Le software est l’enjeu principal de la transformation du tissu industriel américain La guerre industrielle : l’Amérique et la Chine

Auteur / Rédacteur: Par Xavier Comtesse, mathématicien, digital shaper / Gilles Bordet

Obama avait lancé en 2011, le projet nommé «Advanced Manufacturing initiative» répondant ainsi à l’offensive allemande d’Industrie 4.0. Le choix américain avait pour but dès le départ de favoriser une approche digitale en s’inscrivant ainsi dans la révolution numérique.

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Notre économie avait pendant longtemps un coup d’avance, nous avons désormais un coup de retard.
Notre économie avait pendant longtemps un coup d’avance, nous avons désormais un coup de retard.
(Source : L'usine nouvelle)

Pas question d’affronter les autres pays sur le hardware mais bien avec le software pour lequel les Etats-Unis avaient une longueur d’avance. Ainsi des projets phares dans l’industrie automobile, comme ceux de la Google Car ou Tesla ont influencé le monde de l’automobile. Cette industrie est désormais autant software que hardware car il s’agit évidemment de rendre la conduite automobile autonome. C’est un problème d’algorithmes plus que de ferraille … Cette extraordinaire perspective indique bien la direction de la transformation du tissu industriel américain.

Le software est l’enjeu pour eux. Les Big Data mais surtout les algorithmes de l’Intelligence Artificielle sont les éléments centraux de toute cette transition digitale. La course à la voiture autonome dans laquelle tous les constructeurs se sont lancés, est au cœur de la révolution industrielle américaine. Dans ce pays, la voiture et l’industrie qui la produit, ont ensemble façonner le pays. Routes, autoroutes mais aussi style de vie en mouvement (on the road) sont à la base de la vie américaine du 20e siècle et se prolonge dans le nouveau siècle. C’est certain. On ne se rend pas bien compte ici à quel point la voiture autonome est un challenge mobilisant presque tous les efforts industriels aux USA. Certes, d’autres industries comme notamment l’industrie spatiale avec SpaceX participent également au renouveau industriel mais l’automobile reste la pièce maîtresse de la révolution industrielle. Les autres compétiteurs dans ce secteur comme les constructeurs allemands, français, japonais, chinois ou coréens l’ont bien compris. Ils font tout leur possible pour rester dans le coup, mais on le voit bien le centre des opérations de cette guerre industrielle est la Californie.

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L’arrivée de Donald Trump à la Maison blanche a changé encore un peu la donne. Bien que son administration ne semble pas lancer de grands plans d’innovation, ses initiatives verbales comme America First ou parlementaire comme les coupes importantes d’impôts pour les entreprises (sur sol américain) et les renégociations des accords commerciaux internationaux, redistribuent totalement les cartes. L’Amérique redevient fiscalement et économiquement très compétitive. Ainsi la guerre industrielle ne sera pas tant technologique que commerciale. En d’autres termes, les conditions cadres américaines pour l’industrie se sont grandement améliorées.

Il va falloir tenir compte de cette nouvelle dimension. Pour la Suisse notamment où les efforts parlementaires et gouvernementaux ont toujours portés sur les conditions cadres. Eh bien, Mesdames et Messieurs de « Berne », on est de plus en plus dépassé par bon nombre de pays, et maintenant même par les Etats-Unis, en ce qui concerne ces fameuses conditions cadres de l’économie.

Ainsi, notre économie avait pendant longtemps un coup d’avance, nous avons désormais un coup de retard !

La guerre industrielle : la Chine

Dans cet affrontement industriel entre géants : si l’Allemagne privilégie le hardware et les USA, le soft (voir les deux articles précédemment parus) alors on pourrait dire que la Chine, ce sont plutôt les plateformes (la sur-traitance économique en quelque sorte, on y reviendra).

Il est clair que cette description est un peu sommaire mais elle a l’avantage d’éclairer rapidement sur la différence des approches choisies par ses trois pays.

Grosso modo : le hardware est l’approche par les machines industrielles, le software par les Big Data et les Algorithmes (dont notamment le « machine learning ») et les plateformes, c’est la sur-traitance industrielle. Lors d’une visite à Shanghai et sa région, avec un groupe d’industriels neuchâtelois, nous avons découvert ce concept industriel chez Envision Energy, une société orientée vers la fabrication d’éoliennes et de panneaux solaires pour la production d’électricité verte qui a développé dans le cadre d’une vision de « smart energy » un concept de plateforme de sur-traitance extrêmement efficace. Envision Energy ne fabrique pas seulement, elle gère pour ces clients (des sociétés de production et de distribution d’électricité) l’ensemble de leurs activités. La plateforme est le centre névralgique de leur modèle économique.

Comment cela marche ?

Eh bien, c’est très simple : à partir d’une plateforme software la compagnie oriente les éoliennes, les panneaux solaires en fonction des conditions météo et des besoins du marché…une sorte d’immense bourse en temps réel entre besoin et production, le tout en fonction des prix. Comme cette plateforme marche bien pour leur client, elle a été ouverte à d’autres producteurs venant de l’hydroélectrique, du charbon, du pétrole ou du nucléaire. Une gestion intelligente (smart energy) n’est possible qu’à partir de plateforme de sur-traitance. C’est lorsque tous les acteurs sont réunis sous la même baière que l’on peut offrir une gestion « intelligente ». Il fallait y penser. Les chinois l’ont fait !

Ce n’est pas le seul domaine où les chinois avancent leur sur-traitance. Tencent, la plus grosse compagnie au monde qui détient notamment WeChat (messagerie) est conçue comme une entreprise de sur-traitance. Bien sûr, nous sommes ici face à une compagnie qui est d’abord une entreprise d’informatique et de télécommunications (réseaux sociaux et e-commerce) … mais les chinois ne s’embarrassent pas de ce genre d’étiquette. Tencent fait aussi dans la finance et les jeux !

Des conglomérats d’un nouveau type surgissent en Chine et auront un effet sur la planète entière. La vision chinoise de la sur-traitance sera un modèle économique dominant qui entraînera d’une manière ou d’une autre toute la révolution industrielle. On peut d’ores et déjà dire que si le numérique joue un rôle clé dans l’industrie 4.0, les plateformes de la sur-traitance seront à la base de toute l’économie 4.0 mondiale.

La Chine montre le chemin, à n’en pas douter. MSM

Episode 4: Suite et fin de la saga industrielle par Xavier Comtesse

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