Interview La Suisse et l'intelligence artificielle

de Marina Hofstetter SEFRI / OFCOM / OFJ 6 min Temps de lecture

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Au-delà des développement techniques qui y sont associés, l'utilisation de l'intelligence artificielle, que ce soit de manière professionnelle ou personnelle, soulève de nombreuses questions. Comment se positionne la Suisse dans tout cela ? Le SEFRI, l'OFCOM et l'OFJ ont accepté de répondre à nos questions.

Consciente des enjeux liés à l'intelligence artificielle, la Suisse est active sur de nombreux fronts.(Source :  thenort - stock.adobe.com)
Consciente des enjeux liés à l'intelligence artificielle, la Suisse est active sur de nombreux fronts.
(Source : thenort - stock.adobe.com)

Le rapport international sur la sécurité de l'IA vient d'être publié. Quelle a été la contribution de la Suisse à ce rapport ?

C'est la première fois que la communauté scientifique unit ses efforts pour présenter aux gouvernements et au public une synthèse complète de l'état de la recherche portant sur le développement de l'IA et sur les risques qui y sont associés. Le rapport est le fruit de cette collaboration.

La Suisse soutient l'approche selon laquelle la science a un rôle central à jouer lorsqu'il s'agit d'évaluer les chances et les risques que représente l'IA pour la société et de discuter d'une utilisation appropriée de ces technologies.

C'est pourquoi le Secrétariat d'État à la Formation, à la Recherche et à l'Innovation (SEFRI) a participé au comité consultatif international d'experts qui a accompagné les travaux relatifs au rapport. Le SEFRI a également proposé plusieurs experts suisses renommés en tant que conseillers scientifiques. Les professeurs Andreas Krause et Florian Tramer, de l'EPF Zurich, ont été retenus pour participer à l'élaboration du rapport. La Suisse était donc bien représentée, ce qui reflète son excellente position dans la recherche sur l'IA.

Quels sont les défis à relever pour les prochaines années ?

Il est intéressant de noter que le rapport international sur la sécurité de l'IA reprend certains développements actuels importants déjà identifiés par la Confédération en 2019 dans le rapport du groupe de travail interdépartemental « Intelligence artificielle ». On peut citer, à titre d'exemple, les agents d'IA, autrement dit les systèmes d'IA capables d'interagir avec l'environnement de manière hautement autonome. Nous devrons certainement continuer à suivre ces développements de près.

La question fondamentale est de savoir à quelle vitesse la technologie progresse. Le rapport sur la sécurité de l'IA montre que les chercheurs ne s'accordent pas sur ce point.

Actuellement, le développement de l'IA ne montre aucun signe de ralentissement. Cela signifie que les défis que nous connaissons (p. ex. la cybersécurité, la création de faux contenus ou l'utilisation abusive de tels systèmes) continueront à prendre de l'ampleur à court terme. Ces questions complexes doivent être abordées d'un point de vue réglementaire, afin de réduire au minimum les risques pour la société sans pour autant entraver l'innovation. Les possibilités techniques qui permettent de relever ces défis existent déjà en partie, mais elles ne sont souvent pas en mesure de suivre le rythme des développements. C'est pourquoi, en matière de réglementation, la Suisse adopte une approche neutre sur le plan technologique et axée sur les applications.

Au niveau international, d'autres discussions sont récemment venues s'ajouter aux questions relatives à la sécurité et portent par exemple sur les développements géopolitiques et la souveraineté numérique, mais aussi sur la consommation d'énergie par l'IA, les conséquences sur le marché du travail ou la concentration du marché. Ces thèmes sont en principe également connus, mais ils font davantage l'objet de discussions.

Dans le cas où vous auriez participé au sommet international sur l'IA à Paris, quelles sont vos impressions sur les discussions qui s'y sont tenues ?

La délégation suisse, menée par le conseiller fédéral Albert Rösti, a suivi les discussions avec grand intérêt. Son objectif était de positionner la Suisse comme un partenaire fiable et un pôle de recherche et d'innovation de premier plan.

Par rapport au sommet qui s'est tenu à Bletchley Park en 2023, l'accent a été mis davantage sur les chances et les possibilités offertes par l'IA que sur les risques et les aspects sécuritaires.

L'urgence de réduire les inégalités et d'aider les pays en développement à renforcer leurs capacités en matière d'IA afin qu'ils puissent tirer parti de cette technologie a également été soulignée à plusieurs reprises. Dans ce contexte, le premier ministre indien Narendra Modi a annoncé la tenue d'un prochain sommet en Inde.

Les technologies comme l'IA sont utilisées comme des leviers politiques : comment la Suisse peut-elle assurer son indépendance et sa sécurité (du pays, de ses citoyens et de ses entreprises) dans le contexte mondial actuel ?

Si la Suisse est bien positionnée en matière de technologies émergentes, notamment grâce à la qualité de ses hautes écoles, à ses investissements dans la recherche et à son écosystème d'innovation, elle dépend aussi d'une coopération internationale fiable et digne de confiance. Il est donc important de continuer à investir dans des infrastructures souveraines, de renforcer la régulation et de soutenir l'innovation via des financements privés et publics. La coopération européenne et le développement de standards éthiques et sécuritaires sont également essentiels.

La Suisse s'engage activement dans les processus multilatéraux, par exemple au sein des Nations Unies, pour contribuer à l'élaboration de normes internationales garantissant une utilisation responsable et conforme au droit international. Cet engagement vise à minimiser les risques tout en permettant de tirer pleinement parti du potentiel de l'IA pour l'innovation et la prospérité.

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Quels sont les développement actuels en Suisse dans le domaine de l'intelligence artificielle ?

En février 2025, le Conseil fédéral a pris une décision de principe concernant la réglementation de l'IA en indiquant que la Suisse entendait ratifier la Convention du Conseil de l'Europe sur l'IA et apporter les modifications nécessaires dans le droit suisse. Cette convention vise à créer un cadre juridique général et à identifier les principaux défis juridiques dans le domaine des droits de l'homme, de la démocratie et à l'État de droit. Si des modifications légales sont nécessaires, elles devront se limiter autant que possible aux secteurs concernés. Toutefois, une réglementation générale, intersectorielle, englobera les domaines centraux relevant des droits fondamentaux comme la transparence, la protection des données, la non-discrimination et la surveillance. Plusieurs offices fédéraux se penchent actuellement sur les développements et les défis en matière d'IA.

Les questions relevant des droits fondamentaux sont traitées par l'Office Fédéral de la Justice (OFJ). Le Conseil fédéral a également constaté qu'en plus de mesures juridiquement contraignantes, il fallait également prévoir d'autres mesures comme l'élaboration d'une déclaration d'engagement ou le développement de solutions sectorielles concernant le recours à l'IA.

Dans le domaine de la formation, de la recherche et de l'innovation, la thématique de l'IA est du ressort du SEFRI. Les acteurs du domaine œuvrent activement pour répondre aux évolutions de l'IA. La numérisation est par exemple définie comme un thème transversal dans le message relatif à l'encouragement de la formation, de la recherche et de l'innovation pendant les années 2025 à 2028. Les acteurs encouragés par la Confédération prévoient différentes priorités sur cette thématique (informations complémentaires sur le site du SEFRI sous : numérisation dans le domaine FRI).

Comment les entreprises suisses, en majorité des PME, sont-elles soutenues dans la mise en place de processus intégrant l'IA, leur permettant ainsi de rester compétitives tant au niveau national qu'international ?

Le rapport sur l'innovation 2023 (en allemand) est clair : les entreprises ont de plus en plus recours à l'IA, mais on observe une nette différence entre les petites et les grandes entreprises. En effet, seuls 8,3 % des petites entreprises utilisent l'IA, contre 34 % des grandes entreprises. Au vu de ces chiffres, force est de constater que l'accès à des processus intégrant l'IA reste un défi pour les PME. Toutefois, cette technologie évolue très rapidement. Il existe de plus en plus de prestataires capables de développer des technologies de pointe. Par ailleurs, le nombre de modèles d'IA proposés en Open Source ne cesse d'augmenter, ce qui profite aux hautes écoles et aux entreprises, notamment aux PME.

Chaque entreprise est responsable de la mise en place de processus intégrant l'IA, mais la Confédération soutient de manière générale les PME par le biais de l'encouragement de l'innovation. Dans ce contexte, le développement et l'utilisation de l'IA sont des évolutions cruciales qui sont soutenues de manière active. MSM

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