour la branche et le pôle d’activité: avant tout, l’industrie de la technologie médicale doit adopter un rôle actif dans la consolidation du marché. Le ficelage de paquets de services ne saurait être réservé aux grands. Les PME qui n’ont pas, seules, le format nécessaire, peuvent se réserver l’accès aux acheteurs en collaborant avec des fournisseurs de services/produits complémentaires en Suisse ou en reprenant des sociétés étrangères.

Les auteurs de l’étude voient des approches de solutions possibles dans la formation de clusters nationaux et de pools de produits ou de services au sein desquels les prestataires de services et de produits de santé mettent au point des solutions innovantes et couvrent la chaîne de création de valeur. Par exemple, il serait ainsi possible, pour le traitement des plaies, de mobiliser l’ensemble de l’infrastructure hospitalière ou l’ensemble des consommables nécessaires à une opération.

Promouvoir le réseautage international

Quant à la politique suisse, les auteurs de l’étude lui recommandent de concentrer la promotion des exportations sur un petit nombre d’industries clés afin de lutter d’égal à égal avec les principaux concurrents que sont l’Allemagne, les Etats-Unis et la France. Afin d’obtenir un accès optimal aux principaux marchés de la santé pour les sociétés de la technologie médicale, des représentants de l’industrie pourraient être impliqués dans les négociations d’accords de libre échange. De plus, des contacts de haut niveau, et tout particulièrement d’ordre politique, doivent être établis avec les sièges sociaux des sociétés de technologie médicale investissant en Suisse afin de positionner le pôle de manière appropriée, y compris à l’étranger.

Dernier événement majeur

En vue de l’établissement de contacts importants, le World Medtech Forum (WMTF) a proposé la semaine passé, du 24 au 27 septembre, une plate-forme de réseautage adaptée aux plus de 260 entreprises, organisations et représentants de la politique et du système de santé venus de Suisse et de l’étranger, avec ses stands, forums, manifestations et présentations.

SMTI 2012 (en anglais): www.medical-cluster.ch/smti <<

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