Effets spéciaux et usinage CNC

| Rédacteur: Edouard Huguelet

«Le coup d’envoi fut donné avec le centre d’usinage à broche verticale VF-1, qui nous a aidés à produire des pièces nécessitant des tolérances serrées», Alfred Pfiffl. (Image: Haas Automation CNC)
Galerie: 5 photos
«Le coup d’envoi fut donné avec le centre d’usinage à broche verticale VF-1, qui nous a aidés à produire des pièces nécessitant des tolérances serrées», Alfred Pfiffl. (Image: Haas Automation CNC)

>> Reportage chez P+S Technik, une entreprise basée près de Munich, qui fabrique notamment des caméras et autres équipements numériques-optiques destinés en particulier à des applications professionnelles dans le domaine du cinéma. Comment sont usinés les composants légers et précis que sont les boîtiers de caméras?

Vous avez certainement déjà succombé à la toute dernière grosse production hollywoodienne? Vous avez été fasciné par les effets spéciaux 3D et les scènes d’action au ralenti? Il est facile de faire abstraction de tout le travail nécessaire à la réalisation d’un film. Et pourtant, le résultat fini dépend presque autant de la technique que de la vision créative. Et pour aboutir à la toute dernière solution en matière de caméras de cinéma, il faut se rendre chez P+S Technik. En à peine 20 ans, cette entreprise a en effet contribué à transformer la façon dont les films sont produits.

Lumière, caméra, action!

Chaque année, lors de la cérémonie des Oscars®, l’AMPAS (académie des arts et des sciences du cinéma) célèbre non seulement les stars du grand écran mais également les techniciens et ingénieurs qui contribuent dans l'ombre à créer la magie d’un film. En février 2009, Slumdog Millionaire a dominé la somptueuse 81e édition, raflant huit Academy Awards®, dont celui du Meilleur film, de la Meilleure photographie et du Meilleur réalisateur.

Ce que l’on sait moins, c’est que Slumdog Millionaire a été le premier film majoritairement numérique à recevoir l’Academy Award® de la Meilleure photographie. La caméra qui a assuré cette prestation était une SI-2K Mini de P+S Technik.

Tolérances serrées et planéité parfaite

L’équipe de la société P+S Technik, basée près de Munich, en Allemagne, se compose en grand epartie d’ingénieurs optiques spécialisés dans la conception et la fabrication de caméras et d’équipements numériques de haut de gamme destinés à l’industrie du cinéma professionnel. Fondée en 1990 par le CEO Alfred Piffl, P+S s’est rapidement forgé une réputation en termes de mécanique de précision et de techniques de pointe, grâce au développement d’une gamme primée de convertisseurs d’images (le Mini35 et le Pro35), qui, selon Alfred Piffl, «incarnent la fusion entre les objectifs 35 mm classiques et l’enregistrement numérique». Cette notoriété repose en partie sur la décision prise par la société en 1999 d’investir dans des fraiseuses CNC Haas. Le coup d’envoi fut donné avec le centre d’usinage à broche verticale VF-1, «qui nous a aidés à produire des pièces nécessitant des tolérances serrées», explique le CEO, un passionné de photographie justifiant d’une formation en tant qu’ingénieur mécanique, «et à atteindre notamment une planéité générale de surface de 0,01 mm».

Un partenariat fructueux pour une histoire fantastique

Par la suite, en 2000, la firme a conclu un partenariat fructueux avec le célèbre directeur de la photographie Sebastian Crammer. De cette collaboration est né le Mini Skater®, un chariot de caméra compact et léger; le seul de sa catégorie à intégrer une petite tête afin d’offrir au photographe un contrôle direct sur le travelling, dans toutes les directions. Une nouvelle fois, la fraiseuse VF-1 Haas, «de par son excellent rapport prix-performances», a permis à la société de fabriquer un large éventail de pièces en aluminium en petits lots et de manière économique.

Huit ans après cette idée, Sebastian Crammer reçut le prix très convoité Technical Achievement Award, «pour l’invention et la conception générale» du Mini Skater®, en compagnie d’Andreas Dasser, le directeur du développement chez P+S Technik GmbH, qui lui, fut récompensé «pour la conception mécanique du chariot et de sa gamme de produits». Mais le Mini Skater n’a pas été le seul produit P+S utilisé par le directeur de la photographie Anthony Dod Mantle pour mettre en scène les idées saisissantes du réalisateur Danny Boyle.

Slumdog Millionaire relate une fantastique histoire rendue d’autant plus magique par la fluidité de l’action et les décors étonnants. Un grand nombre de ces derniers correspondaient en fait à des lieux réels de Bombay, où seuls les acteurs et l’équipe technique avaient connaissance qu’un film était en train d’être tourné, créant de la sorte un climat d’authenticité qui compte pour beaucoup à la crédibilité de l’histoire.

Cette discrétion ne pouvait être obtenue qu’avec une unité d’enregistrement numérique discrète capable de générer des images professionnelles sans ressembler à une caméra, ce qui aurait alerté les figurants et de ce fait, compromis le sentiment de réalité. L’appareil choisi était la caméra numérique SI-2K Mini de P+S Technik, que la société avait lancée en 2007 en collaboration avec Silicon Imaging.

Un enregistreur numérique complet

La SI-2K Mini est un enregistreur numérique complet combinant souplesse et efficacité en matière de production et de traitement. Ses disques durs interchangeables, proposant jusqu’à 4 heures de stockage de données, sa panoplie de viseurs, ses systèmes de monture pour batterie et son kit d’épaule en option offrent aux photographes une caméra numérique indépendante pouvant tourner avec tout type de décor et en tout lieu.

Mais la plus extraordinaire particularité de la SI-2K Mini repose sur le fait que sa tête légère, qui abrite un capteur d’image CMOS 2/3”, est complètement amovible et indépendante. Cette caractéristique permet en effet d’utiliser «l’œil» de la caméra de façon autonome ou fixée à tout objet mobile, tel qu’un casque, le dessous d’un train ou sur une voiture. Et cela offre aussi la possibilité de mettre les unités d’enregistrement à l’abri des regards, dans le sac à dos d’Anthony Dod Mantle par exemple, où ils ont été gardés au frais dans de la neige carbonique! Comme le fit remarquer Danny Boyle à cette époque: «Avec ce système, il est possible de capturer des scènes de la vie quotidienne qui se déroulent autour de vous, sans que les gens s’en rendent compte», En effet, la SI-2K Mini a permis à Dod Mantle d’inventer un style visuel unique, collant parfaitement à l’histoire.

Fabrication de la tête de caméra

Pour fabriquer la tête de la caméra SI-2K à ce niveau de compacité et de légèreté, la division de fabrication de P+S, P+S Technik Präzisionsteile GmbH, a utilisé de l’aluminium usiné sur une fraiseuse à grande vitesse VF-3SS Haas (dernière acquisition de la société), conjuguée à une table sur tourillons TR160. Richard Wagner, responsable de la division, explique: «Cette machine nous permet de fraiser avec précision les surfaces parallèles entre l’objectif et le capteur à une tolérance de 0,01 mm. Elle produit également un filetage à pas fin de M2 X 0,25 et des surfaces de grande qualité, car l’aspect visuel des pièces est aussi important que leurs performances. Pour la finition, nous montons la pièce sur une pince de haute précision dotée de mors de serrage spéciaux».

En fait, c’est «la précision et la fiabilité» des machines Haas que Richard Wagner apprécie tout particulièrement. Aujourd’hui, la firme compte cinq fraiseuses Haas: le centre VF-1 d’origine et quatre modèles à 5 axes (une VF-2, une VM-3 et deux VF-3SS). «Actuellement, nous fabriquons quelque 8000 pièces différentes pour nos clients, avec des lots avoisinant en moyenne 50 à 100 unités, même s’il nous arrive de traiter un prototype unique ou des lots de 1000 éléments finis» continue-t-il. «Certaines de ces pièces nécessitent un fraisage simultané des angles et des rayons afin de favoriser leur fusion et ne peuvent dès lors être usinées que sur des machines 4 ou 5 axes. En outre, avec le fraisage à copier 3D, la production de surfaces de forme libre sur la VF-3SS se révèle très économique».

Des machines pratiquement infaillibles

Les erreurs sont rares, «car les machines sont pratiquement infaillibles», mais en cas de besoin, la société sait qu’elle peut compter sur le Haas Factory Outlet local (Gefas), qui assure «des réparations sur site rapides et efficaces, dans une ambiance toujours chaleureuse, et dispose d’un véhicule de service bien équipé transportant les pièces de rechange les plus courantes», ajoute Richard Wagner. «Dans la plupart des cas, un simple appel d’assistance suffit à résoudre le problème». Par ailleurs, les machines sont «simples d’utilisation, du fait qu’elles partagent toutes le même panneau de commande convivial, ce qui accélère sensiblement la formation des nouveaux employés». P+S se réjouit également de la facilité d’utilisation du système de FAO Esprit pour la programmation des machines, sans parler des «fonctions similaires à Windows qui rendent la modification et l’optimisation des programmes vraiment simples».

P+S Technik emploie actuellement 40 ingénieurs et continue d’investir dans des machines et du personnel au vu de son activité, qui développe de nouvelles technologies pour plus de 1700 clients, dont d’autres spécialistes optiques basés aux alentours de Munich. La conception et le développement de nouveaux équipements cinématographiques restent toutefois la principale occupation de la société et représentent environ 70% du chiffre de la division de fabrication). En juin 2010, la société a lancé la dernière version de sa caméra révolutionnaire WeissCam: la WeissCam HS-2 MK II. Développés en collaboration avec le directeur de la photographie de renom (et directeur général de WeissCam) Stefan Weiss, le modèle initial WeissCam HS-1 et la HS-2 ont été largement acclamés.

À son sujet, Sam Nicholson, ASC, CEO et fondateur de Stargate Studios (qui a réalisé la très célèbre série télévisée Heroes, laquelle a remporté le prix Primetime Emmy Award pour «les époustouflants effets visuels spéciaux» (sic), s’est exprimé en ces termes: «La WeissCam HS-2 est la caméra haute vitesse la plus incroyable que j’ai pu utiliser. Sous l’eau, à grande vitesse, en pleine nature, avec peu de lumière, avec mise au point minimum ou profondeur maximale… avec elle, tout est permis. C’est vraiment un équipement étonnant».

Et maintenant... la stéréographie 3D

Depuis 2008, la société P+S Technik s’est également orientée vers la stéréographie 3D réaliste pour la télévision et le cinéma. La firme entretient des relations étroites avec des clients majeurs et des directeurs de la photographie renommés tels que Alain Derobe et Philippe Bordelais, dont elle s’entoure afin de garder le cap de l’innovation et maintenir sa réputation de pionnier dans le secteur des technologies cinématographiques numériques. En proposant des modules stéréo 3D (usinés sur ses machines Haas) polyvalents et universels, la société est devenue le leader mondial des systèmes de caméra 3D. Alors, la prochaine fois que vous irez au cinéma et que vous resterez béat d’admiration devant des images spectaculaires, ayez une pensée pour l’équipe de P+S Technik et tout le travail accompli rien que pour vos yeux. <<

Ajouter un commentaire

copyright

Ce texte est protégé par les droits d'auteur. Si vous désirez l'utiliser pour des besoins personnels veuillez consulter les conditions suivantes sur www.mycontentfactory.de (ID: 29150650 / Machines-outils)