Interview de Florian Németi, directeur de la CNCI après son voyage d'étude en Chine

Digitaliser les procédés de fabrication pour vaincre

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MSM : Qu’est-ce qui vous a frappé en particulier en Chine ?

Florian Németi : Beaucoup de choses, comme lors de mes précédents voyages ! Par rapport à ce que l’on a vu ou entendu cette fois-ci, c‘est d’abord le foisonnement des plateformes internet mobiles, des « apps » et des réseaux sociaux de type « WeChat », qui envahissent le quotidien des gens, y compris pour les paiements. Plus que jamais, j’ai ressenti la Chine en marche vers la société digitale, dans la rue, dans les hôtels, dans les magasins, dans les transports publics. Au plan global, ce sont ensuite les liens existant entre la vision politique de l’économie et le déploiement effectif de cette vision sur le terrain, en particulier dans les entreprises liées à l’Etat et dans les zones économiques. Il y a une volonté très affirmée de devenir un leader de l’industrie 4.0 et de l’innovation en général, mais aussi le concept des « nouvelles routes de la Soie », visant à remettre en quelque sorte l’Empire du Milieu au centre du monde globalisé, grâce à de méga-infrastructures de transport sécurisées de la Chine à l’Europe. Tout cela est assorti d’une grande confiance dans l’avenir du pays, avec des investissements colossaux qui attirent également les multinationales. On retrouve là certaines vertus du capitalisme d’Etat, qui peut certes être brutal, mais qui avance à toute vitesse. Il est fait pour générer de la croissance au 21e siècle, mais il montre aussi – tant mieux –un souci émergeant de durabilité.

MSM : Si vous deviez aider une connaissance désirant commercer avec la Chine que lui conseilleriez-vous ?

Florian Németi : Compte tenu de l’immensité de la Chine à tous points de vue, je crois que le préalable le plus utile consiste à trouver d’autres entrepreneurs disposés à partager leurs expériences des affaires avec ce pays. Cela permet de se faire une première idée, de cibler son projet et d’esquisser une feuille de route pour son déploiement. La Chambre bilatérale de commerce Chine-Suisse et les organismes suisses présents en Chine, comme le Swiss Center à Shanghaï (swisscenters.org) ou S-GE (s-ge.com) peuvent également être d’une grande utilité.

MSM : Comment expliquer le fait que les occidentaux ne soient pas ouvert par rapport à la Chine ?

Florian Németi : Il y a encore pas mal d’idées préconçues, à tort ou à raison. L’Occident est encore marqué par une méfiance envers la Chine communiste, réputée peu regardante envers l’individu et les droits populaires, en délicatesse avec les questions environnementales et sociales, mais aussi avec la propriété privée et la protection intellectuelle. L’idée d’une volonté hégémonique commerciale, géopolitique (pour sécuriser l’approvisionnement énergétique du pays), voire militaire préoccupe aussi, surtout son voisinage. Mais l’ouverture à la Chine, me semble-t-il, augmente à mesure que des signaux positifs sont donnés quant à toutes ces questions. La jeunesse occidentale y trouve d’ailleurs un intérêt croissant, c’est heureux.

MSM : Quels enseignements tirez-vous de ce séjour ? Y-a-t-il des retombées utilisable directement dans vos activités au sein de la CNCI - Chambre neuchâteloise du commerce et de l’industrie ?

Florian Németi : Nous n’y sommes pas allés dans le but d’avoir des retombées directes pour nos activités, mais pour donner une opportunité concrète aux entreprises de notre région de découvrir différentes facettes de la transformation digitale en marche, à une échelle différente de celle de la Suisse. Une des retombées habituelles de ce genre de voyage réside dans la consolidation des relations entre les participants qui, de retour en Suisse, développent souvent des échanges et des projets communs. Enfin, la CNCI a fait connaissance avec certains « key players » de l’industrie suisse présents à Shanghaï et elle saisira l’opportunité de les inviter à faire part de leurs expériences auprès de ses membres à Neuchâtel.

MSM : Si vous deviez approfondir vos connaissances de la Chine quels seraient les objectifs d’un second voyage d’étude ?

Florian Németi : Il convient d’abord de ne pas réinventer tout ce qui se fait déjà très bien à travers les multiples délégations et missions politiques et commerciales suisses en Chine ! Dès lors, en restant bien sûr centré sur les aspects purement économiques, il me semblerait opportun d’explorer sur place des thématiques pratiques, ciblées et favorables à des échanges plus soutenus avec la Chine : par exemple, le fonctionnement concret et détaillé des « Free Trade Zones », les appuis à l’implantation pour les PME ou l’accès aux zones d’excellence technologique.

MSM : Suite à ce que vous avez appris durant ce séjour, pensez-vous que nos apprentis et étudiants dans les professions techniques devraient recevoir un enseignement « d’ouverture » par rapport à la Chine et à l’Asie en général ?

Florian Németi : Absolument car, avec les USA, l’Asie et la Chine en particulier sont le moteur de la croissance économique mondiale et le terrain d’expérimentation de l’innovation à grande échelle. Dans une ville comme Shanghai, par exemple, il existe des écosystèmes très stimulants, notamment dans l’économie digitale et dans le domaine des « Makers », avec des opportunités fabuleuses de créer son propre business et de trouver rapidement un marché. Le tissu de start-up y est bouillonnant, multiforme, cosmopolite, porté par des jeunes très bien formés et animés d’une saine ambition de réussite, parmi lesquels beaucoup de jeunes femmes. Et ceci sans l’aide de quotas quelconques, d’ailleurs ! Il y a pas mal de Business Angels également. La région attire aussi un grand nombre de multinationales suisses et étrangères susceptibles d’offrir des jobs à des gens bien formés, en particulier dans la technique. Il est important que nos jeunes en Suisse soient sensibles et ouverts à cela et qu’ils aient une information initiale pouvant les motiver à tenter ce genre d’expérience.

MSM : Au retour de ce voyage, quel message désirez-vous partager avec les industriels neuchâtelois ?

Florian Németi : Je dirais que même si la croissance économique en Chine a quelque peu ralenti ces dernières années, les fondamentaux restent en place pour qu’à l’avenir ce pays offre toujours d’énormes opportunités de développement. De nombreuses entreprises suisses s’y installent, y compris pour ce qui touche à l’innovation, en particulier au plan de la digitalisation (applications d’IOT, robotisation, Big Data). Afin de saisir ces opportunités, toute la difficulté, surtout pour les PME, consiste à pouvoir s’appuyer sur des partenaires fiables, qui connaissent la culture chinoise, le marché, les règles du business et qui peuvent éviter aux entreprises les erreurs les plus dommageables.

MSM : En matière de machine-outils par exemple, pensez-vous finalement que la qualité suisse soit suffisante pour se battre contre les fabricants de machines asiatiques ?

Florian Németi : A l’heure actuelle, la qualité ne suffit certainement plus pour résister durablement à la concurrence asiatique, qui dispose d’un avantage de coût, tout en atteignant un bon niveau dans la précision, la fiabilité et la flexibilité des machines. Mais, mon sentiment est que les fabricants suisses ont une très belle carte à jouer pour augmenter leurs parts de marché, en prenant le virage digital, par exemple pour la maintenance prédictive et la virtualisation des processus, et en offrant à leurs clients des machines capables de s’insérer aisément dans des chaînes numériques hétéroclites. Ce défi correspond bien à l’ADN de la place industrielle suisse qui, autour d’un produit « premium », a aussi assuré son succès grâce à un niveau de service très élevé.

MSM

MSM : Merci Monsieur Németi d'avoir bien voulu prendre part à cet entretien.

En complément, voici un lien vers la rétrospective de ce voyage écrit par Florian Németi et Xavier Comtesse :www.cnci.ch/node/451

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