Sonceboz SA au cœur de la régulation

| Rédacteur: Jean-René Gonthier

Le moteur pas-à-pas «shaftless» d’instrumentation du tableau de bord. (Image: Sonceboz SA)
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Le moteur pas-à-pas «shaftless» d’instrumentation du tableau de bord. (Image: Sonceboz SA)

>> Que ce soit pour les autos, les motos ou les jets-skis, la Société industrielle de Sonceboz SA conçoit et fabrique des moteurs pas à pas pour le réglage du ralenti, le contrôle des suspensions et l’instrumentation des tableaux de bord. Les constructeurs de motos BMW, Ducati et Piaggo font entre autres confiance à ces pièces d’entraînement électrique ainsi qu’au savoir-faire microtechnique ancestral de cette firme discrète et renommée du Jura bernois.

Le carburateur moto, qui a jusque dans les années nonante régulait la combustion interne des moteurs et qui est encore répandu de nos jours, est petit à petit remplacé par les systèmes à injection. Dans ce domaine, les nouveaux procédés consistent à utiliser la vanne-papillon (autrement dit le robinet) mécanique afin de mieux réguler le mélange air-essence. Rencontre avec Patrick Thalmann, directeur adjoint chez Sonceboz.

Micronarc: Qu’est-ce qui vous a poussé à développer ces actionneurs linéaires ?

Patrick Thalmann: En 1982 déjà, la société Weber Carburatori (issue d’un Suisse établi à en Italie) nous a contactés pour développer un carburateur électronique. Il s’agissait en fait de réaliser une pièce pour la régulation du ralenti. Puis, quelques années plus tard, suite aux nouvelles normes en vigueur, il y a eu un bond technologique important dans le domaine de fabrication des moteurs à combustion avec l’arrivée de l’injection, ce qui a fait naître le premier corps papillon motorisé. On nous a donc demandé d’adapter notre principe à cette évolution. A l’époque, cette transition technologique n’a pas été évidente pour nos clients.

Comment avez-vous géré cette transition ?

Patrick Thalmann: Sonceboz fabriquait déjà ce qu’on appelle des actionneurs linéaires, soit un moteur pas-à-pas à mouvement linéaire, pour des applications dans le domaine du textile ou du médical. Nous avons repris le principe et on l’a adapté au secteur automobile : le mouvement d’origine reste donc le même, mais on a dû revoir complètement le produit. De là est née la première génération d’actionneurs linéaires permettant le réglage du ralenti d’une voiture.

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En quoi consiste ce fameux moteur pour le réglage du ralenti ?

Patrick Thalmann: Notre actionneur remplace la vis qu’on vissait ou qu’on dévissait quand on voulait avoir un peu plus de « jus », par exemple pour un vélomoteur. Le moteur pas-à-pas en question autorégule la quantité d’air optimale en fonction de l’humidité et de la température pour que le moteur tourne à environ 700 à 800 t/min. Explications : le stator reçoit des impulsions électriques, et fait ainsi tourner le rotor. A chacune de ces impulsions, le rotor se déplace d’un pas, d’où le mouvement linéaire pas-à-pas. En fait, l’actionneur linéaire permet de réguler le mélange air-essence de façon optimale en réagissant en fonction des conditions externes. Notre pièce permet ainsi un meilleur réglage de la vanne-papillon. D’où une pollution nettement plus faible.

Micronarc: Comment a ensuite évolué votre actionneur ?

Patrick Thalmann: Fondamentalement, la technologie intrinsèque n’a pas beaucoup évolué, mais certains composants sont aujourd’hui tout à fait différents. Avant on avait un petit palier en bronze, aujourd’hui on a un roulement à bille avec une graisse particulière qui tient justement des températures extrêmes, hautes et basses. Jusqu’alors, les matériaux tenaient jusqu’à 90 degrés, on a dû récemment prévoir des pièces qui tiennent jusqu’à 160 degrés d’échauffement interne. De plus, la friction au niveau des vis-écrous a considérablement été améliorée. Aujourd’hui, toute la connectique interne est complètement scellée hermétiquement. Sans oublier le poids qui doit sans cesse être optimisé.

Micronarc: A part vos actionneurs linéaires, quels sont vos autres produits phares pour la moto ?

Patrick Thalmann: Tout d’abord, il s’agit d’un actionneur pas à pas sans arbre dit «schafless». C’est un petit moteur, léger (7 grammes) qui motorise l’aiguille d’un tableau de bord tout en transmettant la lumière émise par une LED directement à travers la tige du pointeur, qui fait office d’axe du moteur. L’aiguille est donc directement fixée sur le moteur sans composant supplémentaire et l’homogénéité de la lumière est meilleure. Ce moteur garantit donc au conducteur une meilleure lisibilité des informations (vitesse, jauge à essence, nombre de tours par minute…) notamment dans des conditions d’éclairage diurne. Ensuite, nous avons développé un moteur qui permet de stabiliser et de régler les amortisseurs. Il s’agit de l’ESA (Electronic Stability Adjustement) pour certains de nos clients.

Micronarc: Les aiguilles de tableaux de bord ne font-elles pas un peu gadget par rapport aux nouvelles technologies d’écran TFT ?

Patrick Thalmann: Non pas du tout. Dans le cas du tableau de bord, il s’agit d’améliorer la sécurité de conduite afin de donner l’information quelles que soient les conditions dans lesquelles on roule, notamment en cas de forte exposition du soleil. Cet aspect sécurité est nettement moins garanti avec les TFT. D’autre part, nos moteurs offrent une meilleure résistance et une plus grande durée de vie. Et finalement, de par leur faible encombrement, ils permettent aux concepteurs de prévoir des tableaux de bord plus compacts et plus fun.

Micronarc: Qu’en est-il de vos capacités de production ?

Patrick Thalmann: A Sonceboz, nous produisons annuellement quelque 25 millions de moteurs. Certains produits sont fabriqués en dizaine de milliers par jour. Nous développons et fabriquons nos produits sur nos lignes automatisées spécifiques. Nous sommes entièrement intégrés verticalement et proposons une prestation complète comme l’illustre notre slogan d’entreprise «from mind to motion». Sonceboz maîtrise donc toute la chaîne de valeur d’un produit, du concept de base à son développement et son industrialisation, puis à sa production en série.

Micronarc: Qui sont vos clients ?

Patrick Thalmann: Pour le réglage du ralenti, nous avons comme clients les constructeurs automobiles, notamment FIAT, VW, Peugeot ou Tata (Inde), et en ce qui concerne les motos nous pouvons citer BMW, Ducati, Piaggo et Aprilia. Sans oublier les jets skis ou les motoneiges (Bombardier). On a commencé les deux roues de 450 cm3, puis les 250 cm3, et à partir de cette année les 125 cm3. Nous n’avons pas prévu de développer de pièces pour les cylindrées plus basses, car les émissions sont relativement faibles. Pour les moteurs destinés à l’instrumentation, comme nous possédons 50% du marché mondial, on peut dire que vous avez une chance sur deux d’avoir un moteur Sonceboz dans votre tableau de bord automobile !

Micronarc: Comment prévoyez-vous de faire évoluer vos produits ?

Patrick Thalmann: Les constructeurs automobiles et motos vont davantage axer leur production vers la maîtrise des émissions polluantes, la sécurité et le confort de la conduite. Puisque, à court terme, il n’est pas possible de ne pas polluer, il s’agira de polluer le moins possible avec par exemple des moteurs qui suivent le «downsizing», c’est-à-dire un ensemble de procédés visant à réduire la cylindrée d'un moteur sans dégrader la puissance spécifique, dans le but de réduire la consommation de carburant et donc les émissions. A Sonceboz nous essayons donc de développer les meilleures technologies pour suivre cette tendance. Nous constatons l’importance d’intégrer l’électronique de pilotage dans nos moteurs par exemple.

Micronarc: De quelle manière, pourrez-vous vous adapter à ces défis technologiques ?

Patrick Thalmann: Nous considérons qu’il est primordial d’investir dans l’innovation pour préparer notre futur, c’est notre façon de relever ce genre de défis. Nous travaillons conjointement sur certaines applications avec notre filiale de recherche avancée MMT basée à Besançon (FR), où une quarantaine d’ingénieurs, physiciens et doctorants sont engagés pour entreprendre de la recherche fondamentale en électromagnétisme, déposer des brevets et vendre des licences.

Micronarc: Certes, mais vous devez avoir pas mal de concurrence ?

Patrick Thalmann: Oui, bien sûr, la concurrence est présente et c’est bien ainsi. Dans notre domaine, ce sont les choix technologiques de nos clients qui sont importants, et c’est là qu’il faut rivaliser avec des idées novatrices. Il faut pouvoir prouver, par des faits, mesures, expériences passées ou résultats que telle technologie est la mieux adaptée pour telle application. Sonceboz se positionne également dans l’entraînement électrique en environnement difficile, c’est-à-dire pour des applications où les conditions d’utilisation sont sévères (température, vibration...). C’est là que nos compétences sont reconnues.

Micronarc: Et l’avenir ?

Patrick Thalmann: Le marché va s’accroître, car il y a une forte demande dans les pays en voie de développement notamment en Asie, en Inde ou en Chine. Quand on pense surtout à ces vieux scooters qui dégagent de la fumée bleuâtre si malsaine… Celle justement que nous contrecarrons ensemble avec nos clients par nos percées technologiques. <<

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