Comment standardiser les machines spéciales ?

Imaginons l’avenir des machines spéciales

| Auteur / Rédacteur: Jean-René Gonthier / Jean-René Gonthier

Une machine Ciposa prête à partir en production.
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Une machine Ciposa prête à partir en production. (Source : Ciposa)

La production et surtout la conception de ces machines d’un genre particulier car créé spécifiquement pour un type prédéfini de pièce est l’un des atouts de l’industrie de la petite mécanique en Suisse.

La fabrication de ces machines est l’un des atouts de plusieurs entreprises ayant pignon sur rue en Suisse romande. Une liste presque exhaustive est disponible en fin d’article. Ce savoir-faire où il est possible de lier conception sur demande et industrialisation permet de servir sur un plateau l’exacte machine désirée par le client. Habituellement ces machines sont dédiées à une fabrication pointue mais en grande série de pièces répétitives. Car c’est évidemment là que les marges sont les plus intéressantes et permettent d’automatiser sans souci une production. Et signalons au passage que la rentabilité doit être importante car une telle production impose un investissement important en terme d’installation et corollaire du tout ces machines dites « spéciales » se limitent évidemment à un type de production bien défini. Mais tout ce préambule est et reste valable pour la plupart des machines dites spéciales et pour la plupart des fabricants de celles-ci à l’exception d’un « presque » nouveau venu dans la branche, il s’agit de l’entreprise CPAutomation dont la fondation remonte à 1999. Je ne tiens pas ici à mettre en avant cette entreprise mais bien plutôt expliquer une démarche intéressante symbolisant un revirement dans les rapport fournisseur-client et surtout montrer qu’une démarche similaire pourrait inspirer de nombreuses entreprises travaillant dans cette branche.

Une démarche originale

Cette PME implantée à Villaz-St-Pierre a décidé de repenser complètement sa manière de travailler en mettant sur le marché une petite révolution en matière de machines spéciales. Pour faire court, nous dirons qu’elles sont désormais nettement moins cher à la fabrication et donc à la vente, plus rapidement produites et surtout deviennent de fait des machines standards. Non il ne s’agit point ici d’arguments fallacieux d’illuminés du marketing désirant booster sa production mais bel et bien d’une petite révolution dans le domaine.

D'autres ont déjà eu cette idée...

Cette CP Series proposée par CPautomation est de fait une fabrication modulaire réalisée à partir d’unités standards assez semblable dans l’idée aux unités modulo de Fleury SA. Et là on pourrait honnêtement se poser la question clé. Est-ce que le standard de CP Automation aurait des chances de pouvoir être adopté par ses concurrents? ou de façon plus générale, sommes nous à l’aube d’une belle évolution. Avant d’expliquer ce concept il est bon de se replonger dans la pratique, dans le pragmatisme des horlogers par exemple. Un type de client exigeant mais certainement très ouvert à investir dans de nouvelles installations de production plus rentables.

Pourquoi une telle question et surtout si provocante ?

Prenons un exemple simple issu de l’horlogerie un secteur où la plupart des fabricants de machines spéciales aussi appelé intégrateurs de robots ou d’automatismes est présent (ou désirerait l’être). Essayons d’imaginer un monde industriel parfait où tous les horlogers se seraient mis d’accord et auraient défini un seul type de porte-platine, une seule dimension de barquette. Cela simplifierait évidemment les choses et réduirait immanquablement les coûts de production des machines spéciales. Et maintenant que ce fait est acquis... Allons un peu plus loin dans l’imaginaire et projetons nous dans l’avenir en pensant à un environnement industriel interchangeable. Soit une manière de faire similaire à ce que propose Google avec son système Android ou Apple avec ses applications mobiles iOS. Donc il s’agirait d’une plate-forme commune normalisée pouvant s’appeler «CP Series» ou «Modulo» ou autre. Pour l’utilisateur final, l’idée intéressante derrière cette uniformisation c’est d’ensuite pouvoir choisir un intégrateur pour la fonction «chargement» un autre pour l’inspection visuelle un troisième pour l’usinage. Et là l’appréciation est laissée à l’acheteur, qui pourrait de fait choisir entre deux fournisseurs différents capable de produire une unité spécifique métier. Ainsi l’un des fournisseurs de la partie usinage pourrait être par exemple le consortium industriel Productec - Safelock - Mecatis pour la livraison d’une unité Micro5 qui serait alors 100 % compatible avec l’environnement modulaire de cette chaine de montage.

Je suis évidemment bien conscient que cette normalisation de fait obligerait les intégrateurs à se mettre à la même table pour inventer une plate-forme commune. Certes les fabricants de machines spéciales perdraient un peu de leur indépendance. Mais à terme imaginez la vaste palette d’unités disponible, à la fois diversifiée et complète que le marché aurait à disposition.

Ce serait alors, dans le monde des machines spéciales, une normalisation bienvenue, telle que celle se trouvant dans les broches des machines-outils. De même, il y a bien longtemps que les fabricants de centres d'usinage ne fabriquent plus d'outillage eux même.

Il est bien évident que chaque fournisseur travaille sur un système modulaire, mais de là à être interchangeable avec son voisin, il y a un grand pas à faire. Et lors de l'exposition de la foire de Hanovre 2016 les visiteurs ont déjà pu examiner un tel concept véritablement réalisé, soit chez smartfactory.de. Un système quasi normalisé où sur la même chaine d'assemblage toutes les unités provenant de fournisseurs différents interagissent sans problème.

Ci-dessous une liste, forcément partielle, de fournisseurs et acteurs suisses actifs dans le secteur des machines spéciales. Il est à remarquer que la plupart de ces acteurs sont également exposants à l'exposition EPHJ-EPMT-SMT, un endroit où l'automatisation est fortement liée à la production horlogère et aux techniques médicales. MSM

Sources des illustrations: Afin d'illustrer cet article, nous remercions les entreprises Ciposa (ciposa.com), CP Automation (cpautomation.ch) et Fleury (fleurysa.ch) qui nous ont livrés quelques images de machines récentes.

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