Etat de la logistique en Suisse

Rédacteur: Jean-René Gonthier

>> Interview de Bernhard Simon, porte-parole de la direction de Dachser sur des thèmes actuels de la logistique en Suisse notamment. Comment les technologies de l'information influencent-elles les entreprises de logistique et comment remédier au manque cruel de personnel qualifié, telles sont entre autres les questions posées à l'occasion de cet entretien en tête à tête.

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Bernhard Simon durant l'interview. (Image: Dachser Société d'Expéditions SA)
Bernhard Simon durant l'interview. (Image: Dachser Société d'Expéditions SA)

MSM : Qu'entendez-vous par croissance intelligente?

Bernhard Simon : La croissance intelligente ne signifie pas la croissance à tout prix. Il s'agit ici de l'intégration prudente d'unités d'organisation acquises. La première option est toujours la croissance organique, c'est-à-dire une croissance provenant de l'organisation existante. Ce n'est pas toujours possible sur les nouveaux marchés. La mise en place de partenariats internationaux ou aussi l'acquisition d'entreprises externes nécessite du temps et ne doit pas se faire dans la précipitation. Le choix du nouveau partenaire demande déjà beaucoup de doigté. Il ne suffit pas que la nouvelle entreprise offre tout simplement le portefeuille de prestations nécessaires, elle doit être adaptée en termes d'organisation et de personnel. Les deux entreprises doivent présenter une philosophie entrepreneuriale commune basée sur des valeurs. Parallèlement, le partenaire doit être expérimenté sur son marché et se sentir chez soi. Si ces conditions sont réunies, plus rien ne s'oppose à une intégration prudente orientée vers le dialogue.

MSM : Quelles sont à votre avis les stratégies les plus importantes pour mieux amortir les fluctuations conjoncturelles à l'avenir?

Bernhard Simon : En premier lieu, il est important de garder son calme. Dans ses 80 années d'histoire, notre entreprise a toujours connu des fluctuations conjoncturelles et il n'en sera pas autrement à l'avenir, probablement elles seront encore plus importantes. En tant que logisticiens, nous avons pour nous l'avantage de pouvoir entrevoir déjà très tôt les tendances de fluctuations et donc de prendre les mesures correspondantes. L'importance de notre organisation et le réseau mondial nous permettent en plus d'amortir et de compenser de façon flexible les fluctuations locales. Nous sommes une entreprise «transnationale» et nous connaissons les marchés de l'intérieur, nos exigences élevées en qualité donnent un sentiment de confiance et fidélisent donc la clientèle même dans les phases de faible conjoncture. De plus, un large portefeuille de clients et de prestations nous permet de compenser les difficultés survenant dans certaines branches grâce aux avantages de la diversification.

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MSM : La plus forte versatilité des marchés mondiaux modifiera-t-elle durablement les exigences à destination de la branche logistique?

Bernhard Simon : Avec la versatilité croissante du marché, les affréteurs se concentreront de plus en plus sur leurs compétences-clé dans le sens d'une diminution des risques. Ce phénomène se traduira par une nouvelle progression de la part d'entreposage et de services à valeur ajoutée dans le portefeuille de prestations des logisticiens. Ici, il convient de maintenir au plus bas la mobilisation de capital. Une gestion des stocks intelligente et optimisée ainsi qu'une forte exploitation des capacités de transport sont une chose. Mais il faut ajouter également la liaison intelligente des compétences de réseau logistiques, par exemple dans le cadre de la contre logistique.

MSM : Les logisticiens devront-ils à l'avenir élargir leur palette de prestations de service? Si oui, dans quelle mesure?

Bernhard Simon : L'externalisation croissante des entreprises conduit à des tâches de plus en plus étendues pour les offrants de services logistiques. Ces tâches doivent constamment s'intégrer dans les processus des clients et prendre en charge des activités externes à la logistique jusqu'à dans la production. Dans le cadre de la contre logistique, ces processus sont imbriqués dans les prestations-clé logistiques et mis en œuvre dans des solutions globales intelligentes. La discipline-reine, la contre logistique, prendra à l'avenir de plus en plus d'importance.

MSM : Quel rôle jouent les systèmes IT intelligents pour adapter les affaires aux fluctuations de la demande?

Bernhard Simon : En règle générale, nos systèmes IT nous permettent d'être reliés directement aux systèmes de gestion des marchandises de nos clients. Ainsi, nous pouvons, le client et nous, constater rapidement les écarts par rapport au standard. Un Tracking & Tracing sans faille et les systèmes de surveillance pro-actifs tels que le «ActiveReport» de Dachser permettent de réagir rapidement à tout type d'irrégularité. Les fonctions statistiques sur les flux internationaux de marchandises permettent au logisticien de détecter très vite les développements conjoncturels, c'est un «baromètre économique».

MSM : La branche se plaint de manquer énormément de personnel qualifié. Est-ce une menace pour la croissance à long terme? Quelles mesures votre entreprise prend-elle pour contrer cette situation?

Bernhard Simon : Dachser est une organisation formatrice. Le transfert du savoir prend ici une fonction stratégique centrale. Dans notre établissement de formation, la Dachser Academy, nous proposons à nos collaborateurs une formation à vocation internationale. La priorité ici est de transmettre notre savoir interne. De plus, nous aidons et encourageons les formations universitaires sous la forme de chaires de fondation et par une coopération intensive avec les établissements de formation. Notre taux de formation de 10 pour cent et notre taux de prise en charge de pratiquement 100 pour cent montrent bien notre exigence qui est de préparer de façon optimale les jeunes à l'environnement professionnel.

MSM : Quelle influence la pression croissante des économies de CO2 aura-t-elle sur la croissance?

Bernhard Simon : L'importance croissante de la réduction des émissions de CO2 aura certainement pour conséquence qu'une partie plus importante des investissements sera consacrée à optimiser les processus concernés. Mais à mon avis, ce ne sera pas un véritable frein à la croissance. Dachser a déjà relevé depuis longtemps ce défi. Dès aujourd'hui, nous posons les fondations qui nous permettront de travailler à l'avenir écologiquement, économiquement et durablement en termes de société. Seules les entreprises qui auront une activité basée sur la durabilité connaîtront la croissance à long terme et seront à même d'affronter l'avenir. <<

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