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Dossier: Produire efficacement - Interview d'une personnalité de l'industrie Enrayer le désintérêt pour les formations mécaniques et techniques

| Rédacteur: Jean-René Gonthier

>> Interview de Monsieur Jean-Marc Schouller, directeur d'Esco SA. Cette société est spécialisée depuis plus de 50 ans dans le développement et la production de tours automatiques et CNC pour l'usinage de petits diamètres de 0,3 à 12 mm à partir de matière en torche ou en barres.

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Directeur d’Esco SA, Jean-Marc Schouller développe et produit des tours automatiques et CNC pour l'usinage de petits diamètres à partir de matière en couronne ou en barres.
Directeur d’Esco SA, Jean-Marc Schouller développe et produit des tours automatiques et CNC pour l'usinage de petits diamètres à partir de matière en couronne ou en barres.
(Image: MSM/JR Gonthier)

MSM: Quelles conditions cadres devraient permettre à la Suisse de maintenir son outil de production dans le pays et l'améliorer encore ?

Jean-Marc Schouller: Je vois trois conditions-cadres dont le soutien est indispensable au maintien de l’outil de production :

  • Maintien de formation scolaire et technique qui puisse rester à la pointe et fournir à notre industrie les compétences nécessaires à son renouvellement et à l’utilisation de technologies de plus en plus pointues.
  • Assurer des liens étroits entre les instituts de recherche et les hautes écoles techniques pour permettre l’utilisation la plus rapide possible des dernières technologies. Mais il est aussi nécessaire de garantir que ces organismes se préoccupent des besoins du terrain et orientent leurs recherches en fonction des besoins ou faiblesses de l’industrie.
  • Pour la branche mécanique et machines-outils, la poursuite du support de notre monnaie en termes de taux de de change reste l’élément primordial et la valeur actuelle face à l’Euro est un minimum.

MSM: La formation professionnelle est-elle selon vous un facteur déterminant pour la place industrielle suisse? Dans ce contexte est-il aisé d'embaucher de bons praticiens ?

Jean-Marc Schouller: Il est certain que la formation reste un facteur de différenciation qui nous permet de compenser par les compétences et par la performance une partie de nos coûts. L’orientation professionnelle reste cependant à améliorer car il faut constater un désintérêt pour les formations mécaniques et techniques. L’implication des entreprises et des associations professionnelles dans ce domaine est capitale pour donner une image réelle et plus positive aux jeunes, à leur familles et aux orienteurs. À ce jour, il faut bien admettre que nous manquons de candidats dans nos professions alors que des filières bouchées voient encore des classes pléthoriques.

MSM: Comment le site de production suisse peut rester à l’avenir un puissant pilier de notrre économie ?

Jean-Marc Schouller: Dès les années passées et pour le futur proche, c’est grâce à la pression de nos coûts que le dynamisme a été aiguillonné. Il n’est déjà plus et il ne sera demain pas possible de rester un site de production si nous perdons la compétence de produire plus vite et différemment des pays qui bénéficient de coûts de main d’œuvre et d’infrastructures moins élevés. Il faudra toujours savoir faire autrement et mieux. Nous sommes condamnés à l’excellence.

MSM: Un des facteurs décisifs est une production hautement efficace. Comment faut-il le pratiquer au quotidien ?

Jean-Marc Schouller: En fait, il faut dominer chacune des étapes de la chaine logistique, se concentrer sur les éléments où l’on sait être les meilleurs et savoir choisir des partenaires qui, dans chaque domaines, ont su développer la meilleure compétence.

MSM: La baisse des coûts de production (malgré le haut niveau de salaire en Suisse), est-ce la seule solution pour dépasser la concurrence étrangère ?

Jean-Marc Schouller: Cela va dépendre fortement du type de produits. La baisse des coûts de production est certainement un facteur important. Il n’est cependant pas le facteur indispensable. Avec nos coûts actuels, il est plus prometteur de savoir se concentrer sur les produits qui permettent une différentiation par le bénéfice perçu par le client, soit par la technologie, soit par les services connexes. En terme de production, pour rester compétitifs, il faut savoir utiliser des outils de production qui réduisent la proportion de coût de main d’œuvre que ce soit en termes de programmation, de mise en train ou de suivi. Plus de machines plus faciles et demandant moins de réglages pour un même nombre de personnes.

MSM: Que peuvent amener de spécifique Esco et les «escomatic» aux entreprises suisses dans cette lutte pour l'innovation et à la production automatisée ?

Jean-Marc Schouller: Comme à ses débuts, le « principe escomatic » apporte encore et toujours une différentiation objective à ses utilisateurs. Pour « savoir faire autrement et mieux » comme mentionné plus haut, le travail de la matière en couronne usinée par des outils tournants autour de la matière reste toujours une solution particulièrement performante. Les temps de cycles très courts, la possibilité de travailler en dehors des heures de présence du personnel, de nuit et durant les week-ends, participent totalement à la production automatisée. Le développement de machines plus complétement outillées ou particulières à certains types d’applications permettent, par l’innovation, des gains de productivité énormes. La nouvelle machine D5 TWIN lancée à fin 2013 est l’exemple concret du concept « faire autrement et faire mieux ». Le principe escomatic allié à une idée encore jamais exploitée de doubler le système de reprise permet de démontrer des productivités horaires et journalières inconnues jusqu’alors. <<

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