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Le CSEM partage ses rêves martiens

Des terriens sur Mars, utopie ou proche avenir ?

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Le beau sexe peu représenté dans la course à l'espace

Sur ce point, les Soviétiques ont fait preuve de plus d’ouverture que les Américains avec Valentina Terechkova, première femme dans l’espace et seule femme à avoir participé à une mission solitaire à bord de Vostok 6. Elle effectua 48 orbites terrestres entre le 16 et le 19 juin 1963. Après 19 ans d’absence féminine dans l’espace, Svetlana Savitskaya participera à 2 missions à bord de la station Saliout 7 (1982 et 1984). Enfin, en 1983 les USA envoi leur première femme en orbite. Sally Ride participa à 2 missions à bord de la navette spatiale Challenger, la STS-7 en 1983 et la STS-41-G en 1984 en tant que spécialiste de mission. La 3e femme de l’Est à partir dans l’espace, qui entretemps n’est plus soviétique mais russe, est Elena Kondakova, invitée de marque de cette conférence organisée par le CSEM. Elle détient le record féminin du plus long séjour dans l’espace avec 5 mois d’affilée à bord de la station MIR en tant que membre de l'expédition EO-17. Sa seconde mission a eu lieu à bord de la navette américaine Atlantis en 1997 en tant que spécialiste de mission. L’expérience russe des missions de longues durées a permis une bien meilleure compréhension des conséquences d’un séjour prolongé en apesanteur sur la physiologie humaine. Car de tous les dangers qui attendent l’homme en dehors de son environnement naturel, l’absence de pesanteur reste un sérieux problème (atrophie de la masse musculaire, perte osseuse) pour des missions de longues durées et les voyages interplanétaires. Pour pouvoir envisager de très longs voyages ou une colonisation permanente de Mars, la question de la reproduction, du développement embryonnaire et de la croissance postnatale se pose obligatoirement. Comment l’embryon va-t-il se développer en l’absence de pesanteur ? Après plus de 30 ans d'études sur des animaux, il n'existe aucune preuve irréfutable que la microgravité perturbe les processus fondamentaux de l'embryogenèse et du développement en général. Mais pour des questions éthiques et aussi à cause de certaines contraintes techniques, l'utilisation de sujets humains reste impossible. Cela limite pour l’instant l’humanité à une exploration plutôt qu’à une véritable colonisation d’autres mondes. Pour les problèmes liés aux séjours prolongés en microgravité sur des adultes, la solution la plus simple passerait par un véhicule équipé d’au moins un module générant une gravité artificielle par mise en rotation de celui-ci.

Apollo 16, une mission discrète mais une réussite absolue

C’est le 16 avril 1972 à 17h54 TU que le lanceur Saturn V et l’équipage d’Apollo 16 (John Young commandant, Charles Duke pilote du module lunaire, Thomas Mattingly pilote du module de commande) décolla du centre spatial Kennedy en Floride. Pour Charlie Duke, cette mission était la première mais elle fut aussi le seul séjour qu’il effectua dans l’espace, mais quelle expérience inoubliable pour le plus jeune des 12 !

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Le site d’alunissage choisit pour la mission Apollo 16 sera les hauts plateaux situés à proximité du cratère Descartes à l'ouest de la mer des Nectars. A noter encore que le LEM (Lunar Excursion Module) baptisé Orion, s’est posé à 270 m nord et 60 m est du point visé, une fois encore la précision n’est pas qu’une vision de l’esprit. Au cours de cette mission Charlie Duke et John Young séjournèrent 71 heures à la surface de notre satellite, ils effectuèrent 3 EVA (sorties extravéhiculaire) pour une durée totale de 20 heures 41 minutes, parcoururent 26,7 kilomètres grâce à la jeep lunaire et collectèrent près de 96 kilos de roches. La priorité pour cette mission était la collecte d’échantillons des hauts plateaux datant selon les experts d’une période antérieure aux roches collectés lors des missions précédente. Le site d’alunissage retenu pour Apollo 16 était considéré par les géologues comme d’origine volcanique mais l’analyse des échantillons prélevés sur le site invalidèrent cette hypothèse. L’équipage déploiera sur le sol lunaire l’ALSEP (Apollo Lunar Surface Experiments Package) qui comprend un sismomètre passif qui permet de recueillir des données sur les propriétés physiques de la croûte lunaire et de son noyau. Un magnétomètre pour la mesure du champ magnétique à la surface lunaire, un instrument de mesure des flux thermiques ainsi qu’un sismomètre actif complétaient le kit de l’ALSEP. Tout ces appareils sont alimentés par un générateur thermoélectrique à radioisotope de 68 Watts, l’électricité est produite par des thermocouples qui utilisent la chaleur générée par la désintégration radioactive de plutonium 238 encapsulé. Une unité de transmission/réception permet d’envoyer les données collectées vers la terre et inversement reçoit ses instructions depuis la terre. C’est peut-être aussi parce que cette mission s’est déroulée sans soucis majeurs qu’elle passa un peu inaperçue. Malheureusement, elle sonnait déjà le glas de l’incroyable et merveilleuse histoire de l’homme sur la lune qui se clôturera magistralement 8 mois plus tard avec la mission Apollo 17.

Charles Duke, inconnu pour la plupart des habitants de ce monde, fait pourtant parti de ces 12 veinards qui peuvent se targuer d’avoir accompli la plus extraordinaire des expériences jamais tentée depuis l’aube de l’humanité, marcher sur un sol autre que celui de notre bonne vieille terre. Et plus de quarante années après, cet exploit reste inégalé car même le plus puissant parmi les puissants, le plus riche parmi les riches ne pourra s’offrir pareil voyage. Le programme Apollo fut le fruit d’un effort et d’une volonté sans commune mesure. Bien qu’américano-américain, il sortit pour 3 ans l’homme de sa condition de mammifère bipède pour l’élever à celui d’être humain avec un grand H. La sensation d’appartenance de tous les hommes de la terre à un peuple unique et uni n’est plus une utopie en ce 20 juillet de l’an 1969 qui vit pour la première fois de l’histoire de l’humanité deux de ses semblables marchés sur le sol sélénien.

Ecouter Charles Duke parler avec humour, modestie, nostalgie et non sans une certaine fierté amplement méritée de son séjour sur notre satellite a généré parmi les auditeurs de cette conférence une certaine forme de respect, d’admiration et peut être aussi une pointe d’envie pour cet homme dont le nom restera à jamais gravé au panthéon des hommes qui écrivirent l’histoire de notre monde. Malgré cela, il reste un homme simple, accessible et parfaitement conscient de la chance qui fut la sienne. Quand il vous parle de la lune, on croirait presque voir briller au fond de ses yeux le reflet de notre terre que seulement 27 hommes ont admiré dans son intégralité.

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