événement La Chaux de Fonds nous ouvre ses portes pour les journées de la presse de l’AFDT

de Margaux Pontieu 7 min Temps de lecture

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Retour sur la 7e édition des journées de la presse de l’AFDT (Association des Fabricants de Décolletages et de Taillages), événement incontournable pour valoriser et faire découvrir la branche du décolletage et du taillage auprès des médias.

Atelier de décolletage chez Iseotec, pour l'usinage des barres de ⌀ 0,1 à 65 mm. Depuis son déménagement au Locle en 2024, l'entreprise dispose d'unse surface de production de 3500 m2 et possède 20% de capacité d'extension, un vrai luxe !(Source :  Roland J. Keller)
Atelier de décolletage chez Iseotec, pour l'usinage des barres de ⌀ 0,1 à 65 mm. Depuis son déménagement au Locle en 2024, l'entreprise dispose d'unse surface de production de 3500 m2 et possède 20% de capacité d'extension, un vrai luxe !
(Source : Roland J. Keller)

Journalistes de la presse technique et locale étaient invités fin mai dernier pour passer 2 jours à la Chaux de Fonds et dans ses environs afin de découvrir les coulisses du décolletage, de l’usinage de haute précision et de la formation.

Comme chaque année, le MSM était de la partie. L’événement organisé par l'AFDT met en lumière les entreprises et organismes actifs dans le décolletage pour les branches de l’horlogerie, du médical ou encore de la micromécanique.

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Fondée en 1945, l’AFDT défend les intérêts des branches du décolletage et du taillage en Suisse romande, tant en matière de promotion que de formation et de mise en réseau. Par ses actions, elle cherche à renforcer la reconnaissance des métiers techniques dans le grand public et auprès des autorités. Cette démarche passe par une valorisation concrète du tissu industriel local, notamment par l’organisation de ces Journées de la presse, qui permettent de faire découvrir à la fois la complexité des savoir-faire, la précision des pièces produites et l’engagement des professionnels. « Il ne suffit plus d’être bon, il faut être excellent », rappelle Joëlle Schneiter, directrice de l’AFDT, en soulignant l’importance cruciale de la formation pour assurer la relève dans un secteur en pleine mutation. L’excellence qui était d’ailleurs la pierre angulaire de ces journées puisque le thème de la table ronde organisée au soir de la première journée était « Condamnées à l'excellence ? ».

Retour sur les étapes de ce voyage dans les montagnes neuchâteloises.

Matthey Décolletages : l’excellence technique au service de la haute horlogerie

Première étape de cette immersion industrielle : Matthey Décolletages, entreprise familiale de 17 collaborateurs, fondée en 1952 par Albert Matthey. Dès l’accueil, les deux directeurs passionnés, Didier Mathieu et David Parent transmettent l’ADN de leur société : rigueur, innovation et engagement au service de l’horlogerie haut de gamme. Spécialisée à l’origine dans les cercles d’emboîtage, l’entreprise a su diversifier son offre pour produire lunettes, réhauts, composants de mouvement et microcomposants. Aujourd’hui, Matthey Décolletages est un partenaire privilégié de plusieurs groupes horlogers, avec un taux de service de plus de 95 % maintenu depuis treize ans — un exploit dans ce secteur.

Ce niveau de performance permet à leurs pièces d’être intégrées sans contrôle d’entrée dans les chaînes de production des clients, un gage de confiance exceptionnel. L’entreprise se distingue également par sa capacité à répondre à des demandes très spécifiques, avec des diamètres allant de 2 jusqu’à 80 mm grâce à son parc machines composé de tours CNC, décolleteuses et centres d’usinage. Les défis techniques sont constants, comme celui du contrôle qualité sur des pièces de grande taille, résolu ici grâce à l’intégration de systèmes à la résolution impressionnante (72 millions de pixels).

Chez Matthey, l’innovation se conjugue à une grande réactivité : les pièces peuvent être testées et prototypées avant même la validation de commande. La formation continue des collaborateurs est perçue comme une clé de succès : « Il faut former les collaborateurs actuels mais notre plus gros défis c'est de transmettre ce que nous avons mis en place aux générations futures », insistent les dirigeants, en évoquant aussi les guillochages réalisés directement sur CNC, preuve d’une audace technique rare dans le secteur. La polyvalence des employés est aussi une des clés de la réussite de cette belle entreprise.

CAAJ : transmettre les savoir-faire industriels à la nouvelle génération

Deuxième étape, le Centre d’Apprentissage de l’Arc Jurassien (CAAJ) à La Chaux-de-Fonds. Institution centrale pour la formation initiale dans les métiers techniques, le CAAJ est une coopérative regroupant 44 entreprises partenaires. L’objectif est clair : offrir aux apprentis un socle solide de compétences pratiques avant leur entrée en entreprise. Aujourd’hui, 80 jeunes suivent leur formation de base dans les locaux du centre, dont 28 avec une spécialisation en décolletage. Pour la rentrée 2025, 50 places seront ouvertes, témoignant du dynamisme et de l’attractivité du lieu.

Swissmem et la CPIH sont partenaires du CAAJ et de nombreuses actions sont d’ailleurs mises en place comme un échange organisé à l’automne prochain avec les apprentis de Glarus.

Inspiré du Centre d’Apprentissage des Montagnes Neuchâteloises (CAMN) fondé en 1982, le CAAJ reste fidèle à sa mission d’être le bras droit des entreprises formatrices. En formant aux exigences de qualité, au respect des délais et à l’écoute des besoins clients, il prépare les jeunes à la réalité du terrain industriel. Les 10 formateurs du CAAJ partagent une passion communicative pour la technique, rendant l’apprentissage concret, stimulant et profondément professionnalisant. Véritable espace de transition entre la formation et l’entreprise, les apprentis arrivant au CAAJ doivent avoir un contrat avec l’entreprise.

Greubel Forsey : la quête horlogère de l’impossible

Si une visite a marqué les esprits, c’est sans conteste celle de la manufacture ultra pointue Greubel Forsey. Située à La Chaux-de-Fonds, cette maison horlogère hors norme produit moins de 200 garde-temps par an — des objets d’art, fruit d’un savoir-faire qui frôle l’absolu.

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Garants de l’excellence, la maison produit des séries très limitées : de 20 à 50 pièces et 98 % du décolletage est fait en interne.

Ici, la productivité est donc secondaire. L’objectif est l’optimum : perfection mécanique, beauté esthétique, innovation constante. Tourbillon, double tourbillon, cage inclinée… chaque concept est pensé pour améliorer la précision en toutes positions, dans une recherche technique presque philosophique.

La polyvalence des équipes est l’un des secrets de cette excellence. Les décolleteurs, par exemple, travaillent sur différentes machines et systèmes de programmation, avec pour ambition d’extraire le meilleur de chaque outil. Dans un tel environnement, l’implication humaine est totale : chacun appartient à la « famille » Greubel Forsey, et l’entreprise encourage activement les évolutions professionnelles. Résultat : une fidélité rare et une motivation palpable à chaque étape de la visite.

Le clou du spectacle est sans doute la réalisation du balancier-spiral. Chaque pièce est appairée manuellement pour garantir un fonctionnement optimal, malgré des tolérances déjà extrêmement serrées. La matière du spiral, coulée sous vide, possède des propriétés physico-chimiques spécifiques, preuve que la précision commence dès l’approvisionnement. À Greubel Forsey, chaque détail compte — des machines aux huiles utilisées, en passant par l’usinage de composants invisibles à l’œil nu. Une démonstration éclatante que la perfection, même si elle reste théorique, peut être approchée avec méthode, rigueur… et passion.

Iseotec : diversification maîtrisée et anticipation stratégique

Dernière entreprise visitée, Iseotec illustre une autre facette de la branche : celle de la diversification industrielle. Implantée au Locle depuis mai 2024, après le rachat de Dixi Cylindre pour développer sa partie décolletage, Iseotec a triplé sa surface de production. L’entreprise de 50 collaborateurs réalise 80 % de son chiffre d’affaires dans l’horlogerie, avec une spécialisation dans les composants en métal tels que boîtiers, bracelets ou vis. Mais pour faire face à la cyclicité du marché horloger, Iseotec a entrepris un virage stratégique vers le secteur médical. Objectif : faire passer la part du médical de 20 % à 40 % d’ici un an.

Cette démarche repose sur une parfaite maîtrise de l’usinage depuis la barre, sans étampage, avec une autonomie totale sur l’ensemble du processus — du prototypage au développement technique, en passant par l’assemblage. « Nous avons toutes les capacités d’usinage à l’interne. Cela nous permet d’être les plus rapides du secteur », souligne Emeric Chopard, directeur général. Iseotec peut ainsi se targuer de fabriquer 100 % de ses composants métalliques.

L’entreprise mise également sur la traçabilité, développée pour le médical, mais désormais adaptée aux besoins des clients horlogers haut de gamme.

Chez Iseotec, l’innovation est continue, tant sur les matériaux (céramique, tantale, finitions spécifiques) que sur la précision. Les équipes sont formées pour anticiper les attentes du marché, avec un objectif clair : proposer un taux de service irréprochable. Cette capacité d’anticipation, combinée à une expertise technique solide, fait d’Iseotec un exemple d’agilité industrielle dans un monde en perpétuelle évolution.

Un secteur dynamique tourné vers l’avenir

Les Journées de la presse 2025 de l’AFDT auront comme à leur habitude marqué les esprits. Précision, passion, innovation, formation : autant de valeurs qui irriguent les entreprises visitées. Et si les défis sont nombreux — pénurie de main-d’œuvre qualifiée, exigences clients croissantes, fluctuations conjoncturelles — le secteur du décolletage et du taillage semble prêt à les relever avec enthousiasme et expertise.

En permettant aux journalistes de mieux comprendre les réalités de ce domaine, et de faire connaître la branche, l’AFDT remplit pleinement sa mission de valorisation et de promotion de celle-ci. Comme le souligne sa directrice Joëlle Schneiter : « Nous poursuivrons avec conviction notre engagement pour faire découvrir ces métiers et garantir la transmission du savoir-faire exceptionnel de notre région ». MSM

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