Enquête sur la situation démographique dans la branche MEM en Suisse romande

Faut-il réformer les CFC dans la branche MEM ?

| Auteur / Rédacteur: Antonio Rubino & Claude Barbier, GIM-CH / Jérémy Gonthier

Bepog, Mecaforma, de nombreuses actions poussent la jeune génération à embrasser une formation technique. Cela suffira-t-il à combler les manques de main d'oeuvre dans l'industrie ou faudra-t-il trouver des compétences ailleurs ?
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Bepog, Mecaforma, de nombreuses actions poussent la jeune génération à embrasser une formation technique. Cela suffira-t-il à combler les manques de main d'oeuvre dans l'industrie ou faudra-t-il trouver des compétences ailleurs ? (Source : G. Bordet)

Une nouvelle enquête pour tenter de cerner l’évolution démographique de la branche et définir de quels types de spécialistes la branche aura besoin, dans la mesure où le progrès technologique va sans doute rendre plus nécessaire encore le recours à des personnes de plus en plus qualifiées.

La première enquête démographique de 2008, avait permis de mettre en évidence le grand déficit de main-d’œuvre dans les métiers de l’industrie technique de précision en Suisse romande. Le départ massif à la retraite des générations nées dans l’après-guerre, va déployer et déploie ses effets dans de multiples secteurs d’activités, dont l’industrie MEM de précision. Le problème n’est pas tant le départ des anciens, mais le remplacement de ceux-ci par des jeunes. Cette relève risque de se faire d’autant plus mal, car les jeunes ont souvent une piètre image de l’industrie. l'enquête avait montré qu’un grand nombre des jeunes détenteurs d’un CFC continuaient vers des formations de type ingénieur. Plus inquiétant, ces jeunes détenteurs d’un CFC, après quelques mois ou années passés en production, quittent sans retour la branche où ils ont été formés. Une nouvelle enquête a été effectuée auprès des entreprises de Suisse romande répertoriées dans la base de données du Groupement Suisse de l’Industrie Mécanique (GIM-CH).

L’industrie MEM a, sur le seul plan démographique, plusieurs défis à relever, comme l’augmentation du nombre de places d’apprentissage, du nombre d’apprentis, trouver une relève aux patrons des petites sociétés. Selon M. Antonio Rubino et M. Claude Barbier, qui ont mené le projet de l’étude en question, toutes les branches professionnelles vont se trouver de manière simultanée devant ce problème, ce qui va bien évidemment accroître les tensions sur le marché du travail et vraisemblablement faire apparaître toutes sortes de surenchères pour attirer la jeunesse. Dans cette compétition à venir, l’industrie MEM doit valoriser son image et ses métiers. Le GIM-CH joue pleinement son rôle d’association faîtière de l’industrie en Suisse romande, avec les efforts importants qui sont fait pour la promotion des métiers MEM auprès des jeunes.

Besoin de 10'000 nouveaux collaborateurs, en Suisse romande, ces 5 prochaines années !

L’étude montre à l’évidence que le défi majeur auquel sera confrontée l’industrie de précision est celui de la main-d’œuvre qualifiée. Sauf à importer massivement des collaborateurs qualifiés, ou à délocaliser leur production en tout ou en partie (ce qui est difficile pour une PME de moins de 50 personnes), un nombre important de sociétés pourraient voir leur développement freiné. La formation d’apprentis est donc une priorité absolue de façon à doubler le nombre de CFC délivrés en Suisse romande au moins.

Sur le plan Suisse, l’industrie MEM est un « poids lourd » de l’économie de ce pays. Forte d’environ 320'000 collaborateurs, l’industrie des machines permet de hisser la Suisse au 13e rang mondial des plus grands fabricants de machines, mais elle a perdu trois places en 10 ans. Sur le plan romand, parmi les plus de 2’700 établissements recensés, une majorité écrasante est constituée de petits établissements. Ils sont en effet près de 75 % à compter entre 0 et 9 employés pour seulement 5'700 collaborateurs environ, soit 13 % des effectifs de la branche. Les effectifs de la branche MEM sont passés de 330’835 salariés en 2014 à 319’640 en 2016, et un peu plus de 11’000 postes ont disparu en deux ans, soit près de 3,4% des effectifs. L’industrie MEM compte en 2016 le même nombre de collaborateurs qu’en 2002, à peu de choses près. Sur le plan des 6 cantons romands, entre 2011 et 2015, les entreprises perdaient 1’867 emplois, passant de 46’320 à 44’453, soit une perte de 4,03 % sur 4 ans, ou 1 % par an. Si l’évolution du nombre de collaborateurs est un indicateur de la santé d’un secteur d’activités, un autre pas moins pertinent, est celui de la productivité. Selon nos indications récoltées, l’industrie aurait augmenté sa productivité d’environ 30 % en 15 ans ! Mais attention, productivité n’est pas égale à rentabilité, en 2017 plus de la moitié des entreprises MEM ont déclaré une marge EBIT insatisfaisante (de maximum 5 % ou moins). La situation économique de la branche est délicate. L’année 2015 avait été difficile, du fait de la « crise du franc fort » et de l’abandon du cours plancher CHF/€. La situation a été redressée courant 2017, avec l’entrée de commandes supplémentaires. Le réajustement des prix s’est fait au détriment des marges. Ceci a affecté la capacité d’investissement des entreprises (un quart d’entre elles ont été amené à réduire leurs investissements) pendant qu’elles étaient un cinquième à délocaliser partiellement ou totalement leur production.

Plus concrètement, voici les 4 préconisations qui ressortent de l'enquête.

1) Augmenter le nombre d’apprentis

La pénurie de main d’œuvre qualifiée est récurrente. On ne peut que conseiller de tenter d’augmenter le nombre de collaborateurs formés. Même si le marché de l’emploi est souple, il est appelé à se tendre, du fait de la pénurie de spécialistes formés, qu’ils soient de niveau CFC ou technicien ou ingénieur (HES ou EPF). L’on a vu que, structurellement, les CFC en 4 ans (polymécaniciens, automaticiens, etc.) sont en baisse : il convient d’infléchir cette courbe descendante. On ne peut que conseiller la branche à continuer son œuvre en faveur de la promotion des métiers.

2) Revoir le contenu des CFC

Les évolutions des métiers ne sont pas immédiatement visibles. Il faut que l’industrie de précision soit en mesure de faire évoluer le contenu des formations de manière à ce qu’elles soient en phase avec les besoins de l’industrie : il faut éviter à tout prix le décrochage entre les formations dispensées et le marché de l’emploi.

3) La formation continue

La formation continue est un facteur qui va permettre aux personnes en emploi d’acquérir de nouvelles compétences et de conserver leur emploi. L’enjeu est toutefois le suivant : dans le cadre d’une uberisation de l’économie, il est souhaitable que les collaborateurs soient toujours à la page, afin de maintenir une haute capacité d’employabilité. L’élévation du niveau de compétences échappera sans doute de plus en plus aux entreprises.

4) La proportion des femmes au sein de l’industrie de précision

Que faire ? La proportion des femmes au sein de cette industrie est toujours la même. Le nombre d’apprenties est toujours aussi faible. La féminisation ne profite qu’au personnel de bureau et non au personnel d’atelier. Il ne parait pas nécessaire d’investir dans des campagnes autour de la féminisation de cette branche : si elle doit se faire, cela se fera indépendamment des campagnes conduites par les associations professionnelles, dans le cadre d’un changement culturel et dont il n’est pas sûr que l’industrie de la précision ait les clés. MSM

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